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À en croire les patrons d'enseignes de la grande distribution qui tournent en permanence sur les plateaux télé, ce sont les alliés des consommateurs qui se battent bec et ongle pour leur permettre de bien s'alimenter au meilleur prix. Mais derrière le joli discours de ces rois de la communication, la réalité est moins reluisante, vraiment beaucoup moins.
Une nouvelle enquête menée par un collectif d'associations dont Foodwatch, confirme que les supermarchés poussent à travers leurs communications et promotions à surconsommer des aliments mauvais pour la santé. Décryptons les résultats de cette étude et ceux d'une autre que nous avions déjà évoquée l'an dernier et porte sur la même thématique.
Pour aller plus loin nous les comparerons ensuite avec deux autres enquêtes récentes, qui elles se sont intéressées aux attentes des consommateurs pour voir si l'offre et la demande correspondent. Alerte spoiler : ce n'est pas le cas, alors nous essaierons de comprendre pourquoi les promotions de nos supermarchés ne correspondent pas à ce que veulent acheter les consommateurs ?
Déroulé de l'article :
Alors nous évoquons Foodwatch, qui est une association de défense des consommateurs spécialisée dans l'alimentation reconnue par l'état français. C'est le fer de lance de cette grande enquête qui a été menée par un collectif de 7 associations dont l'UNAF et France Assos Santé entre autres.
Une étude récente qui a été réalisée sur deux mois en février et mars 2025, elle a permis d'analyser 40 catalogues promotionnels de 5 enseignes de la grande distribution (8 catalogues de chaque enseigne) : Carrefour, Intermarché, Leclerc, Lidl et Système U qui représentent ensemble 77,4% des parts de marché de la grande distribution.
Même si ça n'a pas l'air énorme, ça représente tout de même une analyse de 4.726 promotions concernant l'alimentation. Ce qui permet de faire ressortir des résultats fiables sur les promotions mises en avant par ces enseignes sur le long terme même si il y a des événements ponctuels qui peuvent les faire varier un peu, comme Pâques ou Noël par exemple.
Pour les trier, le collectif a classé les promotions dans 3 catégories : les produits recommandés par le PNNS (Programme National Nutrition Santé) édicté par le ministère de la santé, les produits dont la consommation est déconseillée par le PNNS et ceux qui ne sont ni recommandés, ni déconseillés.
Les résultats sont sans appel puisque seulement 12% des promotions faites par les supermarchés mettent en avant des produits recommandés (bons pour la santé) alors que 66% des promotions concernent des produits déconseillés (mauvais pour la santé). Les 22% restant sont des produits ni bon, ni mauvais pour la santé selon le ministère de la santé.
Les chiffres sont édifiants, mais alors pourquoi un tel écart entre produits dont la consommation est à encourager et ceux dont la consommation est à réduire, est-ce que c'est une demande des consommateurs qui veulent du gras, du salé et du sucré à longueur de catalogues promotionnels ?
Une autre donnée de l'enquête répond en partie à cette question, elle révèle également que 40% des promotions concernent des lots de produits (format familial, XXL ou équivalent) ayant pour effet de pousser à stocker et donc à surconsommer les produits en promotion. Hors, nous verrons ensuite que le prix et les promotions sont le principal indicateur que regardent les consommateurs.
Une autre étude sur les promos des supermarchés que nous avions décryptée l'an dernier et avait été menée par l'association CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie) arrivait à des conclusions assez similaires. Elle avait déterminé déjà que 56% des promotions concernaient des produits ayant un Nutri-Score entre C et E.
Mais pire encore les promotions analysées étaient à 69% pour des aliments ultra-transformés, ceux qu'il faut donc éviter car ils contiennent des additifs, conservateurs, etc... Mais aussi que les viandes et produits d'origine animale représentaient à eux seuls près de la moitié des promotions (48%).
Non seulement les supermarchés mettent en avant surtout des produits mauvais pour la santé, mais en plus le format sous forme de lots promotionnels nous incite à les consommer en grande quantité. Autant dire qu'il faudrait faire exactement l'inverse si l'on s'inquiète en tant soit peu de la santé des consommateurs.
Notre santé, ce n'est visiblement pas leur problème et chacun(e) achète bien ce qu'il veut. Mais ce n'est pas tout car ça a déjà été largement documenté, le prix des formats familiaux ou XXL est souvent plus onéreux que les produits vendus à l'unité en rayons. Une arnaque courante et légale, mais qui en dit long sur leurs réelles intentions.
Il n'y a pas besoin d'enquêtes pour définir que les consommateurs ne demandent pas à se faire arnaquer quand ils achètent des produits en promotion. Ils ne font pas non plus l'effort de s'informer visiblement et c'est malheureux, car sur cette ignorance que prospèrent les promotions bidon des enseignes de la grande distribution.
Mais la question tout de même de savoir si les promotions des distributeurs correspondent à ce qu'attendent les consommateurs se pose. Il serait logique qu'ils essaient de promouvoir ce que recherchent les clients plutôt que l'inverse, mais il n'est pas évident non plus de savoir ce que veulent les consommateurs.
Nous avons il y a quelques semaines évoqué une enquête sur les habitudes alimentaires des français(e)s grâce au baromètre d'Univers Science. Les résultats sont très intéressants à analyser puisqu'il indique que 75% des sondés font attention à l'équilibre nutritionnel de leurs repas, 80% disent intégrer des fruits et légumes à chaque repas.
Mais aussi que 49% achètent en magasin en fonction de critères nutritionnels et 47% en fonction de critères éthiques (et même 60% des moins de 35 ans). Donc en gros nous avons la moitié de la population qui quand elle va faire les courses prend en compte non seulement l'aspect nutritionnel mais aussi éthique (provenance, labels, etc...) des ses achats.
Mais elle indique aussi de seulement 56% des consommateurs prennent la peine de lire l'étiquette des produits qu'ils achètent, c'est pourtant la clé pour mieux acheter et manger. Bref, vous avez un article complet qui explique les résultats de cette étude.
Une autre étude sur le Made in France que nous avons récemment analysée, révèle là encore qu'entre les intentions et la réalité il y a un gouffre puisqu'elle indique que 70% des français privilégient les produits locaux pour leurs achats d'alimentation.
Le problème est que 85% pensent acheter français, savent ils vraiment ce qu'ils achètent et privilégient ils le véritable Made in France, ou sont ils victimes du marketing ? Car cette même étude indique que 80% des consommateurs regardent avant tout le prix et sont obligés de réduire leurs achats de produits français à cause de la perte de pouvoir d'achat continue depuis plusieurs années (même si les chiffres officiels affirment le contraire).
Ces deux études arrivent aux mêmes conclusions, les consommateurs veulent acheter des produits français et de bonne qualité. Mais si ça ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie de nos agriculteurs et petites entreprises ni en termes de santé de la population, c'est parce que les informations qu'ils reçoivent ne sont pas toujours fiables.
La faute est partagée, mais il est évident que le marketing de l'industrie agroalimentaire et les promotions des enseignes de la grande distribution ne sont pas en adéquation avec les attentes des consommateurs. La publicité diffusée par les gros médias et sur internet ne le sont pas non plus, même les décisions politiques ne le sont que bien rarement.
Nous avons donc deux analyses d'études réalisées sur les promotions des enseignes de supermarché, et deux analyses d'études qui s'intéressent aux attentes des consommateurs français. Ce qui nous permet donc de les comparer pour voir si elles correspondent, même si vous aurez compris que c'est loin d'être le cas.
Il suffit de mettre les chiffres face à face : 66% des promotions concernent des produits mauvais pour la santé, alors que 75% des français font attention à l'équilibre nutritionnel de leur alimentation. Il y a 69% des promotions qui mettent en avant des produits ultra-transformés, alors que la moitié des acheteurs privilégient les produits éthiques et de bonne qualité.
Nous sommes 70% à privilégier des produits locaux et Made in France, pourtant selon l'UFC Que Choisir l'origine des matières premières est cachée sur 69% des produits transformés. Comment alors savoir si l'on achète vraiment des produits français, ou si on pense le faire alors que ce n'est pas le cas ?
Car si les intentions sont bonnes, 80% des consommateurs regardent comme premier indicateur le prix et les promotions pour choisir les produits qu'ils achètent, pas par choix mais par obligation. Alors pourquoi la grande distribution axe t-elle ses promos principalement sur des produits ultra-transformés déconseillés et dont on ne connait pas la provenance ?
Pourquoi souvent ces promos se révèlent être plus onéreuses à l'achat que les mêmes produits vendus à l'unité hors promotion ? Il semble évident que les catalogues publicitaires ne cherchent ni à répondre aux attentes des consommateurs, ni à leur permettre de faire des économies !
Nous en arrivons donc toujours à la même conclusion au final, le marketing et la publicité des multinationales de l'alimentation exactement comme celle des enseignes de grande distribution ne correspondent pas aux attentes des consommateurs. Elles sont au contraire conçues pour nous inciter à la surconsommation d'une alimentation de mauvaise qualité.
Leurs autres techniques de vente sont autant d'exemples de leurs réelles intentions : cheapflation, shrinkflation, frenchwashing, suremballage, mentions trompeuses, allégations de santé, etc... Le but est de nous inciter à acheter les produits qui les arrangent, ils ne répondent pas à la demande mais au contraire tentent de la créer par tous les moyens possibles et imaginables.
La raison est claire comme de l'eau de roche, le but est uniquement de générer toujours plus de profits, car ces patrons doivent avant tout satisfaire leurs actionnaires cupides qui veulent toujours plus de dividendes. Comme ce sont les finances publiques qui payent ensuite pour les frais de santé et (essayer de) réparer les dégâts environnementaux, c'est tous bénéfices !
D'autant que nos dirigeants sont tout aussi coupables et se contentent comme les autres de faire de la communication, il suffit de se souvenir de leurs annonces en grandes pompes sur le trimestre anti-inflation ou bien la lutte contre la shrinkflation, qui n'ont apporté aucun résultats significatifs.
Ou plus récemment encore sur l'affichage Origin'Info qui devait nous permettre d'enfin savoir si les ingrédients qui composent les produits transformés sont vraiment cultivés en France, ou ailleurs. Nous avons justement écrit un article à ce sujet il y a quelques mois, et comme toujours après les grandes annonces dans les médias il ne se passe absolument rien !
Que penser des principaux syndicats d'agriculteurs, qui se préoccupent plus de l'autorisation des pesticides et des contrôles, que des réels problèmes qu'ils rencontrent entre prix d'achat dérisoire et changement climatique ?
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