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Plus d'un an après tous les autres pays européens, le gouvernement français s'est enfin résolu à signer l'arrêté qui acte l'entrée en vigueur (dans 2 ans) de la nouvelle formule de calcul du Nutri-Score plus sévère avec les produits trop salés, sucrés et gras.
Nous allons vous expliquer quelles sont les modifications apportées par la nouvelle méthode de calcul du Nutri-Score, ensuite nous essaierons de comprendre pourquoi elle fait tant de remous. Entre industriels qui l'effacent de leurs emballages et ministres qui jouent la montre pour retarder l'échéance, quel est le problème ?
Déroulé de l'article :
Avant de voir pourquoi la France a pris une année de retard sur l'adoption de la nouvelle méthode de calcul par rapport aux autres pays européens qui l'ont eux adoptée dans la foulée, essayons déjà d'expliquer pourquoi elle a été modifiée.
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la méthode de calcul est affinée afin de rendre l'affichage plus fiable et utile pour les consommateurs, nous avions déjà évoqué en 2022 (article ici) une première évolution de la méthode de calcul du Nutri-Score.
Cette nouvelle modification a tout particulièrement ciblé certaines familles d'aliments, pour lesquels l'ancienne méthode de calcul ne permettait pas aux consommateurs de différencier des produits similaires.
C'est le cas notamment des boissons, la grille de notation a été revue afin que seule l'eau puisse arborer un Nutri-Score A. Pour ce faire, la nouvelle méthode de calcul pénalise les boissons dans lesquelles des sucres ont été ajoutés, plus il y a de sucre et moins bonne est la note (c'est logique).
Mais aussi et surtout celles contenant des édulcorants, car certains sont soupçonnés d'être dangereux pour la santé, notamment l'aspartame et l'acésulfame K classés comme « possiblement cancérogène » par l'OMS. Les boissons contenant des édulcorants sont désormais classées de C à E (au lieu de B actuellement).
En effet, comme nous l'évoquions dans notre article sur le futur score des produits d'entretien il y a quelques semaines, si tous les produits ont une note similaire ça ne permet pas aux consommateurs de les comparer pour faire un choix éclairé.
L'autre grande évolution, c'est que le lait et les boissons lactées ou végétales (amandes, soja, etc...) passent de la catégorie des yaourts à celle des boissons afin de faciliter leur comparaison. Ce sont les fameux yaourts à boire qui pour certains se revendiquent bons pour la santé, alors qu'ils sont très sucrés.
Parmi les autres évolutions, cette nouvelle méthode de notation du Nutri-Score pénalise les produits étant trop salés et sucrés, mais apporte aussi des modifications au niveau des matières grasses. En effet, vous savez que dans ce domaine il faut différencier les acides gras saturés et les insaturés.
Certaines huiles ayant une faible teneur en acide gras saturés seront mieux notées, passant de la note C à la note B avec la nouvelle méthode de calcul (et par extension, ça concerne aussi les produits transformés en utilisant). Certains poissons riches en Oméga 3 et les fruits à coque non salés bénéficient également d'une notation améliorée.
La nouvelle méthode de calcul du Nutri-Score semble être d'une logique implaccable et aller dans le bon sens, elle a été entérinée par les autres pays européens l'ayant déjà adopté l'an dernier. Seule la France, pourtant pays initiateur du Nutri-Score (en 2017), l'a bloquée pendant plus d'un an. Comment cela se fait il ?
Certes, les changements de gouvernement et l'instabilité politique n'ont pas aidé, mais enfin il ne faut pas longtemps quand même pour signer un décret déjà tout prêt et qui attend sur un coin de bureau (on parle de 30 secondes en gros).
En vérité il fallait trois signatures ministérielles afin d'entériner la nouvelle méthode de calcul du Nutri-Score : celle du ministère de la santé, celle du ministère de l'économie et celle de la représentante de la FNSEA, ah non pardon de la ministre de l'agriculture Mme Annie Genevard (humour).
C'est justement cette dernière personnalité qui a bloqué la signature de l'arrêté pendant plusieurs mois, certainement à cause de pressions exercées par les lobbyistes de l'industrie agroalimentaire (la tenue du Salon de l'Agriculture en janvier a sans doute aussi joué sur ce timing).
En effet, la nouvelle méthode de calcul du Nutri-Score est plus sévère avec les produits salés, sucrés et gras (graisses saturées), mais aussi au niveau des édulcorants que l'on soupçonne d'être dangereux pour la santé.
Hors, si la filière lait est concernée tout comme celle de la betterave sucrière, ce sont surtout les industriels qui transforment les matières premières et utilisent le Nutri-Score comme argument de vente que ça dérange, plus que les agriculteurs qui ont d'autres préoccupations.
À part peut-être justement le dirigeant du syndicat FNSEA, qui est à la tête du groupe industriel Avril et distribue plusieurs marques d'huiles notamment (Isio 4, Lesieur, Puget ou encore Soléou). Mais surtout tous les industriels qui ont remplacé les huiles végétales par de l'huile de palme, pour gagner quelques centimes de bénéfices sur chaque paquet vendu.
Contrairement à d'autres dispositifs, le Nutri-Score est élaboré par un comité scientifique d'experts en nutrition, c'est peut-être d'ailleurs aussi ce qui déplaît à certains politiques qui aiment bien pouvoir les modifier à leur guise (et en fonction de l'opinion).
De nombreuses études ont déjà démontré un lien entre aliments moins bien classés sur l’échelle du Nutri-Score (qualité nutritionnelle moindre) et le risque de développer des maladies chroniques telles que : les cancers, les maladies cardiovasculaires, le syndrome métabolique, le surpoids…
Alors il est vrai qu'étant moi même un ancien chef de cuisine reconverti mais engagé pour une alimentation plus saine, je ne suis pas totalement neutre et objectif sur ces sujets. Néanmoins il y a tout de même des preuves qui sont assez accablantes sur les réelles intentions de l'industrie agro-alimentaire.
Car certaines marques ont déjà annoncé qu'elles retiraient l'affichage du Nutri-Score sur tout ou partie de leurs produits, avant même que la nouvelle méthode de calcul n'entre en vigueur. Pourtant, les industriels ont 2 ans pour s'adapter avant d'afficher la dernière version du Nutri-Score, ce qui nous amène donc au mois de mars 2027 !
Danone n'ayant pas apprécié que ses yaourts à boire passent dans la catégorie boissons, faisant ainsi baisser leur Nutri-Score, a donc décidé de le retirer sur certains de ses produits (marques Actimel, Activia, Alpro, Danone et Danonino), bien avant l'adoption de la nouvelle méthode de calcul.
C'est bien la preuve qu'il s'agit là d'une pression sur les décideurs politiques, car l'UFC Que Choisir révèle que cette annonce de Danone s'est faite à travers une lettre envoyée aux autorités de santé.
Nous notons d'ailleurs que quand des évolutions d'affichage sont imposées, il faut toujours laisser aux industriels 2 ou 3 ans pour qu'ils modifient leurs étiquettes, car vous comprenez c'est compliqué et ça demande du temps. Pourtant, quand il s'agit de retirer un score ou autre chose qui dérange, ça se fait en deux ou trois mois sans problèmes !
Mais ce ne sont pas les seuls à préférer retirer le Nutri-Score de leurs produits plutôt que de faire évoluer leurs recettes, car les marques Bjorg et Krisprolls ont déjà retiré le Nutri-Score de leurs emballages quand la nouvelle méthode de calcul a été validée par les autres pays européens.
Il est vrai que pour des marques qui sont positionnées sur une alimentation se présentant comme « bonne pour la santé », plus grâce au marketing que leurs recettes semble t'il, ça la fout mal. Mais comme l'affichage du Nutri-Score est optionnel, finalement il suffit de l'effacer si il n'aide pas à vendre plus.
La dernière marque en date à avoir annoncé retirer le Nutri-Score suite à l'adoption de la nouvelle méthode de calcul par la France, c'est Cristaline et là encore annoncé par Que Choisir. Car ses eaux aromatisées qui se revendiquent comme de simples eaux aux jus de fruits, sont en fait pénalisées par le nouveau Nutri-Score à cause de sucres et édulcorants ajoutés.
Là encore, il aura suffit de quelques semaines pour que les étiquettes soient changées et arrivent dans les rayons de supermarché, comme quoi en fait ils n'ont pas besoin de plusieurs années pour s'adapter. Rappelons également que Cristaline est une marque qui appartient à Sources Alma, qui comme Nestlé sont poursuivis en justice pour avoir utilisé des méthodes illégales de filtration d'eau.
Au final donc, et même si le Nutri-Score ne serait pas indispensable dans un monde idéal où les consommateurs avaient le réflexe de vérifier avant d'acheter, il a au moins l'avantage de faire tomber les masques sur les pratiques de l'industrie agroalimentaire.
Car le Nutri-Score a une double utilité, celle d'informer les consommateurs bien entendu, du moins ceux qui ne le font pas d'eux même, mais aussi d'inciter les industriels à modifier leurs recettes pour qu'elles soient meilleures pour notre santé.
Sauf que notre santé bien entendu, dans les priorités de l'industrie agroalimentaire, ça arrive loin après les profits qu'elles doivent générer pour satisfaire leurs actionnaires. Tant que le Nutri-Score restera optionnel, il sera utilisé par certains comme argument marketing alors que son but n'est pas de permettre de faire plus de ventes, mais de comparer des produits (similaires) entre eux.
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