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Mode : enfin l'interdiction de détruire les invendus

L'été 2026 restera sans doute marqué par l'entrée en vigueur d'une loi européenne qui fait sens : l'interdiction pour les entreprises, fabricants comme distributeurs, de détruire leurs invendus pour tous les produits non alimentaires. Il existe peu de chiffres, mais ceux du secteur de la mode nous donnent une idée de l'ampleur de cette pratique.

Nous aimerions pouvoir rester de marbre et aborder le sujet de manière froide et détachée, comme le font les grands médias. Mais le cœur qui bat dans notre poitrine s'y refuse, car si l'actualité nous apporte une bonne nouvelle, elle révèle la réalité de notre monde et des pratiques de certaines entreprises.

Déroulé de l'article :

 

Interdiction de détruire les invendus, mieux vaut tard que jamais

Il y a quelques jours, la presse a relayé l'entrée en vigueur d'une nouvelle réglementation européenne, qui interdit la destruction des invendus du secteur de la mode. À vrai dire, nous pensions que c'était déjà le cas, tant ça semble être logique et une décision qui aurait dû s'imposer depuis longtemps.

Il n'en est pourtant rien, il aura fallu attendre les années 2020 pour que nos dirigeants se disent : détruire des millions de tonnes de vêtements neufs jamais portés, de chaussures jamais chaussées, ça doit pas être super pour l'environnement, non ?

Le chiffre donne le tournis, chaque année 600.000 tonnes de textiles invendus seraient détruits en Europe sans même avoir été portés ou utilisés une seule fois. Imaginez quand même, ça représente plus de 800 grammes de vêtements et accessoires de mode par habitant (600 millions de kilos pour 738 millions d'européens). Sortez la balance pour voir à quoi ça correspond.

C'est tout simplement choquant car par « détruits », même si nous n'avons pas une étude de référence pour bien appréhender tout ça et que le chiffre est une estimation, on entend à priori comme pour les autres déchets : incinérés ou enfouis.

À moins que comme pour la filière du recyclage, une grande partie de ces vêtements terminent leur course dans une décharge à ciel ouvert dans un pays lointain, et pauvre. Il faut quand même souligner que l'industrie de la mode est responsable à elle seule de 20% de la pollution de l'eau potable au niveau mondial.

Un chiffre évoqué par l'Union Européenne nous donne tout de même une idée de l'impact, qui serait de 5,6 millions de tonnes de CO² par an, juste pour ces invendus. Pour comparer, la SDES estime l'empreinte carbone d'un français à 8,2 tonnes de CO² par an (en 2024), cette gabegie représente donc chaque année l'équivalent du bilan carbone de plus de 670.000 français.

Mais si la plupart des médias axent leurs articles sur la mode, et nous aussi du coup pour pouvoir chiffrer un peu tout ça, le rendre plus réel et imagé pour le consommateur, l'interdiction concerne en réalité tous les produits non alimentaires invendus. Car elle découle du règlement UE 2024/1781 adopté par la commission européenne en 2024, et surnommé EPSR pour "Ecodesign for Sustainable Products Regulation".

Elle concerne donc de très nombreux autres produits, il n'y a aucun chiffre bien entendu, les entreprises et leurs distributeurs se gardent bien de tenir les comptes et de les divulguer. Mais on doit parler en dizaines, voir en centaines de milliards de tonnes de produits neufs qui partent directement à l'incinération, ou sont enfouis en catimini à travers le monde.

Image d'illustration : une décharge de vêtements à ciel ouvert © pixabay

Image d'illustration : une décharge de vêtements à ciel ouvert © pixabay

Cocorico, la France a interdit ces pratiques en 2022

Néanmoins, nous évoquons ici une loi européenne qui entre en vigueur, ou plutôt est entrée en vigueur le 19 juillet 2026. Car il faut aussi le saluer, la France avait déjà interdit cette pratique en 2022 à travers la loi AGEC, même si elle est dans l'ensemble un échec cuisant comme nous l'avons analysé il y a quelques semaines, bravo à nos dirigeants d'avoir été précurseurs.

Un peu à l'effigie de la taxe sur les petits colis, de nos jours légiférer au niveau national n'a que peu d'effets, si ce n'est d'imposer aux entreprises de contourner l'hexagone pour continuer à faire n'importe quoi à nos frontières. Car du moment que l'argent coule à flots, le reste leur importe peu.

En effet, il est quand même question à travers ces réglementations d'interdire aux fabricants, aux marques et à leurs distributeurs de détruire leurs invendus. Hors, si on fini par devoir l'interdire, c'est que beaucoup d'entreprises ne se sont jamais dit par elles même que c'était un gâchis non seulement monumental, mais aussi complètement irresponsable.

Les ménages en difficulté, les pays en voie de développement peuvent bien continuer à laver leur linge dans le lavoir communal, nos machines à laver invendues seront détruites. Plutôt crever que de faire un geste, voilà la mentalité des grandes entreprises à notre époque (en tous cas d'une partie d'entre elles), c'est quand même ça qui ressort entre les lignes de cette réglementation.

Ce nouvel exemple illustre à merveille les dérives du système capitaliste et du libre échange mondialisé, où tout le monde fait bien ce qu'il veut du moment que c'est rentable au final. L'argent, il n'y a plus que ça qui compte de nos jours, et c'est finalement le plus triste dans cette histoire.

Je lisais encore il y a quelques jours un article (sur un autre sujet) dans lequel un citoyen se demandait si au final, nous ne vivions pas déjà dans une dystopie. En effet, pas besoin de films de science-fiction, il semble en effet que depuis quelques décennies nous soyons entrés dans un monde dont les pratiques dépassent l'entendement.

Alors oui, nous sommes souvent critiques, parfois vindicatifs même à l'égard des marques et de leur marketing outrancier, de leurs pratiques d'un autre temps, mais aussi des décisions de nos politiques quand elles sont à contre courant de l'intérêt public. Mais comment pourrions nous faire comme si tout ça n'existait pas ?

Les actualités, ça devrait servir à mieux consommer

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