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Plastiques : quel bilan pour les 5 ans de la loi AGEC ?

En 2020, le gouvernement français prenait conscience des enjeux liés à la sur-utilisation du plastique et de ses dangers pour la santé et l'environnement. La nouvelle loi AGEC (anti-gaspillage pour une économie circulaire) faisait les gros titres et se voulait ambitieuse, fixant des objectifs précis pour réduire notre utilisation de plastiques à usage unique.

Son premier plan quinquennal articulé autour d'une stratégie nommée « 3R » pour réduction, réemploi et recyclage fixait le cap jusqu'en 2025. Nous sommes au printemps 2026, alors comme personne ne semble vouloir faire le bilan, nous avons enquêté pour savoir si les objectifs de la loi AGEC sont remplis.

Déroulé de l'article :

 

La loi AGEC fête ses 5 ans, et ses nombreuses réussites ?

Alors que nous pensions écrire un article sur un autre sujet, en deux minutes de recherches sur les avancées de la loi AGEC (2020) qui prévoyait une réduction de 50% de l'usage des bouteilles en plastique à l'horizon 2030, nous avons changé d'avis.

Tout d'abord car nous sommes tombés sur cet article du ministère de l'écologie (premier résultat de recherche) qui présente les objectifs de cette loi sur la partie des plastiques, publié en 2020 et mis à jour régulièrement, la dernière date du 04 février 2026.

Il a l'avantage de reprendre les ambitions du gouvernement depuis 2020 sans effacer au fur et à mesure ce qui n'a pas fonctionné (comme c'est le cas habituellement). La stratégie français s'articule autour des « 3 R » : réduction, réemploi, recyclage. Elle fixe des objectifs par tranches de 5 ans, la première de 2021 à 2025 est donc terminée.

Le bilan officiel de l'ADEME pour le premier quinquennat n'a pas encore été publié, mais nous pouvons regarder ce qu'il en est sans attendre. Enfin ce n'est pas si simple, car autant pour relayer les annonces du gouvernement les médias sont grand ouverts, autant pour faire le bilan il n'ont plus de journalistes disponibles.

D'autant que nous sommes quelques résultats de recherche plus loin tombés sur un amendement de sénateurs, qui ambitionnent de purement et simplement rayer de la carte l'objectif principal. Alors que s'est il passé entre les annonces de 2020 et le début d'année 2026, quel est le bilan de la loi AGEC après 5 ans ? Nous avons enquêté !

 

Les objectifs mis en place à partir de 2021

La première série de mesures prévoyait l'interdiction d'une série de petits objets en plastique : pailles, couverts jetables, boites en polystyrène (restauration rapide), etc... Elle est en partie respectée, mais en partie seulement.

La vente de couverts en plastique est interdite depuis 2021, si ils ont disparus des rayons de supermarchés, on en trouve toujours sur de nombreux sites de vente en ligne (Amazon, E. Leclerc, Temu, etc...). C'est plus compliqué pour les gobelets en plastique, le gouvernement se contentant de réduire leur teneur en plastique au fil des années avant une interdiction prévue en 2026. Mais un décret signé fin 2025 reporte cette l'interdiction à 2030, c'est donc loin d'être une réussite.

L'interdiction des contenants en polystyrène a été reportée au premier janvier 2025, puis annulée au mois d'avril 2025 comme l'explique l'UFC Que Choisir dans un de ses articles de l'an dernier. Leur recyclage est reporté à l'horizon 2035, une belle victoire pour les lobbys de l'industrie du plastique (et ce n'est pas la seule).

Le deuxième objectif était d'obliger les vendeurs à accepter les contenants apportés par les consommateurs pour développer la vente en vrac. Là encore, si quelques enseignes spécialisées ou engagées se sont emparées du dispositif, il est en réalité très peu mis en œuvre dans la grande distribution.

Vous comprenez, comme les balances des supermarchés sont calibrées pour leurs sachets ou sacs, c'est trop compliqué. Il n'y a guerre que Carrefour qui accepte les contenants des consommateurs, mais uniquement sur la vente assistée. C'est à dire quand un vendeur vous sert, ce qui limite leur usage aux comptoirs boucherie, poissonnerie et fromages à la coupe en gros.

Légalement, les consommateurs ont donc le droit d'apporter leurs propres contenants pour acheter en vrac, mais légalement les vendeurs ont le droit de le refuser à leur bon vouloir, encore un objectif bien loin d'être rempli.

Troisième gros objectif, la mise en place d'un bonus-malus pour limiter les suremballages plastiques, un vieux « serpent de mer » comme on dit puisque dans les cartons depuis au moins 2010. Difficile de savoir ce que ça donne, il semble y avoir des malus mais pondérés par un tas de dispositifs de bonus et de primes. Ça ne saute pas aux yeux dans les rayons de supermarchés en tous cas !

En juin 2025 le gouvernement français a lancé un nouveau plan plastique 2025-2030 qui évoque la mise en place d'un bonus-malus (pour compléter peut-être). Un plan non pas pour éliminer la plastique, mais pour « réduire le coût dont les emballages sont recyclables ». L'objectif semble donc là non plus ne pas avoir été atteint puisque toujours d'actualité.

édito d'Agnès Pannier-Runacher, capture d'écran du dossier de presse du plan plastique 2025-2030

édito d'Agnès Pannier-Runacher, capture d'écran du dossier de presse du plan plastique 2025-2030

Les objectifs mis en place à partir de 2022

Pour l'année 2022, le gouvernement s'était fixé deux objectifs : l'interdiction des emballages plastique pour les fruits et légumes d'un côté, l'installation de fontaines à eau dans les établissement accueillant du public de l'autre.

Pour l'interdiction des emballages plastiques au rayon fruits et légumes, nous le voyons tous, ils n'ont pas du tout disparus même si le carton en a remplacé une partie. Ils font l'objet d'une bataille rangée toujours en cours : les décrets émis par le gouvernement, malgré de longues listes d'exceptions, ont à chaque fois été retoqués par le Conseil d'état.

Une nouvelle réglementation européenne nommée PPWR pourrait bien reporter l'interdiction à 2030, selon les informations du média l'Opinion. Le lobby français du plastique s'appuyant dessus pour annoncer qu'il torpillera toute tentative de réduction des emballages plastiques, nous pouvons donc en conclure que c'est un échec cuisant !

La loi oblige depuis 2022 les ERP (entreprises recevant du public) de mettre à la disposition du public des fontaines d'eau, leur permettant de remplir une gourde plutôt que d'acheter des bouteilles d'eau en plastique.

Nous avions fait un point en 2024 en vous présentant au passage la carte Watermap qui recense les points d'eau potable en France, bien utile et mise en place par l'association « no plastic in my sea ». Deux années après son entrée en vigueur, la loi n'était respectée que par 25% des établissements.

C'est un peu mieux en 2025, selon une enquête de l'UFC Que Choisir qui a visité 247 établissements, il semble que 52% se soient équipés. Sauf que la loi indique clairement que les points d'eau doivent être visibles et facilement accessibles, hors ce n'est le cas que dans 22 établissements (sur 247) selon l'association de consommateurs.

Si la moitié des établissements ont bien installé un point d'eau pour sortir de l'illégalité, seulement 9% respectent la loi et ont mis en place une signalétique pour que le grand public puisse les trouver facilement (NDLR : les autres préférant vendre des bouteilles en plastique). Est-il besoin de préciser que cet objectif est loin d'être rempli ?

les objectifs fixés par la loi AGEC pour les années 2021 et 2022 © Ministère de l'écologie

les objectifs fixés par la loi AGEC pour les années 2021 et 2022 © Ministère de l'écologie

De 2023 à 2026 : nouveaux objectifs, nouveaux échecs !

À partir de 2023, nous ne pouvons même plus fonctionner par année car les objectifs se font bien rares, la répétition des échecs ne pousse sans doute pas à s'en fixer de nouveaux. En effet, il n'y a qu'un seul et unique objectif pour l'année 2023 : l'interdiction de la vaisselle jetable dans les fast-foods.

J'avoue que je n'y mets plus les pieds depuis que je suis sorti de l'adolescence, mais si quelques enseignes ont joué le jeu quelques jours, il semble qu'elle n'est plus d'actualité puisque le parlement européen a renoncé à l'interdiction dès le mois de novembre de la même année. Et hop, un échec de plus.

Au premier janvier 2024 entre en vigueur l'interdiction de vendre des dispositifs médicaux contenant des micro-plastiques. Nous ne sommes pas spécialistes, mais n'avons pas vu de changements dans ce domaine, mais avons trouvé un article sur un site de vente d'équipements qui évoque une liste d'exemptions longue comme le bras, c'est donc à priori là encore un raté.

L'an dernier, en 2025, l'objectif mentionné est de « réduire de 20% les emballages plastique à usage unique » dont au moins la moitié doit être permis par le réemploi. Le gouvernement a bien lancé une expérimentation de la consigne, mais on ne doit même pas être à 0,01% de réduction (et encore).

Nous sommes fin avril 2026, le gouvernement n'a pas communiqué sur le sujet depuis qu'il a émis ce nouvel objectif. Néanmoins, nous ne voyons pas par quel miracle il serait parvenu à réussir cet exploit en l'espace d'un an.

Justement, depuis le début de l'année il est « interdit de vendre des cosmétiques contenant des micro-plastiques » qui découle d'une réglementation européenne de 2023 (et n'a pas encore été annulée). Mais là encore, nous n'avons rien trouvé à ce sujet qui date d'après 2023, et la loi ne semble concerner que les paillettes.

  • Objectif 2030 : pas encore lancé, déjà torpillé

Enfin, la feuille de route termine par un objectif général à atteindre pour 2030 : « une réduction de 50% du nombre de bouteilles plastiques à usage unique ». Elle mentionne également une interdiction de la vente de tous les emballages plastiques à usage unique d'ici 2040, après tout les promesses n'engagent que ceux qui y croient comme le dit l'expression.

Un projet de loi au sénat vise déjà à le torpiller puisque des sénateurs ont déposé un amendement qui s'appuie, comme pour les emballages plastiques des fruits et légumes (et sans doute lui aussi soufflé aux sénateurs par les mêmes lobbys), sur cette nouvelle réglementation européenne PPWR déjà évoquée.

Ces derniers estiment que la réglementation PPWR ne pose pas d'interdiction de mettre en vente des bouteilles en plastique et que la bouteille PET (polyéthylène téréphtalate) présenterait, nous citons : des « caractéristiques reconnues en matière d'éco-conception, de recyclabilité et de réduction de l'empreinte carbone ».

Par conséquent, les sénateurs proposent purement et simplement d'annuler la réduction de 50% prévue par la loi AGEC.

les objectifs fixés par la loi AGEC de 2023 à 2030 © Ministère de l'écologie

les objectifs fixés par la loi AGEC de 2023 à 2030 © Ministère de l'écologie

Est-ce bien nécessaire de faire le bilan de la loi AGEC ?

Le constat est sans appel, absolument aucun des principaux objectifs fixés par la loi AGEC n'est rempli : soit ils ont été purement et simplement abandonnés, soit ils sont entrés en vigueur avec des exceptions les rendant inutiles. De plus, comme il n'y a aucun contrôle ni sanctions, c'est au bon vouloir des entreprises de respecter la loi ou de s'asseoir dessus.

Nous pourrions continuer encore longtemps d'ailleurs, par exemple dans son plan biodiversité de 2018 la France se fixait l'objectif de zéro plastiques rejetés à la mer d'ici 2025 (échec). L'UE avait fixé le taux de recyclage du plastique à 50% d'ici 2025, nous sommes selon les sources entre 23% et 26% au mieux (échec), etc...

D'ailleurs la ministre de la transition écologique, comme vous pouvez le lire dans son édito plus haut (nouveau plan plastique) à promis de sauver les océans du plastique grâce aux innovations technologiques, il s'agit d'une start-up qui fabrique des filets connectés. Si l'objectif qui prévoyait d'éviter les rejets a échoué ce n'est pas grave, on va les ramasser au filet et tout va bien dans le meilleur des mondes !

Pour ce qui est de fixer des objectifs et d'assurer leur promotion en grande pompe dans les médias mainstream toujours preneurs de belles paroles politiques, il y a du monde. Par contre pour suivre leur application et leur évolution, il n'y a plus personne si ce n'est l'UFC Que Choisir (et nous).

Nous avons du fouiller des heures pour trouver des informations fiables, mais aucune n'émane du gouvernement qui se contente de fixer des objectifs mais ne semble pas très enclin à en assurer le suivi. La stratégie des « 3 R » est un échec sur toute la ligne : réduction (échec total), réemploi (on expérimente) et recyclage (verre à moitié vide).

Nous n'avions d'ailleurs pas prévu d'écrire un article sur ce sujet, mais une simple recherche Google nous a permis de trouver les objectifs du gouvernement et puis quelques résultats plus bas, l'amendement déposé au sénat pour réduire à néant les principaux objectifs en la matière (le hasard fait bien les choses) ce qui nous a servi de point de départ.

En tirant le fil, nous en arrivons donc à ce constat qui n'est vraiment pas flatteur, mais en même temps si nous arrêtions d'acheter des bouteilles en plastique et des légumes en sachets, ils n'en vendraient plus. Alors nous sommes toutes et tous en tant que consommateurs, en majorité du moins, coupables aussi de cette pollution.

Vivement que les ministres arrivent sur les plateaux télé pour nous donner la feuille de route 2026-2030. Vous allez voir ce que vous allez voir, car cette fois c'est promis, ils vont sauver la planète du plastique !

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