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Alimentation : le Nutri-Score va t-il devenir obligatoire ?

Ancien chef de cuisine et spécialiste consommation, quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre il y a quelques jours que l'Assemblée Nationale avait voté dans le cadre du PLFSS (budget de la sécurité sociale) l'obligation d'affichage du Nutri-Score sur l'ensemble des produits alimentaires, ou presque.

L'annonce a d'ailleurs fait grand bruit dans les médias, reprenant le discours officiel sur les AOP qui ont obtenu une exemption. Mais ne nous emballons pas, déjà car le parcours législatif n'est pas terminé et l'obligation loin d'être officialisée.

Mais aussi car il ne faudrait pas croire que les AOP garantissent aux consommateurs une qualité exceptionnelle. Faisons la lumière sur cette loi et les dessous des exemptions, même si au final il y a 99% de chances qu'elle ne soit pas appliquée.

Déroulé de l'article :

 

Mais quelle mouche a bien pu piquer les députés français ?

Quelle mouche a donc bien pu piquer les élus libéraux biberonnés au capitalisme pour qu'ils décident de voter pour l'obligation de l'affichage du Nutri-Score, contre l'avis des toutes puissantes multinationales de l'industrie agroalimentaire ? Une surprise de taille je dois bien l'avouer car pour moi, le dossier était clos et ça n'arriverait jamais.

Un éclair de lucidité peut-être, une décision de bon sens assurément qui va dans l'intérêt général, plutôt que celui de quelques multinationales. Nous aimerions que ça arrive plus souvent, mais attention car rien n'est encore écrit dans le marbre, alors ne nous faisons pas trop d'illusions.

Le président de l'Ania (Agence Nationale des Industries Alimentaires) a immédiatement réagi et émis des doutes sur cette hérésie, arguant que ça relevait du droit européen. Si on lit entre les lignes, ça veut dire que même si la France l'imposait, la décision serait attaquée par les industriels pour la faire tomber au plus vite (et ils ont toutes les chances d'arriver à leurs fins).

C'est vrai aussi, ils ont claqué des milliards d'euros en lobbying à Bruxelles et en France pour bien s'assurer que le Nutri-Score ne ferait pas obstacle à la rentabilité des multinationales, qu'est-ce qu'il leur prend à ces petits députés de venir s'occuper de santé publique à la place des grands ?

Il est à noter d'ailleurs que dans cette histoire, la Commission Européenne refuse, au mépris de la démocratie, de publier certains documents qui ont éclairé sa décision d'enterrer l'affichage d'un logo nutritionnel harmonisé au niveau européen.

Ce n'est pas un secret pour autant, tout le monde sait que la pression exercée par les lobbys agroalimentaires soutenus par l'Italie ont permis de remporter la bataille, comme le révèle la cellule investigation de Radio France dans un article de France Bleu à lire pour bien comprendre cette histoire.

Pour en revenir à notre cas, le projet de loi n'en est qu'au stade du parlement, il doit ensuite passer au Sénat où il est probable que la majorité de droite pro-business ne le raye de la carte. Son avenir devrait donc se jouer en commission mixte paritaire. Mais même si il devait rester dans le texte final, tout ne serait pas perdu pour tout le monde.

Car les députés ont malgré tout cédé sur un point, les produits de nos terroirs (selon leurs termes). En effet, les produits disposant d'une AOP (Appellation d'Origine Protégée) ou d'une IGP (Indication Géographique Protégée) seront quoi qu'il arrive exemptés d'affichage du Nutri-Score.

Le député Renaissance de l'Aveyron qui a proposé le sous-amendement permettant d'exclure les AOP de l'obligation d'affichage du Nutri-Score, Jean-François Rousset, a présenté les produits labellisés comme des fleurons de la gastronomie française.

Nos produits de nos terroirs, nos produits qui sont fait avec amour, par des gens qui se lèvent tous les matins pour reproduire des recettes qui remontent parfois à des siècles, ne doivent pas être comparés à des produits ultra-transformés.

discours de Mr Rousset à l'Assemblée Nationale

Alors en fait, pour connaître un peu le sujet, ce député semble confondre le label AOP avec le label STG (spécialité traditionnelle garantie). Car le label AOP ne garanti pas le respect des traditions ni un travail artisanal, contrairement au label STG qui lui garanti justement que la recette ne puisse pas être modifiée.

Les IGP sont encore moins contraignantes, puisqu'une seule étape suffit à l'obtenir : la production, la transformation ou même la simple conception (au choix). Vous pouvez importer les matières premières du monde entier, si leur transformation est faite dans une usine placée au bon endroit vous pouvez obtenir une IGP.

Il y a 3.396 produits qui bénéficient d'une AOP et 1.422 qui affichent une IGP mais il n'y en a que 6 qui bénéficient du label STG. Autrement dit, il y a des labels que vous trouverez facilement dans les rayons de votre supermarché et qui sont largement portés par les multinationales de l'agroalimentaire et un dont vous ne connaissiez peut-être même pas l'existence.

La question est donc de savoir si ces labels sont des produits du terroir issus de l'artisanat, comme voudraient nous le faire croire certains politiques ? Essayons de mieux comprendre ce qu'il se cache derrière avec un exemple emblématique, celui du Roquefort.

👉 à lire aussi : les labels alimentaires officiels

les marques distributeurs jouent le jeu de l'affichage du Nutri-Score © Tests et Bons Plans

les marques distributeurs jouent le jeu de l'affichage du Nutri-Score © Tests et Bons Plans

L'exemple de l'AOP Roquefort, un produit artisanal du terroir ?

Prenons par exemple le Roquefort, non pas par hasard mais parce que l'union des producteurs (Lactalis en gros) est en pointe du lobbying anti Nutri-Score et que son aire de production se situe principalement en Aveyron. Hors, il se trouve que le député qui a porté l'exemption de l'affichage de santé publique est issu de ce même département.

Le Roquefort, c'est toute une histoire et un lieu devenu mythique : le plateau du Larzac. C'est également une des plus anciennes AOP qui a d'ailleurs célébré en grandes pompes début juin 2025 ses 100 ans, on peut difficilement faire mieux comme emblème du terroir et de la gastronomie française.

Le cahier des charges est assez bien fait, il semble même très restrictif et limite la fabrication du fromage à un seul et unique lieu : Roquefort-sur-Soulzon. Alors afin de s'assurer l'hégémonie sur cette AOP, la multinationale Lactalis a acheté 80% du bâti et du foncier de la commune comme expliqué dans un reportage Radio France.

La production de l'AOP Roquefort est assurée à plus de 70% par les marques du groupe Société, qui appartient à la multinationale Lactalis. Parmi les marques du groupe Lactalis on trouve Bridel, Galbani, Lactel, Le Petit, Président, Salakis, etc...

L'autre marque connue, Papillon a été rachetée en 2019 par la multinationale Savencia SA qui distribue de nombreuses marques : Elle & Vire, Saint-Albray, St-Môret, Tartare, Richemonts, etc... Il est difficile de trouver des chiffres précis, mais elle serait à la tête de 11% ou 12% des ventes de Roquefort.

La multinationale Sodiaal complète le dispositif de l'AOP Roquefort avec la marque La Pastourelle rachetée elle en 2013. Cette "coopérative" distribue les marques Candia, Coeur de lion, Entremont, Le Rustique, Viva, Yoplait, etc...

Autant dire qu'il ne reste plus grand chose pour les trois ou quatre laiteries indépendantes qui résistent à l'envahisseur, puisque ces 3 multinationales contrôleraient 95% de la production de Roquefort !

Ces multinationales du lait distribuent plusieurs dizaines de fromages AOP, certes apportant une certaine qualité et garanties par rapport à ceux qui n'en ont pas. Mais le joli discours sur l'artisan qui se lève tôt le matin pour sauvegarder un savoir-faire parfois centenaire et tutti quanti, autant vous dire que c'est loin de la réalité de certaines AOP.

Ça commence à dater, mais au début des années 2000 l'autorité de la concurrence avait infligé une amende de 5 millions d'euros au groupe Société pour abus de position dominante. Ils s'étaient entendus avec plusieurs distributeurs (Carrefour, Casino, Système U, etc...) pour évincer leurs concurrents des rayons.

Alors au final nous n'avons rien contre les labels alimentaires et comme nous le rappelons toujours, acheter labellisé c'est mieux que rien, j'aime d'ailleurs beaucoup le Roquefort personnellement (j'en ai mangé dimanche dernier). Mais il faut savoir à quoi ça correspond et ne pas faire croire aux consommateurs qu'ils soutiennent des artisans qui travaillent à l'ancienne, car ce n'est pas la réalité.

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