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Conso : comment se déploie le label anti-gaspillage ?

Lancé en début d'année 2023, le label anti-gaspillage alimentaire dédié à la grande distribution fêtera bientôt ses deux ans et le gouvernement a décidé d'accélérer le mouvement en l'ouvrant également aux restaurateurs en fin d'année 2025. Une version pour l'industrie agroalimentaire est à l'étude et devrait venir compléter le dispositif dans un second temps.

Il semble donc que cette labellisation ait le vent en poupe, et nous sommes 100% pour puisqu'elle permet aux consommateurs de privilégier des enseignes et professionnels qui font l'effort de réduire le gaspillage. Pourtant, nous n'avons vu le label dans aucun des supermarchés visités cette année, du coup nous nous demandons comment il se développe et où en est son déploiement ?

Déroulé de l'article :

 

Quelle est l'utilité du label anti-gaspillage en supermarchés ?

Des labels, qui peuvent garantir tout et n'importe quoi, fleurissent chaque jour. Mais tous ne sont pas fiables, tout dépend de qui les invente comme nous le voyons régulièrement à travers nos articles, et tous n'ont pas le même intérêt pour les consommateurs que nous sommes.

C'est le cas du label anti-gaspillage alimentaire néanmoins, que nous vous avions présenté au mois de mars 2023, officiel mis en place par l'état français et soumis à un organisme de certification avec audit et contrôles. Car les chiffres communiqués sont tout simplement effarants, ils estiment le gaspillage alimentaire entre 8 et 10 millions de tonnes chaque année en France.

Alors un million de tonnes, ça fait quand même un chiffre à 12 zéros si on le ramène en kilos, c'est faramineux. D'autant que près de la moitié de cette nourriture serait encore comestible, et les plus gros gaspilleurs dans l'histoire ce sont nous, les consommateurs (47% du gaspillage). Mais nous ne sommes pas les seuls coupables, puisque 53% du gaspillage émane d'autres sources.

Au premier rang desquelles on trouve les transformateurs, autrement dit l'industrie agroalimentaire, qui jette 20% des produits bruts qu'elle reçoit. Suivent les producteurs, qui pour diverses raisons jettent eux 14% des produits qu'ils cultivent ou élèvent.

Une des raisons justement est que leur production peut-être refusée par les industriels ou les distributeurs, ne les oublions pas puisque eux aussi gaspillent. Environ 7% des produits malgré les dons aux associations et leurs rayons anti-gaspillage en magasins (source : ministère de la transition écologique).

N'oublions pas les restaurateurs qui seraient eux coupables de 12% des pertes, mais c'est donc par un label pour les distributeurs que le gouvernement a décidé de commencer. En effet, le label anti-gaspillage alimentaire part d'un constat implacable et d'une bonne intention : permettre aux consommateurs de privilégier des professionnels qui font des efforts pour éviter ce gaspillage.

On peut se demander pourquoi commencer par les supermarchés et distributeurs assimilés, qui sont finalement ceux qui font déjà le plus d'efforts pour éviter le gaspillage, même si ils le font sans aucun doute surtout pour maximiser leurs profits plus que pour des raisons environnementales.

Déjà il faut différencier ce qui est considéré comme des déchets, même si certains pourraient être revalorisés, des produits finis. Hors les distributeurs, contrairement aux producteurs et transformateurs, génèrent peu de déchets issus de ces étapes et jettent par conséquent quasiment uniquement des produits comestibles. Mis à part cette raison, cet ordre d'application reste un mystère.

Car le label anti-gaspillage alimentaire si il a été lancé en 2023 pour les supermarchés, va s'ouvrir aux restaurateurs dans les mois à venir et devrait être décliné ensuite à l'industrie agroalimentaire. Voyons déjà comment il se déploie dans les enseignes de grande distribution, avant d'essayer de prédire l'avenir.

les chiffres du gaspillage alimentaire en France © ministère de la transition écologique

les chiffres du gaspillage alimentaire en France © ministère de la transition écologique

Le déploiement du label anti-gaspillage dans les supermarchés

Car l'idée première d'écrire cet article part du constat que, bientôt deux ans après le lancement de ce label anti-gaspillage qui nous intéresse en tant que consommateurs, nous ne l'avons encore jamais vu à l'entrée d'un seul supermarché. Entre nos voyages et nos activités, nous en avons pourtant visité un certain nombre ne serait-ce que ces derniers mois.

Une question se pose donc, combien y a t'il de supermarchés labellisés ? Car décliner le label à toutes les sauces c'est bien, mais si personne ne l'utilise ça ne sert à rien si ce n'est à faire de la communication politique, une grande spécialité française par ailleurs.

Nous avons cherché, et non sans mal, avons fini par trouver la liste des magasins labellisés sur le site du ministère de la transition écologique. Un fichier PDF qui date du 15 septembre 2025 liste tous les magasins ayant obtenu le label, au nombre de 147 à ce jour. Leur résultats sont excellents semble t'il, avec 57% de réduction du gaspillage dans les établissements labellisés.

Mis à part quelques magasins indépendants, la plupart des supermarchés labellisés appartiennent à trois enseignes : Carrefour, E.Leclerc et Système U. Nous avons croisé quelques Franprix également, mais les autres enseignes par contre n'ont aucun magasin engagé pour le moment : où sont les Auchan, Lidl, Intermarché et compagnie ?

Le premier enseignement est donc que certaines enseignes se sont saisies de ce label, alors que d'autres n'en ont semble t'il pas grand chose à faire. Mais 147 supermarchés labellisés, ça représente quoi sur l'ensemble du territoire ?

Leur nombre est estimé à plus de 16.000 magasins en France : environ 10.000 supermarchés, 4.000 hard-discount (Aldi, Lidl, etc...) et 2.000 hypermarchés. Sans même compter les petits magasins ça nous fait donc, après bientôt 2 ans d'existence 0,92% des grandes surfaces qui ont obtenu le label.

Comme évoqué dans notre présentation de 2023, le label anti-gaspillage alimentaire se décompose en trois paliers : 1 étoile (le magasin s'est engagé à réduire le gaspillage), 2 étoiles (le magasin commence à obtenir des résultats) et 3 étoiles (le magasin réduit le gaspillage et atteint ses objectifs).

Ce qui est étonnant dans la liste du ministère, c'est qu'il n'y a que 2 magasins ayant passé la première étoile et une quinzaine qui bénéficie de 2 étoiles. Tous les autres sont déjà à 3 étoiles, nous les félicitons mais ça semble aussi indiquer que les 15.850 autres magasins n'ont même pas encore passé la première étape, donc n'ont à priori pas l'intention d'obtenir le label à court terme.

Alors peut-être que des centaines sont en cours de labellisation, mais quand même moins de 1% de supermarchés labellisés ça ne fait pas grand chose. On ne peut pas dire que ce soit un franc succès, d'autant qu'il y a plusieurs niveaux de labellisation et que le premier est accessible facilement puisqu'il ne repose que sur un simple engagement.

le label anti-gaspillage alimentaire semble efficace © ministère de la transition écologique

le label anti-gaspillage alimentaire semble efficace © ministère de la transition écologique

Le label arrive pour les restaurateurs, puis les industriels

Si le label anti-gaspillage alimentaire de la grande distribution semble pour l'instant être un échec retentissant, puisque le but était de mieux informer les consommateurs et que ce n'est pour le moment absolument pas le cas avec moins de 1% des établissements labellisés, ça n'empêche pas le gouvernement de le décliner aux restaurateurs.

En fin d'année 2025, le label anti-gaspillage alimentaire sera disponible pour les restaurants, fast-food et autres cantines mais il faudra sans doute plusieurs mois avant que nous puissions le croiser à l'entrée des établissements. Si nous prenons le problème à l'envers, puisque ce sont ceux qui gaspillent le moins qui sont concernés en premiers, ça nous semble une bonne idée malgré tout.

Car c'est bien dans les restaurants que ce label sera le plus facilement identifiable et trouvable pour les consommateurs, enfin à condition que la profession s'en saisisse plus que ne l'ont fait jusqu'ici les enseignes de la grande distribution.

Il pourrait en tous cas nous permettre de privilégier des restaurants qui s'engagent à éviter le gaspillage, même si eux aussi dans un soucis de gestion responsable et rentable de leur petite entreprise, ont tout intérêt à le faire depuis déjà longtemps.

Vous le savez si vous nous lisez régulièrement, il se trouve que je suis moi même un ancien chef de cuisine ayant travaillé plus de 20 ans dans ce secteur. Hors il serait faux de dire que tous les restaurants sont bien gérés, beaucoup sont tenus par des patrons issus d'autres secteurs qui ne sont pas formés, sans parler des problèmes de recrutement de personnel qui l'est (formé) car le métier est toujours aussi mal payé et particulièrement exigeant.

Je sais également que gérer un stock de matières périssables n'est pas évident, ça demande une grande vigilance au quotidien et un peu d'expérience. Mais un restaurant bien géré ne jette quasiment rien si ce ne sont des déchets (épluchures, os et arrêtes, etc...) et parfois, ça nous arrive à tous, un récipient qui nous échappe et dont le contenu termine au sol.

Le principal du gâchis dans un restaurant bien géré, ce sont les restes dans les assiettes que les clients ne terminent pas. Du coup, il faudra voir le référentiel de ce label dédié aux restaurateurs, que comprend il et quelle importance donne t'il aux différentes sortes de gaspillage entre déchets, retours de salle, gestion des stocks.

Mais ce n'est à notre avis pas le plus important, car notre expérience est principalement constituée de restaurants indépendants et de cuisine traditionnelle. Hors de nos jours, ce sont les franchises et les chaînes qui dominent le secteur : fast-foods, brasseries, spécialités, etc...

Elles se développent notamment par l'optimisation et la standardisation de leur carte et des aliments, qui arrivent souvent prêts à cuire (voir prêts à servir) et sont cuisinés en amont par la chaîne agroalimentaire dont la labellisation n'arrivera que dans quelques années. Ce qui facilite la gestion des stocks (surgelés, sous-vide) et les managers veillent à ce que les équipiers ne laissent pas le moindre centime échapper à l'enseigne.

Du coup, il ne faudrait pas que le label anti-gaspillage profite à une restauration aseptisée et standardisée au détriment de ceux qui au contraire, travaillent les produits du terroir dans les règles de l'art et portent haut les couleurs de la gastronomie française. Bref, comptez sur nous pour vérifier tout ça le moment venu, quand les labels dédiés à ces secteurs seront d'actualité.

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