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Conso : un accord entre l'Inde et l'Union Européenne

Alors que le Mercosur a fait couler beaucoup d'encre et fait les gros titres depuis des mois, l'accord de libre échange entre l'Inde et l'Union Européenne est lui passé inaperçu et il n'y a que bien peu d'articles permettant de se faire un avis sur les mesures qu'il contient, si ce ne sont quelques communiqués officiels qui n'évoquent que les avantages présumés pour nos industries.

C'est pourtant un accord majeur qui concerne des marchés immenses avec plus de 1,4 milliards d'indiens et environ 450 millions d'européens. Nous évoquons deux puissances qui à elles deux représentent 25% de la population mondiale, un tiers du commerce mondial et 25% de son PIB (produit intérieur brut). Mais que change t-il pour nous, les consommateurs ? C'est ce que nous allons essayer de comprendre.

Déroulé de l'article :

 

Nos autorités semblent enchantées par l'accord Inde-UE

Le site officiel du gouvernement français Vie Publique n'y va pas par quatre chemins pour présenter l'accord entre l'Inde et l'UE, en résumé : « c'est de la bombe bébé ». La réduction des droits de douane va profiter aux secteurs de l'automobile, de la chimie, de la pharmacie, du luxe ou encore de l'aéronautique.

Les filières de l'industrie agroalimentaire devraient elles aussi profiter de cet accord, alors que les lobbys de la filière des vins et spiritueux est montée au créneau (avec succès) pour éviter que l'Europe n'ose taxer les GAFAM afin de protéger ses intérêts (au détriment du nôtre), elle se frotte les mains de ce nouvel accord.

Les grandes entreprises européennes vont s'en mettre encore plus plein les fouilles d'accord (et tant mieux pour elles), mais qu'en est il pour nous, les consommateurs ? Certes, plus d'exportations ce sont aussi des emplois et donc in fine, le financement de notre modèle social qui va bénéficier des avantages supposés de cet accord.

Mais il faudra néanmoins voir cet aspect à plus long terme, puisqu'il n'est pas caché que les avantages attendus côté indien ce sont surtout des investissements. Autrement dit, des usines pour produire sur leur sol, avec à terme le risque de délocalisations de celles situées sur le notre et de transferts de technologie (voir de souveraineté).

L'Inde c'est aussi un gros exportateur de vêtements, malheureusement plutôt du domaine de la fast-fashion que de celle de la mode durable. Elle exporte aussi des métaux, notamment de l'acier dont on ne connaît jamais la provenance quand on s'intéresse aux marques qui assurent produire du Made in France, ou encore des pierres (pour la bijouterie).

Justement, en parlant de la France, il est à noter que nous sommes comme trop souvent assis au fond de la classe puisque selon franceinfo nos échanges avec l'Inde ne représentent qu'un tout petit 1% de leur balance commerciale mondiale, contre 13,6% pour l'Allemagne et 8,1% pour l'Italie.

Notre balance commerciale est en plus et sans surprise déficitaire (de 3,45 milliards d'euros) avec 9,76 milliards d'importations contre 6,31 milliards d'exportations. Cet accord permettra peut-être de rétablir un peu cette balance commerciale qui tient tant aux économistes, mais nous profitera t-elle ?

notre imaginaire de l'agriculture indienne ne correspond sans doute pas à la réalité © pixabay

notre imaginaire de l'agriculture indienne ne correspond sans doute pas à la réalité © pixabay

Qu'est ce que ça pourrait changer pour nous, les consommateurs ?

Ce qui semble ressortir de cet accord, même si nous ne sommes pas économistes et que nos autorités s'en réjouissent, c'est que exactement comme pour le Mercosur avec les pays sud américains, il ait été cousu sur mesure pour avantager l'Allemagne et l'Italie bien plus que la France qui ne pèse plus rien au sein de l'Union Européenne (je suis pourtant un européen convaincu).

Pendant ce temps là, notre président fait le buzz avec ses lunettes de soleil Made in France à 659€ au forum de Davos (l'antre du capitalisme). Enfin Made in France si on veut, l'entreprise appartient à un groupe italien, les verres sont certainement fabriqués en Allemagne ou en Italie (comme c'est souvent le cas) et la monture, il n'est pas impossible qu'elle soit faite d'acier indien même si en vérité nous n'en savons rien.

Plus sérieusement, est-ce que les prix des voitures et de l'électroménager vont baisser pour les consommateurs français, étant donné que les taxes sur l'acier importé d'Inde devraient elles aussi baisser et que le métal y est présent en grande quantité ? C'est peu probable !

Le ministère de l'Agriculture est lui moins flatteur que les autres sources gouvernementales et pointe dans un document le risque des importations de viande bovine et de sucre indien, dont les filières se développent à grande vitesse. D'autres sources évoquent les céréales, le café et le thé ou encore l'huile de ricin. Bien entendu, les épices ou les raisins secs indiens sont déjà bien présents dans la grande distribution.

Au final donc cet accord est gagnant-gagnant pour les gros industriels ça ne fait aucun doute : les métaux, les textiles et les pierres précieuses coûteront moins cher à faire importer d'Inde. Ce qui bénéficiera aux filières de la confection (mais de luxe uniquement) et aux industries qui utilisent du métal que nous de fondons plus en Europe.

Mais est-ce que pour autant nous pourrons plus facilement accéder aux boutiques de la Place Vendôme pour en profiter, est-ce que ces industriels vont répercuter ces baisses de coût sur le prix de vente de leurs produit, ou en profiter pour augmenter un peu plus leurs profits et les reverser à leurs actionnaires ?

Nous aurons la réponse dans quelques années, mais je suis assez pessimiste car c'est toujours la seconde option qui est préférée. Il reste beaucoup de questions sans réponses et nous n'avons pas les compétences pour y répondre, l'avenir nous dira si cet accord profite aux consommateurs mais ça reste semble t-il assez peu probable.

Les précédents accords de libre-échange signés avec le Canada, le Japon ou la Nouvelle-Zélande (une quarantaine au total) n'ont en tous cas pas permis de proposer une offre alternative au Made in China, ni permis à l'Europe de devenir un acteur majeur dans de nouveaux secteurs.

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