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Le gouvernement vient d'annoncer son plan de redynamisation du commerce en centre-ville, 9 mesures articulées autour de trois grands axes pour faire renaître la dynamique de proximité : financer, accompagner, développer. Un plan qui s'appuie sur un rapport récent de la Banque des Territoires, qui faisait une trentaine de recommandations.
Nous vous proposons de découvrir ce qui est envisagé par le gouvernement est si c'est de nature à réellement redynamiser les rues commerçantes de nos villes et villages, si les recommandations faites ont été suivies et quels moyens donne l'état aux acteurs de la revitalisation pour mener à bien cette difficile mission.
Déroulé de l'article :
Pour se faire une idée de la pertinence de ce nouveau plan gouvernemental, il faut regarder les mesures annoncées par le ministère de l'économie pour la redynamisation du commerce en centre-ville. Sont elles cohérentes et suffisantes pour y arriver et inciter des commerces à s'y réinstaller ?
Car le constat et donc les actions menées jusqu'ici sont assez éloquentes : il y avait 6% de commerces vacants en 2010, le taux est passé à 14% en 2024. Ce qui veut dire que 14% des boutiques sont vides et ne trouvent pas de commerçant pour les occuper.
Alors nous évoquons des « commerces » mais ça englobe les biens comme les services : boulangerie, salon de coiffure, fleuriste, etc... Pour attirer de nouveaux commerces en centre-ville, le gouvernement vient donc d'annoncer un plan de redynamisation contenant 9 mesures articulées autour de trois grands axes : financer, accompagner, développer.
L'axe « financer » contient trois mesures : soutenir les foncières de revitalisation, financer des postes de managers et mettre le commerce au centre des programmes de la ville existant comme Action cœur de ville, Villages d'avenir ou Petites villes de demain.
L'axe « accompagner » en contient quatre, à commencer par et je cite : "faire de l'intelligence artificielle l'alliée des commerçants". Le gouvernement propose également de modifier la taxe sur les friches commerciales peu utilisée par les communes, et prévoit la création d'un guide intitulé "diagnostiquer ma vacance commerciale".
Dernière mesure, le déploiement à l'échelle nationale de la charte "Ville commerçante" qui est une liste d'engagements entre les communes et les commerçants. En effet, selon le ministère le manque de dialogue serait le principal point de blocage à l'animation commerciale (ou comment dire : c'est pas nous, c'est les autres).
Enfin, l'axe « développer » s'articule autour de deux mesures : amplifier le programme "Entrepreneuriat Quartier 2030" qui permet de faciliter l'installation de commerces dans les quartiers prioritaires et lancer une nouvelle initiative baptisée ''Made in Local'' pour valoriser les locaux vacants et mettre en valeur les métiers.
Voilà donc pour le détail du plan de redynamisation que vient d'annoncer le gouvernement français, est il à la hauteur des enjeux et permettra t-il d'inverser la tendance ? Chacun(e) se fera son propre avis, mais en tant qu'expert de la consommation j'ai le mien, alors je vais me permettre de vous le donner.
Vous aurez remarqué, et ce n'est pas simple pour moi d'ailleurs, je me suis abstenu de faire le moindre commentaire lors de cette présentation du plan de redynamisation des centre-ville présenté par le gouvernement français. Pourtant, la première chose qui me saute aux yeux, c'est qu'à aucun moment le mot « consommateur » n'est évoqué.
Hors, si l'on veut redynamiser les commerces de centre-ville, c'est peut-être un des aspects à prendre en compte. Que souhaitent les consommateurs, pour quelles raisons ont ils été délaissés, quels types de commerces seraient en mesure de les faire revenir ?
C'est d'ailleurs déjà un reproche que l'on retrouve dans un rapport de la Cour des comptes en septembre 2023, qui fait un constat assez similaire. Mais apparemment le gouvernement se fiche pas mal de ces aspects, il faut ouvrir des boutiques et puis c'est tout.
Les actions de l'État ont été essentiellement tournées vers des enjeux de revitalisation commerciale et de diversité de l'offre. La question de l'accès aux commerces de proximité n'apparaît pas comme centrale dans ces programmes, peut-être parce qu'elle ne concerne que peu de territoires.
C'est pourtant tout de même me semble t-il la base du commerce, il ne s'agit pas que d'ouvrir des boutiques au petit bonheur la chance et advienne que pourra ensuite. Il faut aussi donner envie aux consommateurs de venir, qu'ils puissent accéder facilement aux centre-ville et y trouvent un cadre agréable, qu'ils puissent y trouver des produits et services à des prix abordables.
Certaines mesures du plan ne sont pas nouvelles, juste la continuité de ce qui n'a pas fonctionné jusqu'ici. La première mesure n'est d'ailleurs que le renouvellement de l'enveloppe, autrement dit et il est vrai que de nos jours c'est déjà beaucoup demander, l'état ne va pas faire des économies sur ce budget.
Peut on commencer un plan ambitieux en disant, déjà on ne va pas réduire les investissements. Ça nous semble être la moindre des choses, mais de quoi parle t-on et quelles sommes sont engagées ?
Cette enveloppe si nous avons bien tout compris est de 1 milliard d'euros mobilisés en 2020 pour une période de 5 ans, elle serait renouvelée de 2026 à 2030 et correspond donc à 200 millions d'euros par an. Tout repose sur des foncières de revitalisation ou redynamisation qui ont été créées en 2020 et chapotées par la Banque des Territoires.
Sur ce milliard d'euros, 300 millions sont de l'investissement, 500 millions sont proposés sous la forme de prêts et autres solutions bancaires. Le reste est réparti sous diverses formes de dépenses : la création d'un réseau et son animation, l'édition de dizaines de rapports et de guides, l'emploi de managers de commerce, le financement de solutions numériques, etc...
Depuis le lancement du projet, 84 foncières ont été créées et 75 d'entre elles sont « en pleine activité » selon le communiqué que nous avons trouvé. Elles prennent le plus souvent la forme de Sociétés d’Economie Mixte (SEM) dont la gouvernance est partagée entre les communes et des EPL (entreprises publiques locales).
L'objectif est d'acheter des terrains et de rénover les locaux afin de les réhabiliter pour ensuite les louer à des commerçants qui souhaitent s'installer et le foncier peut ensuite être cédé à la fin du bail. Mais les locaux réhabilités peuvent aussi servir à créer des logements, des bureaux, des espaces de santé et bien d'autres choses.
Le rôle de la Banque des Territoires est central puisque c'est elle qui gère les autres programmes cités, et devra donc à la demande du gouvernement y intégrer l'aspect commerces de centre-ville. La partie « financer » du plan gouvernemental n'apporte rien de nouveau finalement, ni le moindre centime de plus pour remplir la mission.
La solution miracle du gouvernement pour mieux « accompagner » est de faciliter l'installation en taxant les locaux vides et en éditant des guides ou des chartes en tous genres. Toutes ces mesures n'ont pas démontré leur efficacité pour le moment, mais on va en faire encore plus.
Ajoutez un peu d'intelligence artificielle et quelques managers qui sont en gros chargés de trouver des commerçants à installer dans les locaux réaménagés (il y a déjà 515 managers de commerce payés par les collectivités, mais apparemment ça ne suffit pas), et le tour est joué. Le rapport de la Banque des Territoires (112 pages) faisait de nombreuses autres recommandations qui n'ont pas été retenues.
Le gouvernement a choisi la facilité alors que le sujet est complexe et le plan ne s'attaque pas aux causes du problème comme « la maîtrise des loyers commerciaux et des charges » qui sont sans doute le principal frein à l'ouverture de commerces de proximité, plus que le manque de communication comme l'explique le gouvernement pour rejeter la faute sur les autres.
Mettre des locaux à disposition c'est bien mais si tu n'a aucune chance de prospérer, alors même que le prix des énergies a flambé ces dernières années et précipité la fermeture de milliers de petits commerces, personne ne veut risquer de s'installer dans ces conditions et c'est bien normal.
Le rapport souligne l'importance de faire respecter la réglementation des promotions et des soldes sur les sites de vente en ligne. Nous avons justement expliqué comment les fausses promos Black Friday sont relayées dans les médias la semaine dernière. Il semble évident que si on ne fait pas respecter les lois du commerce, il est illusoire de vouloir revitaliser le commerce de proximité.
Le contrôle mené par les douanes suite aux révélations sur les poupées sexuelles a révélé que 80% des produits vendus par Shein sont non conformes. Tout le monde est coupable : les moteurs de recherche et réseaux sociaux qui font leur publicité, les sites de e-commerce qui vendent tout et n'importe quoi à l'aide de fausses promotions et de dark patterns, les médias qui incitent à l'achat sur ces sites, etc... Tout le monde enfreint la loi pour se faire du fric, mais nos autorités s'en foutent royalement !
Le rapport préconise la création d'un bail commercial spécifique pour les entreprises de l'ESS (économie sociale et solidaire) qui n'a pas été retenu non plus. Là encore, nous écrivions un article sur le soutien à la French Tech qui semble démesuré par rapport à celui apporté à l'économie sociale et solidaire qui créé 6 fois plus d'emplois (pourtant l'emploi d'habitude nos politiques aiment ça).
Alors la politique de l'offre et l'IA c'est bien, mais ne faudrait il pas aussi (et surtout) s'intéresser à la demande et faire cesser les pratiques déloyales ? En résumé donc, mais ce n'est que mon avis, ce plan ne va pas changer grand chose car il ne s'attaque pas aux causes du problème. On va inciter à l'installation de nouveaux commerces qui vont se casser la gueule, faute de pouvoir concurrencer ceux qui ne respectent pas nos lois.
Bien entendu, les consommateurs ont aussi un rôle à jouer et ne font pas toujours l'effort de leur côté pour privilégier des acteurs responsables. Mais comme pour l'alimentation et la plupart des sujets finalement, la seule responsabilisation des consommateurs ne suffit pas et si les pouvoirs publics ne jouent pas leur rôle à la base c'est peine perdue.