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Made in France : la moitié des ingrédients n'ont pas d'origine connue

Derrière les slogans "Origine France" et les emballages aux couleurs tricolores, la réalité des produits alimentaires vendus dans nos supermarchés est bien moins claire qu’il n’y paraît. Une enquête de la CLCV révèle même qu’un ingrédient principal sur deux n’indique aucune origine. Une opacité que l’association de consommateurs juge trompeuse, et est même illégale dans certains cas !

Les consommateurs demandent clairement à pouvoir être mieux informés sur l'origine réelle des produits qu'ils achètent, mais ça ne semble pas être une priorité pour nos dirigeants qui ne sont pas très enclins à durcir la loi. Au contraire même ils ne publient pas les décrets censés mieux encadrer ces pratiques et ne diligentent quasiment aucuns contrôles, comment expliquer celà ?

 

Un constat sans appel : la transparence est l’exception, pas la règle !

Entre avril et mai 2025, l’association de consommateurs CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie) a épluché les étiquettes de 450 produits transformés issus de rayons de grandes surfaces, hard-discounters et enseignes bio.

Au total, ce sont 977 ingrédients principaux ont été analysés, répartis dans six grandes familles : plats préparés, produits laitiers et fromagers, confitures, compotes, pâtes alimentaires et produits de panification.

Son objectif est de vérifier la mention d’origine géographique des ingrédients principaux, ceux qui composent majoritairement le produit ou qui sont essentiels à son identité : le lait dans un fromage, le blé dans des pâtes, les fruits dans une confiture, etc...

Le résultat de l'enquête est sans appel : 52% des ingrédients principaux étudiés ne précisent aucune origine sur l’emballage. Seuls 33% mentionnent une origine géographique précise qu’il s’agisse d’un pays, d’une région ou de l’Union Européenne.

Dans 15% des cas l’information est partielle ou confuse, au final donc nous arrivons à peine à un tiers des origines des matières premières dont l'origine est réellement indiquée. Hors nous n'évoquons que l'ingrédient principal, imaginez la même étude sur les deux ou trois principaux ingrédients de produits cuisinés.

La viande bovine fait figure de bon élève, avec 100% des échantillons étiquetés avec une origine. Une réglementation stricte que nous devons à l'épisode de la maladie de la vache folle (encéphalopathie spongiforme bovine). Elle soulève bien le fait que quand on souhaite imposer plus de transparence, c'est tout à fait faisable et n'est qu'une question de volonté politique !

Pour certaines catégories, l’opacité domine :

  • 64% des fruits utilisés dans les confitures n’indiquent aucune origine

  • Plus de 50% des produits céréaliers ne mentionnent pas l’origine du blé

  • 44% des fruits dans les compotes n’indiquent aucune origine non plus

Ce n'est pas nouveau mais la CLCV le rappelle, de nombreux fabricants valorisent un ingrédient d’origine française (comme la farine) tout en restant silencieux sur d’autres composants tout aussi essentiels (comme les œufs ou le lait), qui peuvent provenir d’autres pays.

Ce sont les fameuses "filières françaises", qui généralement concernent un ou deux ingrédients peu onéreux (farine, lait, œufs ou sucre) et sont bien mis en avant sur le paquet. Un dispositif qui attire l'attention tout en permettant de cacher l'origine des autres ingrédients, y compris donnant leur caractéristique principale au produit : les fruits secs, le chocolat, la vanille, etc...

Résultat : le consommateur est volontairement induit en erreur par des étiquetages trompeurs, croyant acheter des produits 100% français alors que c’est rarement le cas !

les origines des matières premières sont trop souvent masquées © Tests et Bons Plans

les origines des matières premières sont trop souvent masquées © Tests et Bons Plans

Des emballages qui jouent la carte du flou… ou de la manipulation

Au-delà des mentions textuelles, les visuels trompeurs pullulent : drapeaux tricolores, silhouettes de l’Hexagone, slogans de type "saveurs du terroir" sont autant d’éléments graphiques qui suggèrent une origine française globale, sans toujours correspondre à la réalité des ingrédients utilisés.

Ces pratiques marketing ne sont pas illégales en soi, mais elles deviennent litigieuses lorsque l’emballage fait croire que le produit est d’origine française alors que la plupart des ingrédients ne le sont pas. C'est par exemple le cas des cornichons importés, dans ce cas il suffit de mettre une carte tricolore indiquant où se trouve l'usine de conditionnement et le tour est joué.

Le règlement européen INCO sur l'étiquettage alimentaire entré en vigueur en 2014 impose pourtant que la différence d’origine soit explicitement signalée. Mais dans la moitié des cas étudiés cette obligation n’est pas respectée, faute de contrôles ou grâce à une interprétation trop souple de la loi.

La loi Egalim 2 votée en 2021 interdit l’usage de visuels français (drapeau, carte, etc...) si les ingrédients principaux ne sont pas d’origine France, mais le décret d’application n’a jamais été publié rendant ainsi la loi totalement inopérante.

Depuis 2024, les industriels peuvent afficher le logo Origin’Info, un repère volontaire qui permet au consommateur de consulter l’origine des principaux ingrédients via un QR code ou une mention claire. Mais sur le terrain, moins de 20% des produits étudiés affichaient ce logo. Son adoption reste très limitée, alors qu’il pourrait être un outil simple et efficace de transparence.

Le cadre juridique est là, mais son application laisse à désirer. Si le règlement INCO encadre l’étiquetage de l’origine, la CLCV pointe un manque de clarté autour de la notion d’ingrédient principal, souvent laissée à l’interprétation des fabricants. En France, un décret de 2016 avait renforcé l’affichage de l’origine pour le lait et la viande, mais il n’est plus applicable au lait depuis 2021.

Dans un précédent article (lien plus bas) nous avions pris l'exemple de la confiture de fraise, qui représente bien la faiblesse des lois encadrant l'affichage de l'origine des produits. En effet, une confiture fabriquée avec du sucre et des fraises importées peut mentionner qu'elle est Made in France si elle est cuite en France.

Le problème, c'est qu'en rayon il est impossible de la différencier d'une autre qui aura été fabriquée avec des fraises et du sucre français. La seconde sera sans doute bien meilleure, mais aussi plus onéreuse. Sauf que comme le consommateur ne peut pas les différencier, il ira au moins cher pensant que leur qualité est équivalente.

les consommateurs doivent trier le véritable Made in France © pixabay

les consommateurs doivent trier le véritable Made in France © pixabay

Les attentes des consommateurs sont pourtant claires

Les lois ne sont pas respectées, pourtant les consommateurs demandent plus de clarté. Un sondage réalisé par la CLCV montre que 99% des français souhaitent connaître l’origine des aliments qu’ils consomment. Parmi eux, 80% privilégient le local et près de la moitié le fait à la fois pour soutenir les producteurs et pour des raisons environnementales.

Mais c'est là que se pose le problème, la très grande majorité des consommateurs sont dupés par toutes ces techniques marketing et les faiblesses de nos lois. Ils pensent acheter Made in France alors qu'il n'en est souvent rien !

Nous avions également il y a quelques mois évoqué une autre enquête de la CCI (Chambre de Commerce et de l'Industrie) qui nous apprenait que 89% des français veulent consommer Made in France. Mais du véritable Made in France, pas du fabriqué en France marketing qui cache l'origine des matières premières !

Pourtant aujourd’hui, en rayon l’acheteur n’a pas les moyens de faire un choix éclairé. L’information est incomplète ou absente, volontairement cachée et souvent noyée dans un marketing nationaliste qui ne vise qu'à vendre plus (et plus cher).

La CLCV formule plusieurs recommandations précises :

  • Rendre obligatoire l’affichage de l’origine pour tous les ingrédients principaux, y compris dans les produits transformés

  • Interdire les visuels évoquant la France si l’origine réelle des ingrédients ne le justifie pas

  • Faire appliquer les textes existants, notamment en publiant le décret manquant de la loi Egalim 2

  • Généraliser le logo Origin’Info, qui pourrait devenir un outil standard de traçabilité

L’enquête de la CLCV met en lumière, une nouvelle fois mais c'est important de ne pas lâcher l'affaire, une réalité dérangeante : la moitié des produits alimentaires vendus en supermarché dissimulent l’origine des principaux ingrédients. Malgré des lois en place, la transparence reste à la discrétion des marques, quand elle ne frôle pas carrément la désinformation.

Pour que "bien manger" ne soit pas qu’un simple slogan vendeur il faut une réglementation stricte, des contrôles effectifs et une information fiable sur l’emballage. Car ce que les consommateurs réclament aujourd’hui, ce n’est pas du folklore tricolore mais la vérité sur ce qu'ils mangent et font manger à leurs enfants.

Pourtant, nos dirigeants eux ne semblent pas vouloir satisfaire le peuple français. Sans doutes sont ils trop occupés à couvrir les fraudes de multinationales comme Nestlé Waters, plutôt que d'encadrer leurs pratiques obscures.

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