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Nous essayons de comprendre pourquoi le prix des carburants, et notamment du diesel, a grimpé en flèche depuis le début des hostilités au Moyen-Orient. Est-ce normal et justifiable, ou bien y a t-il des acteurs qui profitent de l'excuse pour augmenter leurs bénéfices à chaque crise internationale ?
Il est difficile de le savoir, d'autant que nous ne sommes ni économistes ni spécialistes, mais allons essayer de tirer les ficelles pour calculer au mieux comment se décompose la hausse, et où va cet argent ? Nous allons bien entendu et comme toujours nous baser sur des chiffres fiables, sinon ça n'a aucun intérêt, pour essayer de découvrir la vérité.
Déroulé de l'article :
À chaque crise internationale, nous savons qui sont les perdants et ceux qui passent à la caisse, mais il est plus difficile de savoir qui sont les gagnants. Ce qui a frappé cette fois, c'est la rapidité avec laquelle les distributeurs de carburant ont répercuté la hausse : tout juste 48 heures !
Dans ce cas c'est principalement le diesel (ou gazole) qui est victime du « contexte international », ce qui touche par conséquent principalement les professionnels (agriculteurs, pêcheurs, infirmières, artisans, etc...) et les classes populaires qui n'ont pas les moyens de changer leur véhicule au diesel.
Si les toutologues, politologues et autres beaux parleurs issus de cabinets de conseils trouvent pleins d'explications à nous servir sur les plateaux télé pour l'expliquer (et la justifier), nous avons cherché à découvrir la vérité sur l'augmentation du prix à la pompe.
Le contexte international a bons dos, mais la hausse du brut (prix du baril) qui est véritable et les difficultés d'approvisionnement, suffisent ils à expliquer la flambée des prix en station-services ? Pour le savoir il faut essayer de décortiquer cette hausse, et donc commencer par s'accorder sur son montant.
Il semble faire consensus que la hausse moyenne à la pompe pour le litre de diesel en France est de 40 centimes d'euros début mars, nous n'avons pas de chiffres plus récents malheureusement. Ce sont donc ces 0,40€ que nous allons essayer d'expliquer, pour savoir comment ils sont répartis entre les différents acteurs et quelle partie est imputable au contexte ?
Ce qui est rendu possible par un travail de l'association de consommateurs CLCV, qui a déjà bien dégrossi le dossier en calculant l'augmentation des marges entre 2025 et les trois premiers mois de l'année 2026 (visuels ci-dessous).
Même si les calculs de la CLCV ne donnent pas la réponse, ils permettent de déduire la part des marges dans cette hausse et confirment que les marges ont bondies à peine la guerre débutée. La CLCV s'appuie sur les chiffres de l'UFIP : l'union française des industries pétrolières que l'on peut considérer comme fiable.
Selon la CLCV la marge moyenne de raffinage du gasoil était de 13,2 centimes par litre sur l'année 2025, puis elle est passée à 25,7 centimes en mars 2026. Soit une hausse de 12,5 centimes par litre qui retombe donc dans les poches des raffineurs (Total Energies et compagnie).
Vient ensuite la marge des transporteurs et des distributeurs, vous savez ceux qui font la tournée de tous les plateaux télé chaque semaine pour affirmer qu'ils ne gagnent même pas 2 centimes par litre et que leur seule boussole est le pouvoir d'achat des consommateurs : Michel-Edouard Leclerc, Dominique Schelcher, Alexandre Bompard, etc...
Les Zorro sont toujours de sortie mais pourtant, sans pouvoir distinguer la différence entre transporteur et distributeur, leur marge est passée de 22,1 centimes en moyenne sur l'année 2025 à 32,9 centimes par litre en mars 2026, toujours selon les calculs de la CLCV basés sur les chiffres officiels. Ce qui nous donne donc une augmentation de marge de 10,8 centimes d'euros.
Nous arrivons donc à une hausse des marges de 12,5 centimes pour les raffineurs et de 10,8 centimes pour le duo transporteurs et distributeurs. L'état n'est jamais le dernier à prendre sa part au passage et même si il est vrai que les taxes fixes n'ont pas évoluées depuis le début de la crise, il y trouve aussi une manne financière bienvenue.
En effet, comme évoqué dans notre article sur l'inflation 2026 sur les énergies publié en début d'année, la hausse des taxes sur les certificats d'économie d'énergies est déjà responsable d'une hausse des prix à la pompe de 4 à 6 centimes par litre de carburant.
Une hausse dont nous nous serions bien passés vu qu'ils sont en plus particulièrement mal utilisés, comme l'a dénoncé notamment l'UFC Que Choisir et servent surtout à financer des fraudes et des entreprises qui ne participent pas à l'effort. Mais cette hausse étant déjà en vigueur, elle n'explique pas celle du mois de mars.
Car c'est surtout sur la TVA que l'état voit sa rente augmenter, à 20% sur les carburants ça représente tout de même 7 centimes d'euros de plus par litre sur notre hausse globale de 40 centimes. Alors sur un litre ça reste une somme modeste, mais sur un plein puis sur plusieurs, ça chiffre vite pour un particulier !
Nous avons donc une hausse d'à peine 10 centimes qui se transforme en station-service en 40 centimes, tout le monde profitant au passage d'excuses toutes trouvées pour augmenter ses marges ou ses taxes. Certains ont peut-être de bonnes excuses, comme l'augmentation du coût des transports par exemple.
Mais d'après les chiffres dont nous disposons et sont issus de sources officielles, ce sont bien les marges qui sont la principale cause de la hausse du prix des carburants, qui est d'ailleurs intervenue à la pompe bien avant que le contexte international ne puisse l'expliquer, trahissant leur volonté d'en profiter.
Les hausses de marges peuvent sur 1 litre paraître raisonnables, mais sur un plein de 60 litres, ça représente tout de même une hausse du prix de 7,50€ qui va dans les poches du raffineur et une hausse d'environ 6,50€ que se partagent les transporteurs et distributeurs plus un bonus de 4,20€ qui tombe dans les caisses de l'état.
Car au final, une hausse de 40 centimes par litre ça fait tout de même sur un plein de 60 litres la somme de 24€ de plus à payer à chaque passage en station-service (dont 18,20€ en hausses de marges et de taxes pour 5,80€ de hausse explicable par le reste), à multiplier par le nombre de pleins que vous faites par mois.
Et comme évoqué en début d'article, ça touche principalement nos agriculteurs, nos pêcheurs, les professions libérales et les petits artisans, sans oublier les foyers modestes qui n'ont pas la possibilité de changer de véhicule et ne conservent pas leur diesel juste pour faire chier les bobos écolos.
les raffineurs prennent 12,5 centimes de marge
les transporteurs et les distributeurs se partagent 10,8 centimes
l'état français empoche 7 centimes de TVA
l'augmentation qui est imputable au contexte représente 9,7 centimes
Alors certes, l'état peut se défendre car la TVA est une rente indexée sur l'augmentation des prix dont il n'est pas responsable, même si en "off" il s'en frotte les mains. Mais les taxes représentent tout de même à elles seules plus de la moitié du prix (51%) des carburants vendus aux particuliers, c'est comme si on vous facturait la baguette 3€ car l'état a décidé de surtaxer les produits de panification.
Nous l'avons d'ailleurs chiffré, les taxes sur les carburants représentent environ 1.20€ par litre actuellement, soit plus de 60€ qui sont reversés à l'état français à chaque fois que faites le plein. Si cet argent était bien utilisé encore, mais ce n'est malheureusement pas le cas, je crois que nous serons tous d'accord aussi sur cet autre constat.
Selon l'INSEE, la France consomme 11.100.000.000 de litres de carburants automobiles par an (chiffre 2024). Alors 7 centimes de plus sur 11 milliards de litres, ça fait quand même 770 millions d'euros. Il n'y a pas que du diesel certes et il faudrait donc ajuster en fonction de la hausse et de la consommation de chaque carburant sur la durée exacte de la crise, mais quand même ça donne un ordre de grandeur.
L'état se défend d'être un profiteur de guerre, en réalité ils nous fait les poches toute l'année et le fait plus encore en temps de guerre (à raison de 4,20€ de plus par plein de diesel). Chacun qualifiera ça avec les mots qu'il souhaite mais oui, l'état fait partie des gagnants de cette hausse subie par les consommateurs !