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Conso : les promotions enfin mieux encadrées dans le e-commerce ?

Une bonne nouvelle pour les internautes et les consommateurs avec l'entrée en vigueur du second volet de la directive Omnibus, qui régule (enfin) un peu mieux la vente en ligne. L'information aux consommateurs comme nous l'avons vu précédemment, mais qui prend désormais aussi en compte les promotions et leurs nombreux abus.

 

Les promotions désormais mieux encadrées sur internet ?

Nous avions déjà évoqué dans un article récent les nouvelles obligations des vendeurs pour mieux informer les consommateurs, c'est désormais une nouvelle directive qui vient compléter le nouveau (et bienvenu) dispositif de protection des achats en ligne.

En effet, si la première série d'obligations s'appliquait surtout en matière d'informations aux consommateurs, notamment utiles pour les vendeurs externes qui pullulent sur les places de marchés (ou marketplaces), la directive Omnibus en est le second volet qui s'intéresse aussi (et surtout) à l'encadrement des promotions.

Cette directive apporte plusieurs nouvelles obligations pour les sites de vente en ligne :

  • informer les consommateurs quand les produits sont mis en avant contre rémunération

  • avertir les clients si le site pratique des tarifs personnalisés en fonction des habitudes de consommation

  • prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir que les avis clients sont laissés suite à l'achat du produit

  • indiquer si les produits ne bénéficient pas des sécurités françaises sur les market-place (droit de rétractation, garanties)

  • obligation d'indiquer comme prix de référence pour les promotions le prix le plus bas pratiqué lors des 30 derniers jours

C'est donc bien cette dernière obligation sur les promotions qui est la plus attendue des consommateurs avertis que nous sommes, car le jeu vicieux qui consiste à afficher un prix de base très élevé (et souvent imaginaire) pour faire croire à des réductions de 60% ou plus, est devenu la norme sur la majorité des sites de ventes en ligne.

Si quelques sites ont toujours été sérieux dans ce domaine (Amazon, Boulanger ou la FNAC), d'autres abusent clairement de ces subterfuges pour pousser à l'achat (Cdiscount ou Groupon par exemple), Mais même sur les sites plus sérieux ce sont les vendeurs externes de la market-place qui utilisent ces techniques à la limite de la légalité, quasiment tous les sites sont donc touchés.

Bien entendu les autres mesures sont importantes également et c'est avec ce double paquet de nouvelles obligations des avancées à saluer pour une meilleure protection des consommateurs. Garantir la véracité des avis clients par exemple, même si ça risque d'être complexe à mettre en œuvre, ou indiquer clairement que vous ne bénéficiez pas des mêmes droits en achetant auprès de vendeurs basés hors Union Européenne.

La pratique visant à changer le prix des produits en fonction de l'utilisateur vous a peut-être aussi interpellé, mais selon l'UFC Que Choisir elle est encore très peu pratiquée en Europe et c'est une mesure d'anticipation, pour une fois que l'on est en avance.

Mais si vous êtes comme nous, vous devez être dubitatifs de la transposition de ces nouvelles obligations dans notre réalité de consommateurs, nous avons fait une première vérification et malheureusement la mesure phare est déjà dévoyée (voir ci-dessous).

Sources :

promotions-internet
crédit image : pixabay - geralt

 

Vérification et conclusion :

Comme toujours si les annonces qui vont dans le sens des consommateurs sont toujours les bienvenues, mieux vaut attendre de voir comment elles seront réellement mises en application ensuite. Mais surtout si des contrôles sont effectués pour garantir leur application, ce qui fait généralement cruellement défaut, les scandales alimentaires et des EHPAD étant malheureusement criants.

Car du côté ''business'' la FEVAD (fédération du e-commerce) et le MEDEF (patronat) indiquent avoir pesé de tout leur poids, nous citons : « sur l'interprétation des nouvelles règles applicables » comme l'indique cette news sur le site de la FEVAD le mois dernier.

Restons prudents donc, car en général quand les lobbys mettent leurs nez dans les textes de lois, il n'en reste à la fin pas grand chose d'intéressant pour les consommateurs.

Comme la directive est entrée en vigueur, nous avons été faire un petit tour sur un site de vente en ligne bien connu pour vérifier et voir si les taux de réduction affichés étaient bien désormais conformes avec la nouvelle réglementation.

Direction le plus grand e-commerce français donc, que nous étrillons régulièrement pour ses mauvaises pratiques en la matière, pour vérifier si ils sont rentrés dans le droit chemin. À première vue nous ne voyons pas de grand changement, mais à côté du prix de référence des produits en promotion nous voyons une nouveauté avec un « prix de comparaison ».

Pour en savoir plus nous allons dans les CGV, ils indiquent qu'ils respectent la nouvelle directive et affichent comme prix de base le prix le plus bas pratiqué sur les trente derniers jours, c'est justement ce qu'impose la loi depuis début juin donc tout va bien.

Mais dessous ils précisent que ''dans certains cas uniquement'' ils peuvent afficher un prix avant remise en plus, qui correspond au prix pratiqué avant la réduction. Jusqu'ici pas de gros soucis d'autres sites affichent déjà trois prix dont deux sont barrés, le plus élevé correspond généralement au prix de lancement du produit.

Mais la suite des CGV évoque encore un troisième type d'affichage des produits en promotion avec un « prix de comparaison », qui lui est bien plus complexe à comprendre. En effet, selon les CGV il peut être soit :

  • le prix de vente conseillé par le fabricant ou la marque

  • le prix moyen pratiqué par les vendeurs de la market-place

  • le prix moyen constaté chez les concurrents de l'enseigne

cgv-prix-promo

Le calcul de ce dernier prix est confié à une société externe (WorkIT) et est calculé (au choix) sur le prix pratiqué par au moins deux enseignes sur une sélection de 37 concurrents, ou sur la moyenne du prix pratiqué par les vendeurs de la market-place, ou encore tout simplement le prix de vente conseillé par la marque ou son représentant.

Cela indique assez clairement qu'un logiciel va comparer tous les tarifs pour voir comment obtenir le prix de base le plus élevé qu'ils pourront afficher, dans le but de maximiser le pourcentage de la réduction et laisser penser que le futur acheteur va faire une bonne affaire.

Pas très reluisant, mais surtout cette dernière option de calcul exonère d'afficher le prix le plus bas pratiqué dans les 30 derniers jours, qui disparaît littéralement de l'équation. Car le produit ne porte pas la mention de promotion même si le prix de base barré laisse penser que vous êtes devant une super promotion.

Du coup lorsque l'on se rend sur la page de promotions du site en question, quasiment toutes les offres en première page indiquent le prix de comparaison, et non pas le prix le plus bas pratiqué. L'exception est donc déjà devenue la règle seulement quelques jours après l'entrée en vigueur de la nouvelle directive, et le prix le plus bas pratiqué censé être obligatoire n'est pas affiché.

exemple-promo-bidon

Nous avons pris un exemple, en date du 02 juin 2022 sur un produit trouvé sur la page de promotions du site, même si il est vrai qu'une fois arrivés sur la fiche du produit il n'y a plus de mentions arguant de la réduction, si ce n'est ce prix barré de 1199€ (bien visible) pour un produit finalement vendu 649€. 

Vous remarquerez qu'il n'y a pas de mention de promotion ni le pourcentage de la réduction, qui est pourtant de 46% si l'on en croit le prix de base, ah non pardon de "comparaison". Ce n'est donc pas une promotion qui n'a pas l'obligation d'afficher le prix le plus bas pratiqué dans les 30 derniers jours, et pourtant elle en a tout l'air !

Nous sommes aller voir sur les autres gros sites de vente en ligne français, Boulanger et la FNAC, qui ne semblent pas encore avoir mis en place le nouvel affichage et continuent d'afficher comme prix de base des produits en promotion le prix de lancement. Pour le moment le seul gros site de vente en ligne qui applique à la lettre ces nouvelles obligations, c'est Amazon !!!

Au final donc rien n'a changé ou presque, les consommateurs penseront toujours faire une bonne affaire alors qu'ils achèteront des produits en promo qui étaient peut-être moins chers avant la promo sans le savoir, voir sont vendus à leur tarif normal puisque les mêmes e-commerces continuent comme si de rien n'était de trafiquer les prix de base à volonté.

À vrai dire nous nous y attendions, car comme souvent quand de nouvelles obligations entrent en vigueur, tout a été fait en amont par les lobbys pour que les grandes entreprises puissent les contourner facilement, et comme toujours c'est le consommateur qui est le dindon de la farce.

Pire ce sont les entreprises françaises qui ne jouent pas le jeu, alors on a beau essayer de détruire le géant américain à longueur de journées, mais en attendant c'est encore une fois un des seuls qui respecte la loi (même si il n'est pas exempt de tous reproches sur d'autres aspects).

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