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Environnement : notre décryptage du rapport officiel de la France

Le gouvernement français a mis en ligne son rapport sur l'état de l'environnement en France, un document qui n'est édité qu'une fois tous les 4 ans et depuis une vingtaine d'année. Il est donc intéressant à consulter et décrypter car ces enjeux touchent à nos modes de vie et de consommation du quotidien : l'eau que nous buvons, l'alimentation que nous mangeons, l'air que nous respirons.

Mais comme peu d'entre nous vont lire un rapport de 140 pages, nous allons en faire ressortir l'essentiel et les principaux chiffres à retenir. Car ce qui en émerge surtout, c'est que le constat est connu et alarmant mais que les décisions politiques récentes vont à l'encontre de ce qui est préconisé pour nous assurer un avenir vivable.

Déroulé de l'article :

 

Présentation du rapport et mise en perspective :

Une chose nous saute aux yeux à la lecture de ce rapport intitulé « état de l'environnement en France », officiel puisqu'il émane du Ministère de la transition écologique et non pas d'une association de défense de l'environnement, c'est qu'il est effrayant !

Les données, compilées par la SDES (Service des Données et Études Scientifiques), s'articulent autour de 4 axes : le changement climatique, le déclin de la biodiversité, la pollution des milieux naturels, les ressources naturelles.

Alors le rapport paru en 2025 fait 140 pages et sa synthèse dont vous trouverez le lien ci-dessous fait 24 pages, nous allons donc en faire ressortir les principaux chiffres à retenir et connaître. Précisons que ce rapport est réalisé tous les 4 ans depuis 2014, ce qui permet de suivre l'évolution dans le temps des différents enjeux environnementaux.

Des enjeux qui comme évoqué devraient toutes et tous nous intéresser car derrière le gros mot "écologie" se cachent des enjeux majeurs : la qualité de l'air et de l'eau, de notre alimentation, l'énergie que nous consommons, la gestion des ressources naturelles et l'utilisation de produits polluants, mais aussi notre santé et notre modèle social !

Le problème, c'est que si ce rapport est alarmant et connu de tous nos responsables politiques, leurs décisions vont bien souvent à l'encontre de ce qui est préconisé. Hors ça finalement, c'est sans doute ce qui est le plus préoccupant et nous questionne.

Néanmoins pour le comprendre il faut s'intéresser à ces enjeux, alors rentrons dans le vif du sujet et prenons la mesure de toutes ces données d'une importance primordiale. Mais avant, rappelons que nous avons aussi toutes et tous un rôle à jouer en tant que citoyens et consommateurs, car nos achats font aussi partie de la solution !

les défis environnementaux sont indissociables les uns des autres ©Ministère de l'écologie

les défis environnementaux sont indissociables les uns des autres ©Ministère de l'écologie

Une dépendance persistante aux ressources importées

La France continue de dépendre massivement de l’étranger pour ses matières premières, en particulier les ressources minérales métalliques, dont 99,7 % sont importées. Cette vulnérabilité soulève des questions stratégiques en matière d’approvisionnement. Par ailleurs, la consommation de matières premières ne faiblit pas : elle enregistre une hausse de +1,7 % en 2024.

C'est mieux du côté des ressources minérales puisque la France extrait de son sol 88% des minerais non métalliques dont elle a besoin. Mais dans huit régions sur treize, les prélèvements de sable et granulats dépassent déjà les capacités de renouvellement naturel, ce qui illustre une surexploitation des ressources géologiques non viable à long terme.

L'objectif fixé pour le recyclage des déchets du BTP n'a pas été atteint, fixé à 70% pour 2020 nous atteignons à peine la barre des 50% aujourd'hui. Autrement dit, la moitié des déchets issus du bâtiment, du décapage des routes et autres travaux n'est toujours pas valorisé et reste à l'état de déchets polluants.

Du côté du volet énergétique, d'une importance primordiale dans cette histoire, la part des énergies fossiles utilisées en France en 2022 était toujours de 63% du mix global. Même si la montée en puissance des biomasses permet de répondre en partie à cette problématique, elle en pose d'autres.

En effet, le rapport souligne les nombreux usages des biomasses (alimentation, construction, énergie) mais qui posent autant d'autres problématiques : "Même s’il s’agit d’une ressource renouvelable, sa production n’est pas sans conséquence sur l’environnement. Ainsi, certaines pratiques agricoles peuvent accélérer l’érosion des sols et être à l’origine de coulées de boue lors de précipitations extrêmes. De même, le rejet de substances toxiques (phytosanitaires) ou nutritives en excès (fertilisants, déjections animales) favorise la pollution des eaux.". 

Le modèle énergétique tout nucléaire français (63% de la production d'électricité en 2023) permet de décarboner certes, mais le rapport souligne aussi ses limites. À commencer par celle de l'approvisionnement en uranium qui pourrait s'avérer difficile avec l'instabilité géopolitique à travers le monde, mais aussi celle des déchets radioactifs produits que nous ne savons pas dépolluer.

Ajoutons aussi des coûts non négligeables si on prend en compte l'ensemble de la filière sans chercher à les cacher comme c'est trop souvent le cas, mais aussi les risques inhérents aux sècheresses et aléas climatiques pour leur refroidissement, au final le beau discours est à nuancer !

La mise en œuvre de nouvelles capacités de production demande a minima 8 à 12 ans, un délai très long par rapport au rythme auquel doit s’opérer la baisse de la consommation des énergies fossiles. Par ailleurs, la production d’électricité nucléaire repose notamment sur l’importation d’uranium et génère des déchets radioactifs qui nécessitent des conditions de stockage drastiques.

extrait du rapport sur l'état de l'environnement en France

Une pollution toujours plus préoccupante de l’air et de l’eau

La qualité de l’air reste un sujet d’inquiétude, notamment dans les grandes agglomérations. Paris a connu 68 jours de dépassement des seuils réglementaires pour les particules fines PM2.5 et PM10 en 2024, tandis que Lyon et Marseille en ont respectivement compté 52 et 47. Malgré les efforts de réduction des émissions, ces niveaux révèlent un enjeu de santé publique persistant.

C'est encore pire pour l'eau potable et le constat est alarmant. Un rapport d’inspection publié fin 2023 évoque un « échec global » dans la protection des captages face aux pesticides. Au total, plus de 12.500 captages d’eau potable ont été abandonnés entre 1980 et 2019.

En parallèle, le réseau de distribution reste déficient : en 2022, 1 litre d'eau sur 5 était perdu en fuites représentant un milliard de mètres cubes d’eau traitée et potable évaporés chaque année. Certaines communes atteignent même des pertes de 50 %, mettant en lumière l’urgence de moderniser les infrastructures.

Résultat, le rapport évoque même l'incapacité des autorités à assurer l'approvisionnement en eau potable tout au long de l'année sur l'ensemble du territoire. Pourtant, l'eau est notre bien le plus précieux mais pas une priorité, cherchez l'erreur !

Nous y reviendrons en conclusion, mais comment peut on accepter que la loi Duplomb "visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur" réautorise des pesticides dangereux, facilite l'accaparement de l'eau pour des cultures céréalières en grande partie destinées à l'exportation, etc... 

Comme évoqué en introduction, toutes ces thématiques sont liées et elles touchent à notre quotidien de l'eau que nous buvons aux aliments que nous mangeons, à la qualité de l'air que nous respirons. Le constat est alarmant, mais nos politiques ne semblent pas être concernés et c'est particulièrement inquiétant.

Pire même, ils n'hésitent pas à mentir pour légitimer leurs choix politiques, comme par exemple la "souveraineté alimentaire" qui est systématiquement brandie comme un impératif majeur. Sauf que 43% des surfaces agricoles françaises sont cultivées pour exporter, elles suffiraient largement à rétablir cette souveraineté si nous y cultivions ce dont nous avons besoin.

Au fil des ans, la sécheresse des sols concerne une part croissante du territoire métropolitain, ce qui indique que la part de l’eau naturellement utilisable pour les végétaux tend à diminuer, y compris pour les cultures. S’il n’est pas observé actuellement de déficit chronique à l’échelle du territoire métropolitain, l’accès à l’eau n’est toutefois pas garanti toute l’année et partout. 

extrait du rapport sur l'état de l'environnement en France

Un climat qui se dérègle rapidement, un avenir incertain !

L’année 2024 est la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, avec un dépassement inédit de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. En France, cette tendance se confirme avec des températures anormalement élevées et une fréquence accrue d’événements extrêmes.

Malgré ce constat, les émissions nationales de gaz à effet de serre ont diminué de 5,8 % en 2023, passant de 396 à 373 millions de tonnes équivalent CO₂. Mais pour atteindre les objectifs climatiques de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC), la France doit réduire ses émissions de moitié entre 1990 et 2030.

Cela implique des transformations profondes dans les transports, l’agriculture, le bâtiment et l’industrie. Les politiques actuelles ne sont pas en phase avec cet engagement. Les décisions récentes sont même malheureusement contraires à ce que nous devons faire et nous font craindre le pire.

L'Accord de Paris signé en 2015 annonçait vouloir limiter le réchauffement climatique à 1.5°C, dix ans plus tard nous atteignons un réchauffement de +1.9°C enregistré entre 2013 et 2022 (par rapport à la période 1900 à 1930). Nous sommes tellement loin du compte, que le rapport évoque même une trajectoire à +4°C en France d'ici 2100 !

Alors 2100 ça peut nous paraître loin, mais tous les bébés qui naissent aujourd'hui ou presque devrons le vivre et leurs enfants (vos futurs petits-enfants) eux, devront apprendre à faire avec au quotidien et tout au long de leur vie. C'est un enjeu important dès aujourd'hui, mais aussi et surtout pour demain.

Les conséquences du changement climatique sont de plus en plus perceptibles en France : hausse des températures, sécheresses, inondations, feux de forêt, tempêtes, érosion côtière, etc... Il faut vraiment porter des œillères pour nier cet état de fait et refuser d'y croire, car c'est déjà notre quotidien et que le début des festivités.

le climat change, qu'on le veuille ou non, mais qu'en est il de votre comportement ? ©pixabay

le climat change, qu'on le veuille ou non, mais qu'en est il de votre comportement ? ©pixabay

Une biodiversité en déclin, malgré une mobilisation croissante

Le déclin de la biodiversité française se poursuit : 25.000 hectares de terrains ont été artificialisés chaque année en France entre 2009 et 2022, +6% de pollution aux nitrates dans les cours d'eau entre 2000 et 2020, 22% des espèces de poissons pêchées sont surexploitées, le taux de croissance des arbres a diminué de 7% en l'espace de 10 ans, 14 nouvelles espèces invasives sont répertoriées par décennie, etc...

Prenons un exemple qui illustre bien comment tout s'imbrique : la surpêche qui entraine des conséquences en chaine sur notre quotidien. Les scientifiques ont en effet réussi à faire le lien entre la surpêche et la prolifération de méduses, elles impactent nos vacances en bord de mer déjà et certaines sont capables de tuer un humain.

Mais elles impactent aussi d'autres domaines auxquels on ne pense pas, notamment les centrales électriques en bord de mer avec plusieurs cas de mises à l'arrêt à cause d'invasions de méduses. Elles bouchent les arrivées d'eau nécessaires au refroidissement des réacteurs nucléaires, c'est arrivé en 2011 au Japon, en 2013 en Suède, en 2015 en Floride (USA), etc... Elles représentent un risque non négligeable d'engendrer des incidents dramatiques.

Ce n'est pas tout, les méduses sont des aspirateurs marins qui stockent aussi des particules dangereuses et notamment justement, des particules radioactives. Même si le lien avec ces "attaques" de centrales nucléaires n'est pas établi le risque est qu'en fin de chaîne alimentaire, comme pour le mercure dans le thon, nous soyons intoxiqués par ce dérèglement provoqué par nos activités.

Sur cet aspect également le rapport est alarmant, il indique noir sur blanc que "la santé humaine et l’habitabilité des territoires sont de plus en plus menacées par ces bouleversements". Arrêtez vous quelques secondes tout de même sur cette phrase du rapport, notre santé et notre avenir sont directement menacés !

En effet, il a été calculé que la hause moyenne du niveau des océans a été de 21 centimètres entre 1990 et 2023, un phénomène qui s'accélère et pose de nombreux problèmes car rappelons que la France possède le second domaine maritime mondial. Un autre chiffre donne à réfléchir, le rapport indique la présence de 17.000 à 88.000 particules de micro-plastiques flottants à la surface des océans, par kilomètre carré !

Sur la période 2000-2021, le budget consacré à la lutte contre la pollution est en augmentation constante. Cependant, ces dépenses, bien qu’importantes, ne couvrent pas l’ensemble des coûts supportés par la société, notamment en matière d’augmentation des dépenses de santé, de perte de biodiversité, de baisse de rendements agricoles, de dégradation des bâtiments, etc. Par exemple, la pollution de l’air coûte entre 70 et 100 milliards d’euros par an à la société, alors que les dépenses engagées pour protéger la qualité de l’air extérieur s’élèvent à environ 8 milliards d’euros par an.

extrait du rapport sur l'état de l'environnement en France

Une transition engagée, mais loin d'être insuffisante

Le rapport 2024 montre que la transition est enclenchée, mais reste très loin des objectifs fixés. La dépendance aux importations de matières premières, la pollution de l’air comme de l’eau et la dégradation de la biodiversité exigent des politiques beaucoup plus ambitieuses. Car si le constat est alarmant, nous ne voyons pas grand chose changer au plus haut niveau de l'état qui se contente de déclarations de bonnes intentions.

Plusieurs décisions politiques vont même à contre sens de l'histoire : détricotage des lois sur l'artificialisation des sols, coupes budgétaires dans les aides tant au niveau des organismes officiels que pour l'aide à la transition des ménages, retour en arrière sur les pesticides et la préservation de l'eau dans le milieu agricole, arrêt des ZFE et facilitation des projets d'infrastructures, etc...

Il en est de même au niveau européen et des entreprises, et d'autant plus avec l'arrivée de Donald Trump au pouvoir aux USA, sont en train de se désengager et de réduire leurs efforts. L'avenir ne s'annonce pas radieux, c'est le moins que l'on puisse dire mais il est encore possible de limiter les dégâts, et impératif de se préparer au pire.

Car le problème est là, il faut choisir entre réparer ou arrêter de détruire et malheureusement, il semble évident que nous n'avons pas choisi la bonne voie. Car pendant que la destruction rapporte des milliards aux sociétés privées, le coût des réparations sont elles assumées par les finances publiques.

Les coûts sont cachés mais en les assemblant on se rend compte qu'ils sont faramineux : 46 milliards d'euros pour lutter contre la pollution, 100 milliards par an pour lutter contre le changement climatique, 3.3 milliards mobilisés pour préserver la biodiversité, etc... Ces trois seuls postes de dépense représentent un coût de 2.197€ par français et par an, l'impact est top faible pour inverser la tendance mais suffisant pour mettre en danger notre modèle social et notre système de santé !

L'implication des consommateurs est primordiale aussi car comme nous le rappelons souvent, ce sont en grande partie nos achats qui dictent aux entreprises ce qu'elles produisent et vendent : si tout le monde achète ses vêtements sur Shein ou Temu la filière textile française meurt, si vous achetez des jouets en plastique Made in China les fabricants de jouets français disparaissent, etc...

Inversement si nous arrêtons d'acheter des produits qui contiennent des PFAS ou du plastique, les industriels réorienteront leur production pour répondre à la demande. Si tout le monde fait un peu mieux à chaque fois qu'il le peut, en fonction de son budget bien entendu, alors nous avons ensemble le pouvoir d'influencer l'avenir !

Comme souvent dans ce domaine, mieux vaut mieux des millions de personnes qui modifient leurs mauvaises habitudes au fur et à mesure que nous prenons conscience de leur impact sur notre quotidien, qu'une poignée qui font tout bien au quotidien.

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