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Conso : quand le vrac est bien conçu, ça fonctionne

Comme nous le faisons désormais une fois par an, essayons de voir comment se porte la vente en vrac dans les supermarchés, alors que la loi impose à la grande distribution de dédier au moins 20% de leur surface de vente aux produits sans emballages d'ici 2030.

La date approche, mais nous n'avons en tant que consommateurs pas l'impression que ça avance beaucoup pourtant. Au contraire, dans les supermarchés que nous fréquentons la vente en vrac tend plutôt à disparaître. Un décret publié en fin d'année dernière a d'ailleurs largement réduit l'ambition initiale de la loi Climat et Résilience (2021).

Les sondages et une expérimentation récente prouvent pourtant que si la vente en vrac est proposée dans de bonnes conditions dans leur supermarché, les clients la plébiscitent et en redemandent. C'est un sujet particulièrement complexe, alors essayons d'y voir plus clair pour comprendre les enjeux.

 

L'obligation de vente en vrac des supermarchés réduite à néant

Il est difficile de suivre l'évolution de la vente en vrac en supermarchés, car chaque enseigne propose différentes solutions, mais aussi chaque magasin puisque ce sont souvent des réseaux d'indépendants, même si ils n'en ont guère que le nom.

Si je prends l'exemple de mon magasin, le vrac a quasiment disparu des rayons, il ne reste qu'un petit espace de distribution de fruits secs Bio, contre trois ou quatre emplacements avant la réorganisation du magasin. Ce qui va donc à l'encontre de l'ambition portée par la loi Climat et Résilience, imposant aux magasins de plus de 400m² de dédier 20% de leur espace de vente aux produits sans emballages d'ici 2030.

Enfin nous devrions employer le passé, car comme nous le pressentions lors de notre précédent article écrit au mois de mars 2025, l'ambition a largement été revue à la baisse. En effet, au mois de novembre 2025, un décret a modifié les méthodes de calcul sous la pression des lobbys industriels et de la grande distribution, bien entendu opposés à la mesure.

Ce décret signé par Serge Papin (le ministre du pouvoir d'achat, mais surtout garant des intérêts économiques des entreprises) et Monique Barbu (la ministre de l'écologie démissionnaire qui ne démissionne finalement plus) instaure trois méthodes de calcul, avec bien sûr la possibilité pour les magasins de choisir celle qu'ils veulent, autrement dit celle qui sera la moins contraignante.

Le magasin peut faire 20% de la surface de vente (comme c'était prévu initialement), mais en déduisant les produits ne pouvant pas être vendus en vrac, en déduisant 75% des espaces modulables : à savoir les rayons boissons et alcools, produits d'entretien, de beauté et d'hygiène, plus encore tous les produits au format réemployable ou rechargeable (recharges comprises).

Vous l'aurez compris, l'idée est de réduire l'obligation faite aux grandes surfaces de dédier plus d'espace à la vente en vrac. Avec un bon rayon fruits et légumes et en déduisant toutes les surfaces n'étant plus prises en compte (soit en gros la moitié du magasin), il ne devrait pas être nécessaire de faire le moindre effort.

Pour s'assurer qu'aucun magasin ne doive ajouter de la vente en vrac non consentie, le décret prévoit deux autres options au choix pour pouvoir dire que la loi est respectée : si le magasin fait 20% de son chiffre d'affaires en produits sans emballages (avec les mêmes exclusions), c'est tout bon.

Si le magasin n'augmente pas suffisamment ses marges sur les fruits et légumes pour subventionner la malbouffe et n'arrive pas à ses 20% de chiffre d'affaire non plus, il peut se contenter de mettre en rayons 20% de références sans emballages (quitte à ajouter quelques recharges de shampoing, et le tour est joué)

Le gouvernement a bien pris soin de conserver la barre de 20% initialement annoncée par la loi Climat et Résilience de 2021, pour pouvoir communiquer sur le futur resplendissant succès de la mesure, que dis-je : une avancée majeure pour les consommateurs !

Le dernier espace dédié à la vente en vrac de notre supermarché fait pâle figure © Tests et Bons Plans

Le dernier espace dédié à la vente en vrac de notre supermarché fait pâle figure © Tests et Bons Plans

Quand le vrac est pratique et pas plus cher, il fonctionne très bien

Un décret qui ne va pas dans le bon sens, tout comme ceux qui ont été annulés sur l'emballage des fruits et légumes, comme celui qui a autorisé les clients à apporter leurs contenants mais uniquement à condition que le magasin le veuille bien, etc... C'est un peu devenu le sport national : faire des lois ambitieuses avec de grandes annonces dans les médias, puis les détricoter discrètement à coups de décrets en fonction des retours des lobbyistes.

Pourtant, les consommateurs français n'ont rien contre le vrac. Au contraire même, puisque selon le baromètre 2025 publié par les organisateurs du salon ALLFORPACK (le salon des professionnels de l'emballage qui n'ont pas intérêt à ce que l'on dise du mal du plastique) en janvier 2026, 47% des français déclarent privilégier le vrac et les produits vendus sans emballages.

Si un consommateur sur deux privilégie le sans emballage, leur dédier 20% de l'espace de vente d'un magasin ne devrait pas poser de problèmes. Pourquoi alors le vrac ne fonctionne pas bien dans les grandes surfaces ? Il y a deux raisons déjà bien identifiées, à commencer par le prix qui est souvent plus onéreux pour les produits en vrac que ceux qui sont emballés, mais aussi l'hygiène.

Il y a certes une question de charge salariale, le vrac nécessite un peu plus de manutention, du personnel formé pour entretenir les distributeurs et assurer l'hygiène, qui est justement le second frein au succès du vrac dans les supermarchés. Résultat, les magasins délèguent tout ça à un prestataire externe, on ajoute un nouvel intermédiaire dans la boucle et les prix ne sont pas compétitifs.

Mais c'est aussi car les grandes enseignes n'ont jamais voulu lui donner sa chance, se contentant de quelques distributeurs de ci de là, avec un nombre très limité de références, des prix prohibitifs ne permettant pas d'atteindre la rentabilité. Souvent il n'y a pas de balance à proximité, voir pas de sachets pour se servir (c'est du vécu).

Une expérience de vente en vrac exemplaire

Car comme nous le montre l'exemple de Juwin qui a mené une expérience en partenariat avec les cafés Meo dans un hypermarché Leclerc, quand le vrac est bien conçu et compétitif, il marche très bien.

La start-up française en collaboration avec l'éco-organisme CITEO a installé un distributeur de café de la marque locale Méo, avec de jolis pots consignés et réutilisables (avec couvercle), un affichage digital du poids et du prix sur les distributeurs et une balance intégrée.

Mais surtout, ils ont proposé le café 5% moins cher au kilo que les mêmes références emballées vendues à proximité. Devinez le résultat, en moins de 3 mois les ventes de café en vrac ont dépassé les ventes de café emballé de la marque.

Selon le sondage mené par IPSOS auprès des clients du magasin, 100% se disent satisfaits de l'expérience et 97% souhaitent continuer à acheter leur café en utilisant le distributeur Juwin.

L'expérimentation de JUWIN avec du café Méo vendu en vrac

Pourquoi ne pas généraliser le vrac et le réemploi ?

Cette expérience démontre bien que le sujet du vrac ne se limite pas à « c'est mieux pour la planète » ou « c'est pas très pratique ». Il s'agit de lui donner la place qu'il mérite, d'investir pour que les espaces de vente soient bien organisés, qu'il y ai suffisamment de choix et de références disponibles, que les employés soient formés à ses spécificités (hygiène) et que les prix soient compétitifs.

L'expérience ne dit pas si le magasin reste rentable par contre, mais comme pour le reste c'est aussi une question d'échelle. Si on déploie assez de distributeurs pratiques avec des contenants réutilisables et un système de pesage efficace, que l'on n'en profite pas pour augmenter ses marges au passage, c'est la preuve que le vrac en supermarché fonctionne très bien.

L'expérience va d'ailleurs être élargie à entre 20 et 30 magasins des Hauts-de-France dans les prochains mois, JUWIN comme le torréfacteur Méo étant basés dans le nord de la France. Impliquer les marques est sans doute un des leviers à plus mobiliser, car au passage Méo s'offre une jolie vitrine, et nous savons que ça compte aussi.

Chacun(e) en pensera bien ce qu'il voudra, mais comme souvent dans ces histoires nous ne pouvons que regretter que l'intérêt commun et les aspirations des français soient mis à mal par des décrets écrits sur le coin de table d'un ministère, sous la pression de lobbys qui sont vent debout contre la moindre avancée qui menacerait leurs intérêts.

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Quand l'intérêt des lobbys prime sur le bon sens

C'est exactement la même chose finalement que pour les emballages consignés pour réemploi, une expérimentation a bien été lancée par le gouvernement. Mais il n'en donne aucune nouvelle depuis et plusieurs associations ont pointé du doigt le manque d'ambition de l'expérimentation.

Il y aurait au bout de la première année d'expérimentation moins de 400 magasins participants, alors qu'il devait y avoir 1000 points de vente. Le nombre de références proposé est jugé trop faible (seulement une dizaine de références par magasin en moyenne), les prix sont plus élevés, la signalétique insuffisante, etc... Au final, le taux de retour serait de moins de 25%.

Comme les grandes surfaces et les multinationales de l'industrie agro-alimentaire ne veulent pas du vrac (ni du réemploi), notre gouvernement recule et signe un décret pour réduire à peau de chagrin les ambitions de la loi Climat et Résilience, qui imposait que les grands surfaces lui donnent plus de place.

Comme le réemploi des bouteilles et pots en verre ne plaît pas à certains, en même temps nos dirigeants sont sommés d'imposer une consigne pour recyclage des bouteilles en plastique par les lobbys des boissons en bouteilles (Coca-Cola, Nestlé Waters et compagnie) .

Notre président a d'ailleurs annoncé sa mise en place à marche forcée au mois de mai à l'occasion du salon REuse Economy, avant que le gouvernement ne l'abandonne en septembre devant la nouvelle (et légitime) levée de bouclier.

⭐ L'avis de Tests et Bons Plans :
Cette solution alternative n'est pas meilleure pour nous ou la planète, elle serait par contre économiquement bien plus rentable pour ces industriels qui pourraient maîtriser (et optimiser) l'ensemble de la chaîne. Et au final, leur intérêt fini souvent par l'emporter sur l'intérêt commun.

Un véritable serpent de mer que le gouvernement a déjà tenté d'imposer en 2019, puis en 2023 et donc encore cette année via le président de la république française. Jusqu'à quand tiendra la digue du bon sens, de l'intérêt des français et de l'environnement face aux intérêts des actionnaires de l'industrie agroalimentaire ?

L'avenir nous le dira mais cette histoire n'est sans doute pas terminée non plus, il fait peu de doutes que les lobbyistes reviendront bientôt à la charge pour imposer les intérêts économiques de leurs riches et tout-puissants clients.

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