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La nouvelle sélection d'entreprises françaises accompagnées par l'état a été révélée il y a quelques semaines, la promotion 2026 du Next 40 et French Tech 120 a fière allure. Mais elle soulève aussi de nombreuses interrogations, si l'on se place comme nous du point de vue des consommateurs.
Comment sont elles sélectionnées, comment expliquer la présence d'entreprises créées il y a plus de 20 ans, pourquoi certaines sont accompagnées pendant de nombreuses années alors que d'autres sont écartées ? Pourquoi le gouvernement privilégie des entreprises avec des actionnaires (SAS) alors que d'autres proposent des alternatives citoyennes (SCIC, SCOP) sans bénéficier de toutes ces aides ? Nous n'avons pas les réponses, mais il nous semble utile de se poser ces questions !
Déroulé de l'article :
Nouvelle année, nouvelle sélection des indicateurs Next 40 et French Tech 120. Mais plus que de simples indicateurs, les membres de ce petit cercle sélectionnés sous l'égide du ministère de l'économie bénéficient de nombreuses aides de l'état pour accélérer leur développement, ces entreprises représentant nos futurs champions technologiques.
Cette année, nous n'allons pas refaire le topo sur comment elles sont sélectionnés, ça se résume à un chiffre : combien tu a levé de fonds, combien tu génère de chiffre d'affaire. Ni non plus chercher à savoir pourquoi des entreprises particulièrement mal notées par leurs clients sont sélectionnées, la qualité et la satisfaction ne font tout simplement pas partie des critères d'éligibilité.
Mais en regardant de plus près les nouveaux entrants des promotions 2025 et 2026, il y a quelques questions qui nous viennent à l'esprit. Par exemple, pourquoi HomeExchange est aidée par le gouvernement français pour se développer, alors que l'entreprise est basée aux USA ?
Il se trouve que nous avons testé l'an dernier leur offre d'échanges de maisons, pensant justement que nous mettions en avant une entreprise française. Surprise, quand nous avons payé l'abonnement, il a été prélevé par Home Exchange INC basé à Cambridge (Massachusetts), avec en prime des frais à payer à la banque pour avoir fait un virement hors UE.
Nous avions alors contacté le service client pour leur faire part de notre étonnement, qui nous a bien confirmé que HomeExchange est une entreprise américaine. En fait, vous trouverez partout sur internet indiqué que leur siège social est à Paris, c'est le cas de Home Exchange SAS. Mais pour payer votre abonnement, c'est HomeExchange INC qui récupère la mise depuis les USA.
Alors à moins que ça ai changé en cours d'année, et sans remettre en question leur travail pour autant, je ne comprends pas leur présence dans la sélection des entreprises françaises à aider, vu que tout leur chiffre d'affaire est capté aux USA. Quid du paiement des impôts en France, de leur participation à l'effort national ?
Quel ne fut pas non plus notre étonnement de trouver Pixmania dans la liste 2026 de la sélection French Tech 120. Le site de vente en ligne a été créé en 2000, pourquoi se retrouve t'il dans les entreprises à fort potentiel pour l'avenir 26 ans plus tard ?
Selon leur fiche Wikipédia, le site a été racheté par une entreprise britannique en 2006, a fermé tous ses magasins physiques en France en 2013, est repris par un fond d'investissement allemand l'année suivante, puis par Vente du Diable, etc...
Pixmania est finalement liquidé le 12 mai 2020, après plusieurs redressements judiciaires. En 2022, ses deux créateurs (les frères Rosenblum) relancent leur bébé en créant l'entreprise Pixmania Group. Mais attention, ils ont eu une révélation : il vont vendre des smartphones reconditionnés. Une levée de fonds plus tard, les voilà installés dans les entreprises soutenues par le gouvernement.
Nous notons au passage que Certideal qui eux aussi proposent des smartphones reconditionnés et faisait partie du French Tech 120 depuis plusieurs années, en ont été écartés. Est-ce que leurs chiffres ne leurs permettaient plus d'y rester, est-ce que la concurrence dérangeait en haut lieu ? Nous n'en savons rien, mais nous posons la question.
Pourtant, ça ne les dérange pas de laisser certaines entreprises dans la sélection « ad vitam æternam », c'est par exemple le cas du site Vestiaire Collective qui a son rond de serviette dans le French Tech 120 depuis 2020 (achat et revente de pièces de mode de luxe). L'entreprise créée en 2009 est aidée par le gouvernement depuis 2020, mais pour quel résultat ?
Le profil du directeur, diplômé d'HEC Paris qui a travaillé pendant 15 ans dans le milieu bancaire (Lazard, Goldman Sachs) et est membre du conseil de surveillance de Vivendi, nous interroge. Le parcours des dirigeants de ces entreprises pèse t-il plus que les chiffres dans la balance ?
Encore une fois nous n'en savons rien, comme les consommateurs à qui toutes ces choses échappent, ce ne sont en aucun cas des accusations mais des interrogations, qui restent pour le moment sans réponses. Combien d'autres se poseraient en analysant plus en profondeur les 120 entreprises soutenues par l'état français ?
En tous cas, ces quelques nouveaux exemples, cumulables avec ceux évoqués les années précédentes, ne sont pas de nature à nous donner plus confiance dans cette sélection. C'est toujours dommage, car c'est tout de même notre gouvernement qui la gère, et qui finance les aides avec de l'argent public.
Est-ce que c'est une vraie sélection basée sur des critères objectifs, ou est-ce que le copinage entre anciens banquiers d'affaires, anciens élèves de grandes écoles, joue un rôle aussi ? Nous n'avons rien contre le fait d'aider les entreprises prometteuses, bien au contraire, mais encore faut-il que cet argent soit utilisé pour les bonnes raisons.
Est-ce encore utile d'aider Back Market, BlaBlaCar, Doctolib et compagnie si après tant d'années à bénéficier des largesses de l'état, ces entreprises n'ont toujours pas fait leurs preuves et trouvé leur public ? D'autant qu'il existe souvent des alternatives qui mériteraient sans doute d'être aidées elles aussi, si on ajoute des critères de satisfaction client, de gouvernance, de soutenabilité.
C'est la limite du prisme de la finance : savoir lever des fonds, générer du chiffre c'est bien. Mais baser tout son business plan sur la capacité à attirer toujours plus de nouveaux clients (à décevoir) grâce au matraquage publicitaire et au marketing, est-ce le modèle que nous souhaitons mettre en avant en tant que société ?
Vous aurez bien compris que ce n'est pas notre avis, c'est un autre monde, pas celui des consommateurs qui peuvent néanmoins choisir d'utiliser ces solutions technologiques poussées par le gouvernement et la sphère médiatique. Ou choisir des alternatives plus respectueuses de leur vie privée, qui proposent des modèles plus soutenables et proches de nos inquiétudes pour l'avenir, pour nos enfants.
Nous pourrions par exemple citer Mobicoop pour le covoiturage, rarement cité dans les médias. Ils proposent peu ou proue la même chose que BlaBlaCar mais sous forme de SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif). La première prélève des frais aux utilisateurs pour financer son business model (publicité), la seconde ne prélève rien et ne fait pas de publicité, la première est aidée par l'état et le réseau « French Tech » alors que la seconde ne l'est pas.
Même constat pour les produits reconditionnés, même si nous n'avons rien contre Back Market ou la renaissance de Pixmania. Il existe déjà plusieurs entreprises françaises qui se sont lancées dans cette aventure avec un objectif : donner une seconde vie aux objets électroniques et réduire leur impact environnemental, ce sont elles que nous souhaitons ici mettre en lumière, plutôt que celles qui y voient une opportunité de jouer les intermédiaires en montant une market-place.