des astuces et conseils pour vous aider à mieux consommer au quotidien !

Une innovation utile pour la conservation du vin

Le parfum que vous achetez aujourd'hui sentira-t-il exactement pareil dans un an ? Le vin que vous conservez à la maison gardera t'il toute sa richesse aromatique après plusieurs années ? Ces questions, que certains consommateurs se posent, sont au cœur d'un phénomène bien connu. Les rayons ultraviolets (UV) peuvent altérer de nombreux produits sensibles, même conditionnés dans une bouteille ou un flacon en verre.

C'est précisément ces problèmes qu'une innovation française, née dans les laboratoires du CNRS et désormais développée par Nexdot, ambitionne de résoudre. Son objectif est simple : permettre au verre de mieux protéger ce qu'il contient, sans modifier son apparence. Plongeons dans l'univers des "quantum dots" pour comprendre cette invention française qui pourrait bientôt arriver en magasins et dans nos maisons !

Déroulé de l'article :

 

Nexdot développe la technologie des Quantum Plates

L'histoire commence avec les travaux du physicien Benoît Dubertret, directeur de recherche au CNRS. Depuis plus de vingt ans, ses recherches portent sur les Quantum Dots ou « boîtes quantiques » en français, de minuscules nanocristaux qui présentent des propriétés optiques étonnantes.

Lorsque les Quantum Dots sont exposés à la lumière, ces particules absorbent certaines longueurs d'onde puis en réémettent d'autres, selon des caractéristiques qui dépendent directement de leur taille. Ces propriétés sont déjà connues et utilisées dans plusieurs domaines de haute technologie, notamment pour les écrans TV nouvelle génération.

Mais les chercheurs ont rapidement compris que ces matériaux pouvaient également apporter des solutions à des problématiques beaucoup plus concrètes, comme la protection des produits sensibles à la lumière. Les Quantum Dots sont sphériques et diffusent la lumière dans plusieurs directions, mais le CNRS a créé les Quantum Plates (quantum dots plats) qui permettent de la diriger.

Le principe de la technologie développée par Nexdot repose sur une idée très ingénieuse : les boîtes quantiques (quantum plates) sensibles à la chaleur sont intégrées dans de fines plaques capables de résister aux températures extrêmement élevées, elles peuvent ainsi être utilisées lors de la fabrication du verre.

Une fois incorporées dans la matière, elles sont totalement invisibles et ne modifient ni la transparence, ni la couleur, ni les qualités mécaniques des bouteilles ou des flacons. Leur rôle consiste à interagir avec une partie du rayonnement lumineux, en particulier les ultraviolets, responsables de nombreuses réactions chimiques. En limitant l'exposition du contenu à ces rayonnements, le verre participe activement à la conservation des parfums ou des vins.

Pour transformer cette découverte scientifique en innovation industrielle, Benoît Dubertret a cofondé Nexdot en 2010. La start-up poursuit les recherches engagées au CNRS afin de développer des applications destinées aux secteurs de la parfumerie et des cosmétiques, des boissons ou encore des matériaux innovants (dans le domaine de la santé notamment).

Conservation : une nouvelle technologie pour les bouteilles de vin © Pexels

Conservation : une nouvelle technologie pour les bouteilles de vin © Pexels

Flacons de parfum, bouteilles de vin : quelles débouchées ?

Cette approche pourrait représenter une avancée importante pour l'industrie de la parfumerie. Les fragrances sont composées de molécules odorantes dont certaines sont particulièrement sensibles à la lumière. Avec le temps, les UV peuvent accélérer leur dégradation, modifier les notes olfactives ou provoquer une légère évolution de la couleur du parfum.

Pour limiter ces effets, les fabricants ont souvent recours à des flacons opaques, à des colorants ou à des stabilisants spécifiques. Une meilleure protection directement assurée par le flacon en verre permettrait de conserver plus longtemps le parfum dans son état d'origine tout en laissant davantage de liberté aux créateurs pour concevoir des flacons transparents ou aux lignes épurées.

Cette innovation s'inscrit également dans une démarche de formulation plus sobre, en limitant le recours à certains additifs et métaux lourds destinés à contrer les effets de la lumière. Les vins, certains spiritueux et d'autres boissons premium pourraient eux aussi bénéficier de cette technologie.

Car l'invention brevetée aurait également des avantages pour la conservation du vin, car les bouteilles en verre laissent passer des UV qui peuvent altérer les arômes naturels et les qualités gustatives du vin, raison pour laquelle il est conseillé de les garder dans une pièce sombre et tempérée (la cave).

Selon un communiqué de presse reçu début juillet, Nexdot serait en passe de signer un gros contrat avec un des principaux groupes européens de fabrication de flacons et bouteilles en verre (1,5 milliards de contenants fabriqués chaque année), l'intégration de la technologie Quantum Plates est en cours de tests pour les flacons de parfum.

Pour les consommateurs, l'intérêt est concret : un flacon de parfum acheté plusieurs mois après sa mise en rayon et conservé dans la salle de bain pourrait conserver plus fidèlement son équilibre olfactif. Une bouteille de vin exposée à la lumière chez un caviste, dans un restaurant ou une cuisine pourrait préserver ses qualités gustatives bien plus longtemps.

  • Comment recycler le verre contenant des microparticules ?

Nous voyons néanmoins un écueil à cette technologie et son déploiement à grande échelle pour fabriquer les bouteilles de vin, puisque la filière de la viticulture a fait un lobbying intensif auprès des instances européennes pour être exemptée de l'obligation de réemploi des contenants en verre.

En effet, comme nous l'écrivions dans notre article sur le nouveau règlement PPWR (réduction des déchets) le vin est la seule et unique filière ayant réussi à obtenir une exemption de réemploi de ses bouteilles en verre. Quand tous les autres (bières, lait, jus de fruits, etc...) devront atteindre 10% de contenants en verre réemployés d'ici 2030, les bouteilles de vin pourront se contenter d'être recyclables.

Ce qui pose donc un problème, comment recycler les bouteilles contenant un filtre UV spécifique à base de nanoparticules (et qui aura sans doute un coût supplémentaire de production) à part des autres produits en verre ? Les communes devront elles financer une filière de tri spécifique pour ces verres (donc financée par les ménages) ?

Ou bien les bouteilles contenant des micro-particules lumineuses seront elles recyclées avec le tout venant, quel sera son impact sur les futurs produits à base de verre recyclé ? Espérons que les viticulteurs français auront la bonne idée de ne pas suivre leurs lobbys et qu'ils s'organiseront pour réemployer ces bouteilles, ils ont tout à y gagner et les consommateurs aussi !

Découvrir les acteurs du véritable Made in France

Retour à l'accueil
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article