des astuces et conseils pour vous aider à mieux consommer au quotidien !

Actus : une stratégie nationale alimentation détricotée

Avec plus de deux ans de retard et après plusieurs mois de consultations, le gouvernement français officialise enfin dans sa version définitive la Stratégie Nationale Alimentation, Nutrition et Climat. Un texte qui orientera pour les années à venir l'action publique en matière d'alimentation, de son impact sur la santé et l'environnement.

Alors est-ce que ça valait le coup d'attendre deux ans pour enfin avoir une stratégie nationale ambitieuse qui soit à la hauteurs des enjeux, cette version finale du texte est elle satisfaisante ? Les arbitrages rendus par le gouvernement sont ils en faveur de l'intérêt public, ou des intérêts privés ?

Ne laissons pas planer de faux suspense, non seulement la version initiale était jugée insuffisante par les acteurs de la société civile, mais en plus la version finale fait de nouvelles concessions aux lobbys de la malbouffe. Alors voyons quelles mesures initialement prévues dans le texte mis en consultation ont été retirées, et pourquoi c'est une très mauvaise nouvelle.

Déroulé de l'article :

 

SNANC : les recommandations émises par la société civile

Cet été au mois de juillet, nous avions relayé une lettre ouverte de 87 organisations qui dénonçaient le manque d'ambition de la Stratégie Nationale Alimentation, Nutrition et Climat française, connue sous l'acronyme SNANC dans le jargon politique.

Elles regrettaient notamment que le document mis en consultation fasse peser toute la responsabilité sur les consommateurs, qu'il ne contienne aucun mécanisme d'évaluation fiable ni de leviers concrets et qu'aucun budget dédié ne permette la mise en place cette stratégie nationale.

Parmi les nombreux signataires de cette lettre ouverte se trouvaient plusieurs associations de défense des consommateurs, des réseaux d'agriculteurs, du commerce équitable, des collectifs de santé, des ONG comme Emmaüs ou la Croix Rouge, etc...

Ce collectif faisait des recommandations pour améliorer la SNANC : protéger les publics vulnérables (notamment les enfants), rendre le Nutri-Score obligatoire, plus de transparence sur les marges des industriels et distributeurs, réguler l'offre de la grande distribution, etc...

La version finale de la SNANC vient d'être publiée par le gouvernement, suite donc à cette consultation de plusieurs mois. Alors est-ce que les acteurs de la société civile qui s'étaient mobilisés pour améliorer la stratégie nationale ont été entendus, certaines recommandations ont elles été intégrées au texte final ?

À notre connaissance, absolument aucune des recommandations formulées par les représentants des consommateurs et autres organismes de la société civile qui s'étaient alarmés à l'été n'ont été intégrées dans la version définitive. Ce qui n'est pas une grande surprise en vérité, mais ce n'est pas tout.

En effet, le gouvernement a bien apporté quelques modifications à la stratégie nationale de l'alimentation, mais dans le but de la rendre encore moins ambitieuse et utile. En effet, les premiers retours des associations de consommateurs et médias révèlent que deux mesures phares ont été écartées dans le texte final.

Limiter les aliments ultra-transformés mauvais pour la santé ? C'est NON © pixabay

Limiter les aliments ultra-transformés mauvais pour la santé ? C'est NON © pixabay

Limiter les aliments ultra-transformés, et puis quoi encore ?

La première mesure qui a fait les frais de ces coupes gouvernementales, c'est la recommandation de « limiter les produits ultra-transformés » qui a tout simplement disparue du texte dans sa version définitive, à la demande du ministère de l'agriculture selon les informations de la cellule d'investigation de radio France.

C'est particulièrement grave car ce texte clé qui doit éclairer l'action publique pour les années à venir en matière d'alimentation et de nutrition ne suit pas les recommandations du PNNS (Plan National Nutrition Santé) du ministère de la santé qui déconseille de consommer des aliments ultra-transformés. L'arbitrage a donc été fait soit par le premier ministre, soit par le locataire de l'Élysée.

Difficile de ne pas y voir derrière une intervention de l'Ania, un gros lobby de l'industrie alimentaire qui réfute le classement NOVA de l'alimentation ultra transformée qui fait pourtant consensus. Comme le hasard fait bien les choses, le directeur de la communication de l'Ania vient de rejoindre le cabinet du premier ministre (pour se charger des relations avec la presse).

 

« santé publique : 0 / intérêts privés : 1 »

 

Ce même lobby donc qui le lendemain du vote des députés pour rendre le Nutri-Score obligatoire, était monté au créneau dans les médias pour annoncer qu'il attaquerait cette loi au niveau européen si elle devait aller au bout du processus législatif (ce qui est peu probable) et s'appliquer.

Les ravages des aliments ultra-transformés sont pourtant de mieux en mieux documentés, une enquête internationale parue le mois dernier et que nous avions également évoquée, établi a un lien clair entre alimentation ultra-transformée et l'augmentation de certaines maladies : diabète, obésité, hypertension, maladies cardio-vasculaires et hausse de la mortalité prématurée.

Bien entendu, quand vous ingérez à longueur d'année des additifs, des conservateurs, des arômes, des émulsifiants, etc... Que tout ça se mélange dans votre estomac puis est absorbé par le corps, il n'est pas besoin d'être devin pour comprendre que ce n'est pas très sain.

Mais comme c'est une industrie qui réalise chaque année un chiffre d'affaire équivalent au PIB de l'Italie, il est difficile pour nos politiques de ne pas les écouter. Il y a quelques années nous écrivions pour provoquer que « le lobbying tue », mais c'est finalement assez proche de la réalité de notre monde.

En effet, les profits c'est pour eux alors que les frais de santé pour tenter de soigner les malades, c'est pour nous. Comme on dit "c'est tous bénéfices", pourquoi changer une équipe qui gagne des milliers de milliards d'euros chaque année ?

👉 consulter l'article de radio France

Limiter la publicité pour la malbouffe ciblant nos enfants ? C'est NON © pixabay

Limiter la publicité pour la malbouffe ciblant nos enfants ? C'est NON © pixabay

Cibler les enfants, ça ne peut pas faire de mal non ?

La seconde modification majeure apportée par le gouvernement à la Stratégie Nationale Alimentation, Nutrition et Climat, c'est l'encadrement de la publicité pour des aliments trop gras, trop salés, trop sucrés ciblant les enfants. Le texte dans sa version initiale devait introduire des mesures d'interdictions réglementaires, des mesures de bon sens déjà mises en place dans d'autres pays.

L'association de défense des consommateurs Foodwatch dénonce la modification apportée à la version finale de la SNANC qui a retiré cet encadrement de la publicité pour la malbouffe ciblant nos enfants. Il est remplacé par la possibilité d'encadrement en cas de mauvaise volonté des publicitaires.

Alors en termes politiques ça donne exactement ça : « En cas d’insuffisance des dispositions volontaires, une mesure réglementaire d’encadrement du marketing alimentaire dans les médias sera envisagée (levier incitatif)».

Le gouvernement fait donc, comme d'habitude, le pari de l'autorégulation des industriels et des acteurs de la grande distribution. Une bien mauvaise idée, puisque toutes les enquêtes sur leurs communications confirment qu'ils incitent à mal se nourrir et font la promotion de la malbouffe à longueur de journées.

 

« santé publique : 0 / intérêts privés : 2 »

 

Il y a quelques mois nous avions évoqué l'enquête sur les promotions des supermarchés réalisée par Foodwatch, qui arrive aux mêmes conclusions que celle déjà faite l'année précédente par la CLCV. Ces associations ont analysé les catalogues promotionnels hebdomadaires des grandes surfaces, pour définir quels produits sont le plus mis en avant.

Leur résultat est sans appel : l'enquête menée en 2025 confirme que les promotions faites par les supermarchés concernent à 66% des aliments déconseillés par le PNNS (recommandations du ministère de la santé) alors que celle de 2024 avait elle défini que les aliments ultra-transformés représentent 69% des promotions.

Autant dire que l'industrie agroalimentaire et les distributeurs sont main dans la main pour porter un objectif commun : nous faire consommer ce qui est le plus rentable pour eux, les aliments ultra-transformés. Pourquoi ? Nous l'avons déjà mentionné plus haut, tout simplement car les bénéfices c'est pour eux et les frais de santé pour soigner les malades, c'est pour vous !

Au final donc les multinationales de l'industrie agroalimentaire engrangent des profits records, pendant que nos politiques font semblant de s'inquiéter des frais de santé qui augmentent et d'une dette de la Sécurité Sociale qui s'envole. Ils votent donc des hausses de reste à charge, des baisses de remboursements et des augmentations du coût des mutuelles pour tout le monde.

Le budget de financement de la sécurité sociale, en cours de modifications au sénat me semble t'il, prévoit ainsi pour 2026 de faire 7,1 milliards d'euros de nouvelles économies pour limiter la dette de la sécu. Alors 7.100.000.000€ c'est abstrait tant le chiffre est énorme pour nous, mais divisé par 68,5 millions de français ça représente 103,65€ par personne.

Donc en moyenne 103,65€ par an que chaque personne devra payer de sa poche (en plus) pour se faire soigner, sachant que les malades paieront pour ceux qui ne le sont pas forcément, puisque nous en sommes pas tous égaux en terme de santé. Nous ne sommes pas non plus tous égaux en terme d'influence auprès du gouvernement, qui une fois de plus sacrifie la santé publique au profit de certains intérêts privés qui veulent continuer à nous empoisonner pour s'enrichir !

Les actualités, s'informer pour mieux consommer

Retour à l'accueil
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article