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L'association de consommateurs Foodwatch monte au créneau pour divulguer la nouvelle arnaque des géants de l'alimentation, la « stretchflation » qui consiste à légèrement augmenter le grammage d'un produit tout en augmentant fortement son prix de vente en magasins, une nouvelle technique d'inflation masquée.
Car si la shrinkflation a été interdite en 2024, suite déjà à la forte mobilisation des associations de défense des consommateurs et des médias, la stretchflation revient au même mais permet de contourner la loi. Grâce à plusieurs exemples documentés, nous vous expliquons cette pratique et pourquoi elle est injustifiable.
Déroulé de l'article :
Dans la famille des arnaques de l'industrie agroalimentaire, nous demandons la « stretchflation » qui permet aux marques de contourner l'interdiction de la « shrinkflation » en 2024. Une victoire obtenue après un long travail des associations de défense des consommateurs qui ont remué l'espace médiatique des mois durant pour arriver à obtenir du gouvernement français une loi protégeant les consommateurs.
Ce qui n'est pas une mince affaire, tant le lobbying de l'agro-business est bien ancré jusqu'aux plus hautes sphères de l'état comme révélé par le scandale Nestlé Waters (article radiofrance). Mais comme personne ne contrôle et ne sanctionne, plusieurs cas de shrinkflation ont été documentés ces derniers mois. Nous n'avons pourtant jamais vu en supermarché d'affichage le mentionnant, alors que c'est obligatoire.
La loi a néanmoins eu un certain succès, ou tout du moins comme pour les points de deals de drogues dans les cités, elle a déplacé la pratique ailleurs. Les multinationales de l'industrie agroalimentaire ont d'abord utilisé la « cheapflation » qui consiste à modifier la recette pour réduire le coût de fabrication tout en augmentant le prix.
Ils ont aussi réussi à tromper tout le monde, du moins jusqu'ici, avec la « stretchflation » qui est en fait simplement l'inverse de la shrinkflation. Au lieu de réduire le grammage des produits en augmentant le prix (ce qui est facilement repérable), ils augmentent désormais (un peu) le grammage et augmentent (fortement) le prix pour tenter de cacher l'inflation.
Même moi qui n'achète que très rarement des produits de marques nationales, j'ai effectivement constaté la multiplication de ces nouveaux formats « plus généreux » dans les rayons des supermarchés, sans détecter l'arnaque qu'ils cachaient. Heureusement, Foodwatch veille au grain et révèle le poteau rose.
Mais au final si les techniques évoluent, ce qui ne change jamais c'est le cynisme de l'industrie agroalimentaire qui à chaque fois qu'elle vous arnaque, déploie des affichages trompeurs pour vous faire croire que vous êtes gagnants et qu'ils se soucient de vous. Et ce n'est que le sommet immergé de l'iceberg, nous y reviendrons en dernière partie d'article.
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La « stretchflation » est donc l'inverse de la shrinkflation, le terme étant obtenu par la contraction de étirer (stretch) et inflation alors que le préfixe shrink indiquait réduire. La stretchflation revient exactement au même, sauf qu'au lieu de réduire le grammage on va l'augmenter. C'est bien plus vicieux, car si le grammage du produit augmente il est logique que le prix suive la même courbe.
Sauf que les cas documentés par Foodwatch révèlent que les marques, et/ou les distributeurs profitent là aussi du changement de format pour faire passer en douce des augmentations de prix. En effet, il est quasiment impossible pour les consommateurs de se souvenir du prix au kilo ou au litre de chaque produit qu'ils achètent en magasins.
C'est bien plus difficile à vérifier aussi, car les produits sont remplacés en rayon sans laisser de traces de l'ancien format et de son ancien prix. Il faut prendre en compte l'inflation normale qui est du fait de l'évolution du coût des matières premières, des salaires ou des charges qui peuvent expliquer des augmentations de tarifs considérées comme normales.
L'association de défense des consommateurs a fait ce travail et identifié 5 produits pour lesquels elle a pu documenter que le prix au kilo avait augmenté suite au changement de format. Souvent juste quelques grammes de plus dans un paquet, mais un prix qui a grimpé en flèche !
Le champion de la stretchflation est la marque Kühne avec ses « petits croquants aigres-doux » dont le grammage est passé de 185 à 190 grammes (soit +2,7%), cinq petits grammes qui coûtent bien cher puisque le prix a lui augmenté +27,92% au kilo entre juin 2023 et janvier 2026 (inflation déduite).
Il est suivi sur la seconde place du podium par « la panée soja » Garden Gourmet (une marque du groupe Nestlé), dont le format a évolué de 180 à 207 grammes (soit + 15%). Le prix du produit, inflation normale déduite par Foodwatch serait passé de 12,77€ par kilo en octobre 2023 à 15,46€ en décembre 2025, soit une augmentation de 21%.
Même constat pour les « gnocchi au fromage » Lustucru dont le paquet est passé de 285 à 300 grammes (+18,9% au kilo), pour les « Mikado de LU » (groupe Mondelez) passés de 90 à 100 grammes (+18,18% au kilo) et la « flammekueche gratinée » Stoeffler passée de 350 à 380 grammes (+17.96% au kilo).
Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas de petites hausses de prix, mais une véritable flambée. Précisons que Foodwatch a modifié les prix de départ pour y ajouter l'inflation moyenne avant de calculer l'augmentation, sur le prix au kilo qui est le même quelque soit le format du produit.
C'est justement ça qu'il faut bien retenir, mais vous le savez déjà si vous nous lisez régulièrement : peu importe le format, le lot XXL en promo et autres éléments marketing mis en avant, le seul critère qui permette de comparer des produits entre eux, c'est leur prix au kilo ou au litre.
Ces augmentations de tarifs, jusqu'à quasiment 28% pour les exemples documentés sont difficilement justifiables. Déjà car comme expliqué Foodwatch a déduit avant de les calculer l'inflation naturelle, mais aussi car les prix avaient déjà flambés dans les années précédentes et ce sont donc de nouvelles augmentations sur des prix qui avaient déjà fortement progressés auparavant.
Il n'y a pourtant pas eu de nouvelles crises qui pourraient l'expliquer, mis à part peut-être éventuellement pour les Mikado vu que le prix du chocolat a fortement augmenté, nous ne savons pas si Foodwatch a pris cet aspect en compte dans son calcul.
Pour le reste, le prix des énergies reste stable, les gouvernements successifs continuent de détruire notre modèle social pour faire baisser les charges des entreprises, etc... Donc rien ne justifie de telles augmentation, encore mois d'essayer de les cacher par le lancement d'un nouveau format.
C'est particulièrement vicieux même, mais n'est pas étonnant car les techniques certes légales mais peu recommandables des marques de l'industrie agroalimentaire sont nombreuses et visent toujours à tromper les consommateurs. Mais attendez, c'est bien ça d'essayer de tromper les consommateurs ?
Car outre ces augmentations de tarifs déguisées, sans doute condamnables vu qu'elles ressemblent fortement à la shrinkflation qui a été interdite, ce qui nous saute aux yeux c'est le packaging ultra marketing des produits incriminés.
Trois d'entre eux arborent des écussons « saveur de l'année » ou « élu produit de l'année », deux autres vont même jusqu'à afficher des mentions de type « format plus généreux ». Ce qui nous fait bien entendu penser à la cheapflation qui consiste à modifier les recettes pour substituer les ingrédients les plus onéreux par d'autres qui le sont moins alors que les paquets vantent des recettes « encore plus savoureuses ».
Mais aussi à la shrinflation car nous n'avons pas oublié le coup fourré de Miko avec ses bacs de glace dont le format avait été réduit mais indiquaient « un gain de place dans votre congélateur ». Si les techniques pour augmenter les prix en douce évoluent, leurs services marketing eux sont toujours au sommet du cynisme et du foutage de gueule.
Certains industriels interrogés par Foodwatch rejettent la faute sur les distributeurs (supermarchés), qui en auraient profité pour augmenter leur marge. Il est vrai que derrière leurs discours bien rodés sur les plateaux TV, leurs pratiques ne sont pas beaucoup plus recommandables.
Beaucoup ont même été jusqu'à arguer que c'était une demande de leurs clients, plus c'est gros plus ça passe comme on dit. Enfin, si Foodwatch n'a pu documenter que 5 cas de stretchflation, le nombre de nouveaux formats de ce type se multipliant dans les supermarchés, il est fort à parier que la technique soit déjà largement répandue.
Et ce n'est que le sommet de l'iceberg, nous avons l'été dernier documenté d'autres pratiques récurrentes : fausses promotions, affichages trompeurs, emballages à moitié vides, etc... Rien ne vous sera épargné et si vous ne vous informez pas, vous serez le dindon de la farce !