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Consommation : la vente en ligne, bon élève de l'environnement ?

Il y a quelques mois nous tentions de définir si le e-commerce était (vraiment) une catastrophe en matière d'environnement ?

Les chiffres sur la neutralité carbone dans la vente en ligne récemment dévoilés par la FEVAD nous donnent quelques éléments de réponse, donc nous remettons le sujet sur le tapis.

 

Les chiffres « neutralité carbone » de la FEVAD

Avant de relayer ces chiffres que nous essaierons d'analyser ensuite, rappelons que la FEVAD est la fédération du e-commerce et de la vente à distance. Ce n'est donc peut-être pas la mieux placée pour juger de l'impact de leurs adhérents par rapport à d'autres formes de commerce.

C'est justement plus notre rôle et celui des associations de consommateurs que des lobbys, nous verrons donc plus en détail tout ça en seconde partie d'article pour décrypter ces chiffres flatteurs pour la vente à distance.

Car le premier chiffre mis en avant indique que les achats en ligne sont en moyenne de 36% plus économes en émissions carbone que les achats en magasin. Voilà qui répond à la question centrale que nous nous posions dans notre article visible ici et date de l'été dernier.

Nous verrons ensuite que ce n'est pas si simple, mais continuons avec le second chiffre qui calcule justement le poids de carbone émis par l'achat en ligne d'un produit non alimentaire. Il serait de 400 grammes en CO2 soit selon la source deux fois moins que la moyenne européenne, nous devons avouer que nous n'avons pas les compétences pour comprendre ce que ça implique.

Les 39.000 véhicules électriques de notre transporteur national sont sans doutes en partie responsables de ces bons chiffres de la vente en ligne française, La Poste étant le seul transporteur à compenser ses émissions carbone sur la livraison de colis.

La FEVAD nous indique également que 89% des sites de e-commerce font de la RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises) une priorité stratégique, plus d'une entreprise sur deux déclare vouloir augmenter leur investissement dans cette voie.

La suite concerne elle aussi plus des engagements et promesses pour le futur que ne reflète l'état actuel de la vente en ligne en France, à commencer par la réduction des emballages et colisages dans le e-commerce.

L'objectif est d'atteindre une réduction globale des emballages sur 75% des produits, comprenez bien 3 produits sur 4 ce qui ne veut pas dire 75% de réduction des emballages, puisque un produit qui réduit de 5% la taille de son emballage rentre dans l'objectif.

La surface des toitures d'entrepôts devraient être couvertes à 50% en panneaux solaires, mais uniquement sur les permis de construction déposés entre 2022 et 2025. Plus généralement ce sont quelques 73 milliards d'euros qui devraient être investis par les entreprises : dans les énergies renouvelables, l'agriculture durable et les technologies bas carbone.

Enfin du côté des consommateurs le regroupement des commandes pourrait permettre une réduction de 30% des émissions de CO2 sur la livraison des commandes en ligne. La vente en ligne permettrait de réduire de 4,7 fois le trafic en région parisienne si il venait à remplacer le commerce physique.

Voilà pour les principaux chiffres mis en avant par la FEVAD, si l'on regarde ça de loin sans comprendre ce que nous indiquent les énoncés et les sources, c'est très flatteur pour la vente en ligne. Mais ce n'est pas notre genre de nous arrêter à ce qui est écrit en gras, et justement nous vous proposons de consulter notre analyse ci-dessous pour aller plus loin.

Source : FEVAD

crédit image : FEVAD (cliquer pour agrandir)

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Que peut on retenir de ces chiffres en tant que consommateurs ?

Maintenant essayons d'analyser toutes ces informations, déjà certaines sont clairement formulées pour être en faveur de la vente en ligne. Les données sont habilement mélangées avec les engagements pour essayer de laver plus blanc que blanc, ce qui n'a aucun intérêt et on reconnaît bien là l'aspect lobbyiste que l'on déteste tant.

Mais il y a tout de même quelques éléments intéressants qui répondent en partie aux questions que nous nous posions en tant que consommateurs et acheteurs en ligne, car il faut dire aussi que du côté des opposants on ne se gêne pas non plus pour manier les chiffres et les contre-vérités sans fondements pour faire avancer sa cause.

Pour s'y retrouver dans tout ça il faut s'accrocher et partir du constat que nous ne saurons sans doute jamais la stricte vérité sur ces sujets épineux, croire que le e-commerce serait vertueux est tout aussi bête que de penser qu'il serait le seul responsable de la désertification du commerce de proximité.

Le chiffre clé avancé par la FEVAD est un impact carbone moins important de 36% pour les achats en ligne par rapport à des achats en magasin. Néanmoins la source indiquée n'est pas française mais américaine donc concerne probablement plus les habitudes de consommation aux USA que celles des français, l'enquête ayant été faite par le MIT et Prologis.

La première source est le très célèbre Massachussets Institut of Technology qui apporte une vraie crédibilité à ce chiffre, Prologis par contre est un fond d'investissements américain spécialisé dans la gestion d'entrepôts logistiques.

La seconde source semble donc déjà moins objective puisque partie prenante, même si le chiffre est peut-être fiable il ne semble pas concerner le e-commerce français. Enfin à moins que l'étude américaine se soit penchée sur le cas spécifique de la France, mais c'est assez peu probable connaissant les intérêts nationaux.

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crédit image : pixabay - TheDigitalArtist

Passons sur le RSE, nous avons déjà donné notre avis à l'occasion de notre article sur le nouveau label Responsability Europe. Un autre chiffre auquel on peut facilement faire dire ce que l'on veut, mais entre vrais engagements et communication d'entreprise à des fins pécuniaires c'est souvent plus flou.

Idem pour le chiffrage de l'impact CO2 d'un achat non alimentaire sur internet, qui manque de précisions. Au final si l'on enlève tout ce qui est du domaine des engagements pour les années à venir, il ne reste pas grand chose à retenir de tout ça et n'en savons pas beaucoup plus.

Saluons tout de même l'engagement de La Poste qui est le seul transporteur à compenser ses émissions carbone avec une flotte de véhicules propres impressionnante, ils ont au moins cet avantage à défaut d'être parmi les plus performants sur les livraisons.

La moitié des chiffres concernent donc non pas ce qui est en place mais des engagements futurs, il est plus facile de communiquer sur ce que l'on va (ou espère) faire que sur ce que l'on a déjà mis en place. D'autant plus quand on est de manière générale, à l'échelle du pays bien loin des engagements pris.

Mais ça n'en reste pas moins dans l'ensemble de bonnes nouvelles pour les consommateurs, avec plus d'énergies renouvelables et moins d'emballages. Comme nous savons que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, nous attendons de voir les chiffres réels de ce qui sera vraiment mis en application et de ce qu'ils changeront dans notre quotidien.

Dans l'ensemble nous avons l'impression que le vente en ligne progresse et s'améliore, toujours trop lentement comme le reste de la société. Mais confirme que si elle peut et doit encore faire mieux, ce n'est ni le monstre que certains aimeraient nous dépeindre ni non plus la meilleure solution pour notre planète.

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