le média libre et indépendant qui vous aide à mieux consommer au quotidien !

Conso : quand les sites et médias d'actualités dérapent

Dans de nombreux articles nous évoquons le business malsain de certains sites et médias informatifs, qui en fait travaillent plus à faire rentrer du cash dans les caisses qu'à vous informer. Ce sont des sites de bons plans souvent mais aussi beaucoup d'actualités spécialisés, nous vous révélons leurs pratiques peu recommandables.

 

Comment les sites d'informations vous arnaquent ils ?

Pour comprendre comment ces sites gagnent de l'argent, il faut comprendre les différents mécanismes de financement. Il en existe plusieurs que nous allons vous expliquer, avec pour chacun des exemples de dérives par les sites qui pensent plus à leur compte en banque qu'à leurs lecteurs.

Le problème c'est que comme énormément de sites se financent avec les mêmes mécaniques, il est parfois difficile de faire le tri entre ceux qui le font pour de bonnes raisons et ceux qui sont là surtout pour l'argent et basculent dans des pratiques douteuses. Mais ne faisons pas de grands discours et découvrons comment tout ça fonctionne dans le détail.

  • L'affiliation : gagner de l'argent en vous incitant à cliquer

Avant on appelait ça de la prospection de nouveaux clients, mais l'internet est passé par là et désormais n'importe quel site peut rentabiliser ses lecteurs grâce au levier de l'affiliation. Son principe est simple : vous nous envoyez un client, on vous rémunère en contrepartie.

C'est par exemple le principal levier utilisé par les comparateurs de prix, qui sont du coup tentés de vous envoyer non pas vers le meilleur tarif pour vous, mais vers l'acteur qui offre la meilleure rémunération. Mais bien d'autres sites utilisent cette mécanique, y compris les médias d'actualités.

Nous pourrions aussi citer les influenceurs sur les réseaux sociaux avec leurs codes promo pour vous faire bénéficier d'une super réduction, mais plus ils aident à vendre le produit et plus ils gagnent d'argent. Ils sont donc tentés de n'en dire que du bien pour s'assurer une belle rentré d'argent en contrepartie, c'est tout simplement de la publicité déguisée.

Les sites de bons plans ne sont pas en reste, car quand vous allez acheter un bien ou un service en passant par un site de ce type eux aussi récupèrent une commission sur vos achats. Par exemple les French Days sont une opération commerciale bidon inventée par le e-commerce pour faire passer ses promotions permanentes comme exceptionnelles.

Lors de la dernière édition cet automne nous avons vu plusieurs sites vanter les promotions spéciales French Days sur Amazon, avec des titres accrocheurs de type « prix en chute libre sur tel produit ». Voilà qui donne envie, sauf qu'Amazon n'a pas participé aux derniers French Days ce qui est tout de même embêtant et c'est encore pire à l'approche du Black Friday.

Les médias spécialisés aussi utilisent cette technique, à chaque fois qu'ils présentent des nouveaux produits ou vous donnent ses caractéristiques. Ils intègrent un mini comparateur de prix pour vous aider à acheter les produits présentés au meilleur prix, mais surtout récupérer une commission si vous l'achetez.

Le but est clairement de vous attirer plus que de vous faire bénéficier d'un vrai bon plan ou du meilleur prix, peu importe au final qu'il soit bon ou pas tant que ça, car le but n'est pas de vous relayer une promotion intéressante mais de vous inciter à cliquer.

affiliation-marketing
exemples de rémunérations proposées aux médias pour promouvoir certaines offres

Car l'affiliation fonctionne avec des cookies sur votre ordinateur, ce petit fichier indique au site de e-commerce que c'est grâce à tel site que vous êtes allez acheter chez lui, pour le remercier il lui reverse donc une petite commission sur tous vos achats (CPA). Ça fonctionne aussi pour les abonnements à des services (CPL) : assurances et comptes bancaires, forfaits internet et de téléphonie, voyagistes, jeux d'argent, etc...

Ces cookies sont généralement valables pendant 30 jours, donc tous les achats que vous ferez sur le site de e-commerce ou tous les abonnements auxquels vous souscrirez le mois suivant rapporteront de l'argent au site. Même si vous vous rendez compte que l'offre présentée initialement n'était finalement pas très intéressante.

Le problème c'est que si quelques jours plus tard vous allez sur un autre site d'actualités ou de bons plans qui propose une offre promotionnelle, comme c'est le dernier cookie installé qui compte alors c'est cet autre site qui va récupérer les commissions sur vos prochaines dépenses.

Alors il faut sans cesse alimenter la machine pour s'assurer qu'un maximum d'internautes aient bien le cookie de votre site sur son navigateur quand il fera ses achats en ligne. Certains sont par conséquent prêts à relayer tout et n'importe quoi quitte à amplifier des promos bidons, du moment que vous cliquez c'est tous bénéfices.

  • La publicité : souriez, vous êtes traqués !

Continuons avec la publicité qui s'immisce toujours plus dans nos vies, des stades aux salles de concert qui portent le nom de marques, de la télévision à la radio où elle est omniprésente, des transports en communs aux façades des boutiques, sur les réseaux sociaux, dans le sport et même à la COP pour le climat ou le Conseil Européen sous la forme de sponsors, etc...

Mais de nos jours on ne se contente plus d'afficher des publicités au petit bonheur la chance, on traque les internautes pour savoir quelle publicité a le plus de chance d'aboutir à un achat, mais aussi à quel moment elle aura le plus d'impact. Hors pour définir quelle publicité va vous intéresser et à quel moment de la journée ou de la semaine elle a un maximum de chances de vous inciter à acheter, il faut bien vous connaître.

Des sociétés spécialisées, souvent françaises d'ailleurs comme nous l'évoquions dans notre récent article sur leurs innovations, les moteurs de recherche ou encore les réseaux sociaux recueillent, analysent et compilent vos données personnelles, vos activités en ligne et bien d'autres choses encore pour le définir.

C'est le fameux diction : « quand c'est gratuit, c'est vous le produit » et ce n'est malheureusement pas le RGPD qui change la donne puisque à un moment ou à un autre par divers biais détournés, ils réussissent toujours par obtenir votre accord afin d'utiliser vos données personnelles à des fins commerciales.

De nombreux médias vous bloquent désormais littéralement l'accès à leur site si vous n'acceptez pas l'installation des cookies de ciblage publicitaire, ou vous intiment de les accepter à chaque visite tant que vous refusez. C'est soit disant pour pouvoir proposer une information libre et de qualité, ils ont surtout pour principal but de rentabiliser au maximum vos données personnelles.

Mais mieux encore Netflix vient d'ouvrir la porte, car pourquoi ne pas vous faire payer un abonnement et en plus vous diffuser de la publicité pour augmenter encore ses bénéfices ? Dans notre société malheureusement beaucoup de médias n'ont plus qu'un seul et unique objectif : optimiser la rentabilité pour augmenter les bénéfices et ce par tous les moyens possibles.

medias-argent-pratiques
image d'illustration de l'état d'esprit de certains médias (crédit : pixabay - geralt)
  • Les articles sponsorisés : écrivez ce que vous voulez, du moment que vous payez

Mais ce n'est pas terminé, car vous pouvez aussi acheter des articles sponsorisés pour faire votre propre promotion sur les sites d'informations. Plutôt que d'acheter un espace publicitaire que beaucoup d'internautes vont bloquer ou ne pas regarder, mieux vaut proposer un contenu qui ressemble à un article écrit par un journaliste.

Là encore on retrouve tout ce qui est bons plans, vous devez en croiser régulièrement sur les gros médias informatifs comme par exemple 20 Minutes ou Le Parisien qui est le champion de France des articles sponsorisés dans ce domaine. On les reconnaît car il est souvent indiqué « la rédaction n'a pas participé à la rédaction de cet article », ah qu'est-ce qu'il fait là alors ?

Dans ce cas ce sont directement des marques, des distributeurs (Cdiscount par exemple) ou des services marketing qui écrivent l'article et le mettent en ligne sur le site d'informations en échange d'une somme d'argent. L'avantage c'est que vous pouvez écrire ce que vous voulez, par exemple comparer un aspirateur d'entrée de gamme à 150€ avec le dernier Dyson à 800€ et vous expliquer pourquoi vous devriez plutôt acheter celui là.

Comme ça ressemble à un article écrit par un journaliste et que c'est sur un gros site reconnu, il n'y a pas de raisons de ne pas croire ce qu'il y est indiqué et vous permet de toucher des milliers de lecteurs. Mais là encore le but n'est pas de vous informer mais de vous inciter à acheter, de promouvoir des aspects positifs pour améliorer son image de marque, etc...

Car vous devez vous en douter acheter un espace de ce type sur de gros médias, ça n'est pas donné mais coûte beaucoup moins cher qu'on ne le pense. En effet, nous avons cherché et trouvé quelques tarifs : 3879€ pour publier un article sur le site de BFM TV, 3478€ sur Midi Libre, 3268€ sur La Dépêche, 1994€ sur Le Point, 1894€ sur Causette, etc...

Vous pouvez aussi publier des articles sur les sites d'actualités que nous évoquons depuis le début : 3395€ pour publier un article sur Topito, 2693€ pour diffuser un article sur Numerama, 2971€ chez Clubic, 2899€ chez Science & Vie, 979€ sur le site de Jean Marc Morandini, etc... (tarifs relevés début janvier 2023 sur une plateforme spécialisée).

Autrement dit avec un budget communication de 30.000€, ce qui est insignifiant pour une grande marque ou un gros site de vente en ligne, vous pouvez mettre en ligne des articles à votre gloire sur une dizaine de gros sites pour toucher une énorme audience et y écrire à peu près ce que vous voulez (certains sont quand même plus exigeants que d'autres).

Vous pouvez y relayer vos promotions pour booster vos ventes, affirmer vos engagements écologiques alors que vous n'avez rien à faire de votre impact environnemental, vous proclamer numéro 1 de votre secteur sans en apporter la moindre preuve, mettre en avant les qualités de votre nouveau produit sans évoquer ses défauts, etc...

articles-sponsorises
exemples de tarifs pour acheter un article sponsorisé sur une plateforme spécialisée

 

Conseils et conclusion :

Au final le problème ce ne sont pas tellement les leviers existants, car quand on travaille c'est normal de gagner de l'argent, mais comment ils sont utilisés. Si je prends mon exemple, je travaille 60 heures par semaine sur ce site, si il ne paye pas les factures ce n'est pas assis sur un carton à la sortie du métro que je pourrais vous aider à comprendre ces rouages.

Le soucis c'est que l'argent a cette fâcheuse tendance à corrompre les humains et quand le but principal des dirigeants d'un site n'est plus d'être utile à ses lecteurs mais de faire rentrer un maximum d'argent dans les caisses, ça dérape vite.

Alors tous les leviers deviennent acceptables pour optimiser la rentabilité du site : abonnements, affiliation, articles sponsorisés, publicités ciblées, revente des données personnelles à des fins lucratives, etc... Petit à petit la ligne éditoriale n'est plus de trouver des sujets intéressants à traiter, mais quels sont les articles qui vont rapporter le plus d'argent.

Il faut inciter ses lecteurs à cliquer sur des bons plans même si ils ne le sont pas vraiment pour récupérer des commissions sur leurs achats, les pousser à accepter que des sociétés spécialisées utilisent leurs données personnelles pour optimiser les affichages de publicités, proposer que tout un chacun puisse publier ce qu'il veut sur votre site contre une somme d'argent, etc...

Plus la spirale s'installe et plus ils sont prêts à renier leur intégrité pour attirer le chaland, alors certains n'hésitent pas à s'arranger avec la réalité : des influenceurs ferment les yeux sur les défauts des produits qu'ils recommandent, des sites en font des caisses sur des promotions qui n'ont rien d'extraordinaire (voir en inventent), la rédaction accepte des articles sponsorisés qu'ils savent mensongers, etc...

Autant vous dire que d'écrire cet article, ce sont plusieurs heures de travail qui ne vont pas me rapporter le moindre centime. Mais c'est justement ce qu'il faut bien comprendre et là que se fait la différence, quel est le principal objectif et la priorité d'un site : vous être utile, ou gagner de l'argent ?

Car ce site est aussi un média d'actualité dont le nom est « Tests et Bons Plans », donc nous aussi le finançons avec certains de ces leviers. J'aurais aussi pu choisir d'utiliser ce temps à écrire au moins deux voir même trois articles de bons plans, pour vous inciter à acheter des produits en promotion et récupérer des commissions sur vos achats.

Le problème ce ne sont donc pas les mécanismes, mais comment ils sont actionnés et pour quelles raisons. Car ce n'est pas la même chose d'écrire pour gagner de l'argent que d'ajouter des leviers pour se rémunérer tout en traitant de sujets importants, de mettre en avant des produits ou les marques que l'on aime vraiment et que l'on pense intéressants pour ses lectrices et lecteurs.

Quand l'argent devient la première motivation, les barrières tombent et les belles valeurs s'envolent. Malheureusement de nos jours l'état d'esprit général est plutôt à s'enrichir par tous les moyens qu'à être honnête et utile à son prochain, beaucoup de nos compatriotes sont cupides et égoïstes.

Alors faites attention à ne pas croire sur parole ceux qui affirment être à vos côtés, comme on dit la confiance ça se gagne et vous ne devriez pas accorder la votre sur des apparences ou de belles paroles (mais sur des actes et en observant ces pratiques).

Retrouvez tous nos articles d'aide à la consommation ici

Retour à l'accueil
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article