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Vous avez peut-être déjà remarqué un nouveau logo sur certains paquets de volailles ou préparations à base de volailles dans les rayons de votre supermarché. Son nom est sans équivoque puisqu'il y est inscrit : « bien-être animal – filière agricole engagée ». Une promesse bienvenue puisque selon un sondage du BEUC, 89% des consommateurs européens réclament la mise en place de nouvelles lois sur le bien-être animal.
Mais qui a créé ce joli logo, quels sont les engagements que doivent respecter les éleveurs et transformateurs qui veulent l'apposer sur leurs paquets ? Qui finance et contrôle tout ça, qu'entend t-on par bien-être animal ? C'est ce que nous avons cherché à savoir, et le revers de la médaille est bien plus révélatrice que sa face avant.
📌 Sommaire de l'article :
Un nouveau logo arborant les termes « bien-être animal – filière agricole engagée » vient de faire son apparition dans le rayon des volailles de nos supermarchés, il semble pour le moment se limiter aux découpes de volailles de certaines marques.
Mais attention, car même si il y ressemble comme deux gouttes d'eau, ce n'est pas un label. Il s'agit d'une démarche qui promet une amélioration des conditions d'élevage des volailles, portée par une filière engagée donc.
Ce n'est pas un label issu des pouvoirs publics, ni non plus d'une ONG ou encore d'une association financée par les lobbys comme ça se fait habituellement avec les faux labels, mais une démarche avec un joli logo créé de toutes pièces par une entreprise.
En effet, nous avons visité à peu près toutes les pages du site « bien-être animal » qui permet de présenter ce nouveau logo (et la démarche associée), sans jamais voir la moindre mention de qui se cachait derrière et le finançait. Jusqu'à ouvrir celle des mentions légales, qui précise que le site appartient au Groupe LDC.
Un groupe que vous connaissez sans doute puisqu'il détient les marques Le Gaulois, Loué, Maître Coq ou bien encore Marie. Un groupe qui revendique plus 6 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel, autrement dit le numéro 1 de la volaille en France.
Selon l'association OABA, le logo sera appliqué sur les découpes et/ou préparations de volailles des marques Le Gaulois et Maître Coq. Pourtant, la démarche est présentée comme celle d'un collectif de 1.300 éleveurs et non pas comme celle de l'industriel qui se cache derrière.
Nous n'avons d'ailleurs même pas le droit de vous le montrer, les mentions légales du site précisent noir sur blanc qu'il faut l'accord de LDC pour toute utilisation du logo et des visuels, sous peine de poursuites judiciaires. Comme nous ne sommes pas là pour en vanter les mérites mais le décrypter, nous n'avons pas fait la demande.
Pour autant, ne faisons pas un procès d'intention à cette démarche qui garanti le bien-être animal, si l'on en croit sa présentation. Pour mieux comprendre les engagements des éleveurs du collectif, il faut comparer les garanties apportées par cette démarche avec le référentiel European Chicken Commitment (ECC).
Créé en 2017 par un collectif d'ONG, il vise à éliminer les pires techniques d'élevage des poulets de chair d'ici 2026. Ce référentiel n'est néanmoins pas reconnu par les instances européennes ou française, plus restrictif que les réglementations en vigueur il est basé sur le volontariat.
Ce nouveau logo ne sort donc peut-être pas par hasard en 2026 lui aussi, il se trouve que LDC est un des seuls industriels qui aurait refusé de signer cette charte. Faisant l'objet de nombreuses critiques, le groupe a finalement annoncé la signer à l'été 2025 et s'est engagé à la respecter d'ici 2028.
Mieux vaut tard que jamais, d'autant que la charte a été rapidement adoptée par Fleury Michon, Sodebo et Terrana (marques Père Dodu, La Nouvelle Agriculture), l'ensemble des enseignes de la grande distribution (marques distributeur) et plusieurs chaînes de restauration rapide (Flunch, KFC, Subway, etc...).
Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser que ce logo sobrement nommé « bien-être animal – filière agricole engagée » semble donc venir compenser ces critiques et ce retard. Avec un nom pour le moins évocateur puisque nous y venons, il est sur certains aspects bien moins restrictif que le référentiel ECC.
C'est le cas au niveau de la densité des élevages, limitée à 30 kg de volailles au mètre carré (environ 15 poulets) par l'ECC, elle a été fixée à 38 kg par mètre carré pour la démarche de LDC (environ 19 poulets). Le référentiel européen interdit aussi les souches de poulets à croissance rapide, elles sont toujours autorisées par LDC.
Les deux référentiels se rejoignent néanmoins sur d'autres points, notamment pour l'enrichissement du milieu avec la présence de perchoirs et de blocs à picorer. L'ECC fixe la norme minimale à 2 de chaque pour 1.000 volailles, LDC propose les mêmes dispositifs et des alternatives, avec des ficelles voir des bottes de pailles (ça fait plus paysan).
Même chose au niveau de la lumière artificielle, les deux chartes imposent que le poulailler dispose de fenêtres pour faire entrer de la lumière naturelle. La démarche « bien-être animal » ne précise aucun objectif néanmoins, alors que le référentiel ECC fixe lui un objectif minimal de 50 Lux (lumens par mètre carré).
Une barquette de découpe de volaille arborant le logo "bien-être animal" en supermarché © Tests et Bons Plans
Consommateur comme un autre, enfin ancien chef de cuisine tout de même il est vrai, lors de la première visite du site officiel de cette démarche « bien-être animal – filière agricole engagée » je l'ai trouvée très positive.
Hors c'est bien ça le danger que représentent tous ces logos qui ressemblent à des labels et sont montés de toutes pièces par des entreprises, ou leurs lobbys qui souvent se cachent derrière des associations de loi 1901 (ce qui n'est pas le cas ici).
Leur site est bien mieux conçu que le nôtre, le groupe s'offre les services d'une agence de presse pour le faire connaître aux médias, il est présenté comme porté par un collectif d'éleveurs engagés, etc... Sauf que quand on gratte un peu la surface, le constat n'est pas aussi resplendissant que la page d'accueil.
Mais combien de consommateurs ont le temps, les compétences et la curiosité d'aller vérifier toutes ces informations pour bien comprendre à quoi correspondent les engagements des produits qui arborent un joli logo « bien-être animal » ?
Combien de consommateurs penseront acheter des produits issus de volailles de qualité supérieure, alors que ses exigences sont moins ambitieuses que celles du référentiel européen déjà adopté par la plupart des autres industriels, sans pour autant avoir de joli logo à afficher ?
Combien penseront acheter une volaille labellisée, alors que ce n'est pas un label de qualité ? Certes les engagements vont au-delà de ce qui est imposé par la réglementation, mais la démarche est moins ambitieuse que le référentiel ECC qui cherche déjà juste à éviter la maltraitance animale. Entre maltraitance et bien-être animal, il existe de nombreuses nuances.
C'est très clairement un cas de ce que les associations nomment du « welfare-washing » : ça consiste justement en une technique marketing visant à faire croire qu'un produit respecte le bien-être des animaux, alors que ses conditions de production sont standard ou peu améliorées.
Une pratique dénoncée par le BEUC (Bureau Européen des Unions de Consommateurs), dont le sondage (en anglais) déjà cité en introduction indique aussi que 84% des consommateurs demandent son interdiction.
Il semble que LDC ai bien compris que la majorité des consommateurs se sentent concernés par le bien-être animal, mais pas que les consommateurs peuvent aussi sanctionner les pratiques trompeuses si ils estiment que l'on se moque d'eux.
Alors à quand une véritable réglementation pour imposer des normes minimales ambitieuses en matière de bien-être animal, à quand une loi pour éviter tous ces logos trompeurs qui empêchent les consommateurs de faire des choix éclairés ?