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Au printemps 2022 entrait en vigueur une grande loi devant mettre fin à la jungle des fausses promotions, la retranscription dans le droit français de la directive européenne « Omnibus ». Une des mesures phares consistait à mettre en place une méthode pour calculer le pourcentage de réduction affiché sur les produits en promotion, afin d'éviter les offres fantaisistes et trompeuses.
Les consommateurs français sont ils débarrassés des fausses promotions 4 ans plus tard, la réglementation a elle évoluée depuis et quelle est la situation en 2026 ? Vous connaissez la réponse bien entendu, les fausses promotions sont toujours là et sont toujours aussi trompeuses. C'est d'ailleurs le cas depuis la mise en place de cette loi censée protéger les consommateurs, que nos autorités ne sont pas en mesure de faire respecter (ou ne souhaitent pas faire respecter).
Déroulé de l'article :
La directive Omnibus entrée en vigueur le 1er mai 2022 était censée mieux encadrer les promotions. Mais comme nous l'avions documenté, à peine quelques jours après sa mise en place les sites de vente en ligne avaient déjà mis en place des dispositifs pour contourner la loi et continuer à promouvoir de fausses réductions.
Nous avions d'ailleurs consacré un article à cette fameuse directive Omnibus, car en tant que consommateurs nous étions heureux de voir que notre gouvernement avait pris des mesures pour mieux nous protéger des fraudes de certains sites de vente en ligne.
Qu'en est-il 4 ans plus tard, le gouvernement et les autorités françaises ont elles réagit pour faire respecter la loi ? Sans surprise, rien n'a été fait et malgré les belles promesses, la jungle des fausses promotions continue et s'est même étendue aux magasins physiques qui pour beaucoup participent aussi à la mascarade.
Néanmoins et même si les associations de défense des consommateurs et quelques petits médias indépendants comme le notre alertent de temps en temps, le point d'orgue de l'information aux consommateurs a lieu chaque année fin novembre. En effet, quand vous tapez "fausses promotions" sur un moteur de recherche vous tombez sur un article du site officiel du gouvernement publié le 28 novembre 2025, jour officiel du Black Friday, qui résume bien la situation actuelle au final.
Mieux vaut tard que jamais, car de nombreux sites et annonceurs étalaient déjà leurs fausses promos spéciales Black Friday depuis plus d'un mois. Ils débutent leur article par rappeler que la DGCCRF : « veille à ce que les réductions affichées soient bien réelles ». Il ne veillent à rien du tout en vérité, tout le monde en allant sur n'importe quel site de vente en ligne peut facilement voir que c'est la foire d'empoigne : -70% sur un aspirateur, -60% sur nos canapés, etc...
Les promotions basées sur le prix le plus bas pratiqué lors des 30 derniers jours sont les seules qui soient légales. Pourtant on trouve facilement des milliers de promotions illégales, basées sur le prix de lancement du produit, le prix de vente recommandé ou bien encore sur un tendancieux « prix de comparaison ».
Néanmoins même les promotions légales ne garantissent pas grand chose. Car de nombreux sites ont intégré cette nouvelle loi et augmentent le prix de vente des produits 30 jours avant le début des promotions pour pouvoir afficher de gros pourcentages de réduction, tout en respectant la loi.
Parfois même ils l'augmentent encore plus que le prix de lancement, juste pour gonfler le pourcentage artificiellement. C'est tout autant de l'arnaque que les fausses promotions, mais c'est légal car le pourcentage de réduction est basé sur le prix de vente lors des 30 derniers jours comme l'exige la loi.
Depuis mai 2022, le cadre européen impose des règles strictes : le prix de référence affiché d’une réduction doit correspondre au prix le plus bas pratiqué dans les 30 jours précédents. Cette mesure vise à éviter l’illusion de remises exagérées, parfois utilisées pour inciter à l’achat rapide.
Toute infraction peut entraîner des sanctions financières et la suppression des publicités incriminées. L’objectif est d'assurer une information claire et loyale aux consommateurs.
Ce même article du gouvernement pour appuyer ses propos reprend une enquête de la DGCCRF (qui veille au grain). Une vague de contrôles menés en 2023 révèle que plus de 30% des 1.000 établissements contrôlés ne respectent pas la réglementation sur les promotions. L'article évoque même ''près d'un tiers'', donc sur 1.000 établissements contrôlés ils étaient entre 301 et 330 à ne pas respecter la loi.
On se demande quel enseignement en a retiré le gouvernement français, à commencer par pourquoi fin 2025 ils nous parlent d'une enquête de 2023 ? D'autant plus qu'un article du ministère de l'économie évoque une enquête similaire en 2024, qui a abouti au même constat : 30% des 5.600 magasins et sites internet contrôlés étaient toujours en infraction !
Ils n'ont pourtant pas jugé nécessaire de légiférer pour compléter la loi dévoyée 48 heures après son entrée en application, puisque aucun projet de loi ou décret n'est venu depuis compléter le dispositif ou intensifier les contrôles (et les sanctions).
Résultat, dans quelques semaines ça fera 4 ans que la directive Omnibus interdit les fausses promotions. Dans quelques semaines, ça fera 4 ans que la majorité des commerçants (en ligne et en magasins) violent impunément la loi sans que les autorités ne s'en émeuvent outre mesure. Les fausses promos sont partout et comme nous l'évoquions en début d'article, les autorités françaises ne font pas grand chose pour faire respecter la loi !
Notre gouvernement se contente donc d'alerter les consommateurs et leur recommande de faire attention : nous ne sommes pas en capacité de faire respecter la loi auprès des entreprises, alors soyez vigilants et si vous vous faites arnaquer, signalez le (on verra si on relance peut-être une vague de contrôles l'an prochain, ou pas).
D'ailleurs dans ses quelques conseils, l'article du gouvernement précise qu'il faut faire attention aux mentions insistantes de type « stocks limités ». Il s'agit en effet bien souvent de mentions associées à des dark patterns, des techniques de manipulation mentale que nous avions décortiquées dans un précédent article.
Hors il se trouve que l'utilisation de certaines dark patterns est également interdite, devinez quoi : il y en a absolument partout sur les sites internet, de vente en ligne mais pas uniquement d'ailleurs. Que fait on pour faire respecter la loi sur les manipulations mentales ? Absolument rien du tout !
Qui par exemple s'émeut des fausses promotions incessantes dans nos supermarchés ? Nous sommes tombés récemment sur une fausse promotion à l'entrée de notre supermarché qui nous a bien fait marrer, car ce serait drôle si ce n'était pas une manipulation grossière qui vise à tromper les consommateurs.
Comme par hasard elle concerne un AirFryer Moulinex, exactement comme pour la fausse promotion Black Friday que nous avions décryptée en 2024. C'est une manipulation car si il n'est pas évoqué une promotion, c'est interdit, le magasin évoque une "alerte bon plan" qui en a pourtant tout l'air avec son prix barré.
Même chose sur le site internet de la même enseigne (Super U) mais vous trouverez exactement les mêmes chez leurs concurrents aussi, sur des vêtements là encore qui ne sont pas en promotion mais sous la forme de "bon plan". C'est subtil mais permet de contourner la loi, tout en continuant factuellement à faire des fausses promotions sans craindre la moindre remontrance de nos autorités, de facto complices.
Bien en évidence avec même sur le site internet un pourcentage de réduction, ce qui est interdit vu que ce n'est pas une promotion. Une belle réduction de 50% sur une série de vêtements de la "collection U" qui a par conséquent été fabriquée spécifiquement pour l'enseigne, qui a négocié son prix avec le fabricant en amont et sait exactement combien il lui coûte et combien il va le vendre.
Nous l'avons calculée pour la fausse promo Moulinex, un prix de 69.99€ au lieu de 149.99€ ça fait 53% de réduction, si on enlève les 10€ offerts en avantage de fidélité on monte même à 60% de réduction !
Comme la vente à perte est interdite hors période de soldes (et que nous sommes hors période de soldes) ça veut dire que le mois précédent, quand vous ne bénéficiez pas du bon plan, la marge réalisée par le magasin sur ce produit était de 90€ pour chaque unité vendue.
Sauf qu'il n'a jamais et ne sera jamais vendu à ce prix, qui a été inventé de toute pièce par l'enseigne pour manipuler ses clients. En effet, ce n'est peut-être pas évident à voir sur nos visuels (voir ci-dessous), mais ces deux fausses promotions ont un point commun.
Le prix de référence barré et donc censé être le prix de vente habituel est un prix conseillé, par qui vous devez vous demander ? C'est écrit noir sur blanc en petits caractères en bas d'affiche, le prix barré est le prix conseillé par Coopérative U aux magasins participant à l'opération.
Ce sont donc les grands pontes de l'enseigne qui décident que leurs magasins doivent afficher un faux prix gonflé aux hormones pour tromper leurs clients. Alors ils se cachent derrière le petit doigt en n'utilisant pas le terme "promotion", mais ça a tout d'une bonne grosse arnaque et n'a rien de bien reluisant !
Très régulièrement nous lisons des articles qui évoquent de nouveaux dispositifs de sécurité : des caméras de surveillance dopées à l'intelligence artificielle, la mise en place d'algorithmes pour contrôler les malades, les chômeurs, les allocataires du RSA (les pauvres en résumé), une possible interdiction des VPN, etc...
Certes la sécurité c'est important mais par contre, nous constatons que pour ce qui est de faire respecter les lois protégeant les consommateurs, il n'y a plus personne. Pourtant des algorithmes informatiques pourraient facilement analyser les promotions et repérer les délinquants du commerce, permettant de les contrôler et de les sanctionner systématiquement.
Comme 99% des sites internet utilisent des techniques interdites, ne serait-ce qu'entre les dark patterns et les fausses promotions (mais il y en a bien d'autres encore), voilà un investissement qui serait très rentable pour l'état et vraiment utile pour protéger les consommateurs.
Car nous ne parlons pas ici de quelques centaines d'euros à récupérer dans les poches de certains français, mais de distribuer des amendes de plusieurs millions d'euros qui pourraient pleuvoir et par la même venir abonder le budget déficitaire d'un état qui cherche à faire des économies sur les plus démunis.
En effet, la loi sur les pratiques commerciales trompeuses prévoit des amendes allant jusqu'à 10% du chiffre d'affaire annuel de l'entreprise. Quelques enseignes se font prendre parfois tout de même : Shein a écopé d'une amende de 40.000.000€ pour ne pas avoir respecté la directive Omnibus, avouez que ça met du beurre dans les épinards de nos finances publiques.
Sauf que sans ses poupées sexuelles, un scandale d'ailleurs révélé par l'Institut National de la Consommation que le gouvernement a décidé de fermer dans la foulée (ça coûte trop cher soi disant), Shein continuerait à vendre tout et n'importe quoi comme si de rien n'était en utilisant toutes les techniques interdites possibles et imaginables.
Qui n'a jamais reçu des offres spéciales de printemps, pour des ventes d'automne, des « winter deals », pour le mois du blanc (du vin, etc...), pour des ventes privées, et ainsi de suite. C'est bientôt Pâques, nos smartphones sont en promotion ! C'est la coupe du monde, offre toi une nouvelle télé ! L'hiver vient, achète un canapé ! C'est bientôt Black Friday, pourquoi attendre 3 semaines ?
Le seul problème au final comme nous le dénoncions à l'occasion de la Journée Mondiale des droits des consommateurs dont vous n'avez sans doute pas entendu parler à moins de nous lire assidûment, c'est que nos gouvernants sont de plus en plus à l'écoute des multinationales et grandes entreprises.
Alors nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement français, DGCCRF mise à part mais qui n'a pas les moyens (et même de moins en moins), pour faire respecter les lois françaises auprès des entreprises. C'est triste mais bien la réalité, les politiques ne vont agir (enfin plutôt réagir) que lorsque les grands médias font le buzz sur un sujet.
Mais les grands médias sont financés par la publicité de ces mêmes entreprises, ils diffusent des spots pour assurer la promotion de leurs fausses réductions, alors il faut vraiment un gros scandale pour qu'ils s'y intéressent. Nous continuerons donc à mettre des amendes au compte goutte pour l'exemple et à recommander une fois par an aux consommateurs de faire attention, et puis tant pis pour celles et ceux qui ne le font pas.