des astuces et conseils pour vous aider à mieux consommer au quotidien !
Un nouveau score environnemental vient de faire son apparition sur les produits de beauté des grandes marques de cosmétiques, c'est le EcoBeautyScore qui note les produits de A à E comme la plupart des scores. D'abord disponible via un affichage en ligne sur certaines gammes de produits, il va progressivement envahir les rayons de nos supermarchés.
Un éco-score privé qui n'a pas été commandé par un état ou l'Europe, alors mieux vaut se pencher sur ce nouvel indicateur pour bien le comprendre, avant de lui accorder votre confiance. Car sous la communication marketing qui promet monts et merveilles, quelle est la réalité de ce nouvel affichage ? C'est ce que nous avons tenté de découvrir.
Déroulé de l'article :
Ce projet d'affichage EcoBeautyScore avait (un peu) fait parler de lui en 2021 lors de l'annonce du projet, mais depuis 4 ans il avait disparu des radars et semblait avoir été abandonné. Il n'en était pourtant rien, puisque son lancement officiel vient d'être annoncé.
Le problème, c'est que ce n'est pas l'Europe ou un état qui a décidé de le créer et s'est occupé d'en faire définir les paramètres, mais un consortium soutenu par les multinationales du secteur des cosmétiques conventionnelles : Henkel, L'Oréal, LVMH, Revlon, etc... Sa conception a été confiée au Consortium EBS (pour EcoBeautyScore) et l'association « EcoBeautyScore Association » a été créée pour en assurer la promotion.
Pas de quoi nous mettre en confiance donc, mais ne lui jetons pas la pierre avant même de l'avoir analysé pour voir quelles sont ses caractéristiques et la méthode de calcul utilisée. La première chose qui saute aux yeux en faisant une recherche sur internet, c'est que ce sont les multinationales qui sont les plus promptes à le présenter.
Le site de Nivea le présente ainsi dans les résultats de recherche : « L'EcoBeautyScore Association est une organisation à but non lucratif qui vise à créer un système de notation environnementale commun aux produits cosmétiques... ». Nous l'avions vu dans un article sur les fruits labellisés durables, être sous un statut d'association à but non lucratif ne suffit pas à garantir l'impartialité et l'indépendance. Tout dépend de qui la finance, dans quel but, qui est placé à sa tête, etc...
Le site du fameux EcoBeautyScore (en anglais) se contente pour le moment principalement d'afficher en page d'accueil un texte pondu par un service marketing bien huilé, il promet de « fournir aux consommateurs les informations nécessaires pour faire des choix plus éclairés et durables ».
Étonnamment pour un affichage qui se veut universel, nous n'avons pas le droit de vous le montrer sur notre site sans obtenir au préalable une autorisation du Consortium EBS sous peine de poursuites judiciaires, nous ne pouvons pas dire que ça débute de la meilleure des manières.
Les mentions légales du site ne respectent pas la législation française puisqu'il n'y a pas l'identité du directeur de la publication, pas l'adresse du siège, pas de numéro d'identification d'entreprise (SIRET ou équivalent), ni aucune autre information obligatoire.
En général quand une vérification débute comme ça, nous fuyons. Mais comme nous souhaitons malgré tout vous informer sur ce sujet, continuons nos recherches. Il se trouve que la gestion du consortium a été confiée au cabinet de conseils Quantis, cabinet qui appartient au Boston Consulting Group, un mastodonte du conseil aux entreprises.
Pour élaborer leur score environnemental, le consortium s'est appuyé sur un autre cabinet de conseils nommé E&H qui fait partie du groupe ECOCERT, un spécialiste de la labellisation. Là, même si ce n'est pas un gage de qualité non plus comme nous aimons à le rappeler, ils ont une certaine légitimité dans ce domaine et une réelle expertise.
Ce consortium, aidé par ces cabinets de conseils a pondu un document de 104 pages qui sert de référentiel pour l'EcoBeautyScore, uniquement disponible en anglais. Nous l'avons parcouru pour vous expliquer comment est construit cet affichage dont l'ambition est de nous informer sur l'impact environnemental des cosmétiques.
Le calcul de ce score, qui se doit d'avoir une méthodologie scientifique pour le légitimer, a été construit à travers une approche EPP (Emprunte Environnementale des Produits). Une méthodologie basée sur la méthode ACV (Analyse du Cycle de Vie) reconnue par la Commission Européenne, ainsi que les normes ISO 14020 et 14025.
Le Consortium EBS a entrepris de construire une gigantesque base de données pour classifier toutes les substances utilisées par l'industrie cosmétique. Ils ont défini 16 critères afin de construire la méthode de calcul de leur score environnemental.
Nous devrions plutôt évoquer les scores au pluriel d'ailleurs puisque l'on ne peut pas comparer la composition d'un gel douche avec celle d'un vernis à ongles ou d'une crème solaire. Les cosmétiques ont également été découpées en 30 catégories de produits avec chacune leur classification.
La méthodologie prend en compte 16 critères de l'impact planétaire du produit, chacun ayant un coefficient différent permettant d'obtenir une note sur 100. Commençons par voir quels sont ces critères et leur importance dans le score environnemental des produits de beauté.
Les 16 critères de l'EcoBeautyScore :
Changement climatique – 21,06%
Particules – 8,96%
Utilisation de l'eau – 8,51%
Utilisation des ressources (fossiles) – 8,32%
Utilisation des terres – 7,94%
Utilisation des ressources (minéraux et métaux) – 7,55%
Appauvrissement de la couche d'ozone – 6,31%
Acidification – 6,20%
Rayonnements ionisants – 5,01%
Formation d'ozone photochimique – 4,78%
Eutrophisation terrestre – 3,71%
Eutrophisation marine – 2,96%
Eutrophisation des eaux douces – 2,80%
Toxicité humaine (cancer) – 2,13%
Écotoxicité des eaux douces – 1,92%
Toxicité humaine (non cancéreuse) – 1,84%
Néanmoins, il ne suffit pas de lister des critères, la construction et la fiabilité d'un score dépend de quelle importance on accorde à chacun d'entre eux pour constituer la note finale. Vous trouverez ça sous la forme d'un pourcentage que nous avons ajouté dans la liste ci-dessus pour mieux le comprendre.
On peut déjà noter que les risques de toxicité pour l'être humain ne sont pas une préoccupation majeure, ce qui est dommage mais pas le plus étonnant. Le score environnemental des cosmétiques a été conçu sur la base d'un échantillon de 100 produits pour chacune des 30 catégories, afin de définir une valeur d'empreinte écologique médiane.
Ils ont ensuite créé une échelle de valeurs afin que les 10% de produits les mieux notés bénéficient de la note A et que les 10% les moins biens notés soient classés E, les notes intermédiaires permettant de classer les autres. C'est un peu étonnant, mais selon l'EcoBeautyScore Association c'est une pratique utilisée couramment.
Alors courante peut-être, mais dans quel domaine ? Car ce n'est pas comme ça que sont construits les scores officiels élaborés par les autorités. Nous avions évoqué au mois de mars le score environnemental des produits d'entretien qui est lui aussi en cours de construction.
Un score souhaité par le gouvernement français qui en a confié la conception à l'ANSES, hors le problème est que justement une fois la méthode de calcul définie, ils se sont aperçus que 80% des produits d'entretien obtenaient la note E (soit la pire possible).
Ils ont donc décidé de la retravailler, car en l'état leur score ne permettrait pas aux consommateurs de différencier les produits en rayon, vu qu'ils ont tous ou presque une note similaire. Néanmoins, cet exemple illustre bien la différence de méthodologie dans la construction de ces deux scores.
L'affichage, que nous n'avons pas le droit de reproduire car protégé par un copyright, reprend la notation désormais habituelle avec un score de A (impact le plus faible) à E (impact le plus élevé). D'ailleurs, certains médias mainstream en tirent comme conclusion qu'il est inspiré du Nutri-Score.
Hors ça, c'est vraiment tiré par les cheveux pour faire un mauvais jeu de mots. Car le Nutri-Score a été construit par une équipe de nutritionnistes, sous l'égide de l'ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) et du HCSP (Haut Conseil de Santé Publique), une notation uniquement basée sur les données scientifiques sans interventions politiques ou de lobbyistes.
Ce qui ne plaît d'ailleurs pas à certains politiques qui le remettent en cause régulièrement, et encore moins à ces mêmes industriels prêts à tout pour le détruire. Sa mise à jour en 2025 a d'ailleurs été bloquée pendant un an par la ministre de l'agriculture sous le poids des lobbys de l'industrie agroalimentaire et il a été abandonné par la Commission Européenne pour les mêmes raisons.
Alors il ne faut pas confondre un score construit par des agences étatiques indépendantes, avec un score créé à la demande des industriels qui ont mandaté des cabinets de conseil pour établir sa méthodologie. Car en la matière, tout dépend du barème que vous appliquez et de l'importance que vous donnez aux différents critères qui constituent le score.
Nous l'avions vu par exemple avec la première version de l'indice de réparabilité, dans laquelle le simple fait d'avoir dans la boite le mode d'emploi et la notice d'utilisation vous attribuait déjà automatiquement 2,5 points (sur une note maximale de 10 points).
Même constat si l'on se penche sur certains labels proposés par ECOCERT, qui a participé à l'élaboration de l'EcoBeautyScore. Leur label Cosmebio par exemple n'impose que 10% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique dans le produit fini. Un soin labellisé Bio alors qu'il ne contient que 10% d'ingrédients Bio, ça nous dérange quand même un peu.
Si nous vous expliquons tout ça, c'est que la méthode de calcul de cet EcoBeautyScore est assez étonnante, l'échelle de notation étant construite sur une base de 100 produits références dont nous ne connaissons pas l'identité. Sont ils vraiment représentatifs de la gamme de cosmétiques disponible sur le marché ?
Car si cette sélection n'est pas optimale, ça change complètement votre échelle de valeurs médianes et de notation. Nous pouvons par contre lui reconnaître un avantage, c'est qu'il prend en compte aussi la nature des emballages des produits, ce qui est rarement le cas alors que c'est un aspect important.
Néanmoins, n'étant pas scientifiques ni spécialistes des cosmétiques, nous ne pouvons pas analyser chaque équation, chaque mesure de référence prise pour chacun des 16 indicateurs du document de 104 pages (en anglais) qui édicte la méthode de calcul de ce score.
Autrement dit, sans plus d'informations il est impossible de savoir si l'EcoBeautyScore est fiable. Si l'on s'en tient à ce que nous pouvons comparer, à savoir qui l'a commandé et qui s'est occupé de le construire, au manque de transparence sur ces aspects, il ne nous inspire pas confiance.
Alors dans le doute nous ne pouvons que vous conseiller de vous abstenir et de ne pas le prendre en compte dans votre comparatif d'achat. De toute façon, comme pour tout bon score qui se respecte selon les lobbys, son affichage est bien entendu facultatif. Libre aux marques de l'afficher si il est vert avec une note A ou B, et surtout de ne pas l'afficher si sa couleur vire au rouge !