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Mode : les fausses promotions de supermarché

Nous sommes tombés sur de fausses promotions tellement grossières au rayon mode de notre supermarché, que nous n'avons pas résisté à l'envie de prendre quelques photos pour les documenter. Le gouvernement nous avait promis en 2022 que les fausses promotions allaient disparaître, elles n'ont jamais été si nombreuses et visibles, jusque dans nos supermarchés !

Alors nous décryptons deux mécanismes qui permettent de continuer exactement comme avant, de promettre des vêtements à -50% alors qu'il n'en est rien. Soit car la loi a prévu des exceptions en sachant exactement ce qui allait se passer, soit en jouant avec la ligne rouge. Dans tous les cas, ce n'est pas à leur honneur et amplifie la méfiance, ce qui est dévastateur pour notre société.

 

Fausses promotions, jouer sur les mots pour contourner la loi

Il y a quelques années, au printemps 2022, le gouvernement inscrivait dans le code de la consommation une règle sans concession : interdiction de faire de fausses promotions, d'afficher des pourcentages de réduction fantaisiste. Une victoire pour le droit et la protection des consommateurs, avant de se rendre compte que ce n'était encore une fois que du blabla, de la communication.

Car en réalité rien n'a changé pour les consommateurs et les -50% continuent de s'afficher fièrement en magasins et sur les sites de vente en ligne. Comment cela est-il possible, il n'y aurait donc plus que de vraies bonnes affaires qui nous permettent d'économiser 50% à chaque achat ?

Comme nous l'avions déjà documenté en début d'année, les supermarchés se sont saisis des failles de la directive Omnibus et en abusent visiblement. Nous sommes tombés sur des pratiques similaires au rayon mode d'une grande surface, alors documentons les fausses promos sur les vêtements de supermarchés.

Commençons par l'analyse d'une affiche vue dans notre magasin Super U, qui annonce -50% sur le prix de chaussures visiblement bas de gamme et importées d'Asie. Le prix de vente défie effectivement toute concurrence, et même si on peut s'interroger sur les conditions de travail des ouvriers qui les ont confectionnées, là n'est pas le propos (enfin si quand même, nous y reviendrons).

En effet, le problème est qu'il s'agit manifestement d'une promotion encadrée par la loi, même si l'enseigne a bien pris soin de ne pas mentionner les termes « promotion » ou « réduction ». Personne n'est dupe puisque le prix barré confirme qu'il s'agit bien d'une offre promotionnelle, mais ça change tout.

Car la loi interdit d'utiliser un prix conseillé pour faire croire à une promotion plus intéressante qu'il n'y paraît et les vendeurs ont l'obligation d'utiliser le prix le plus bas pratiqué durant les 30 jours précédents pour calculer le pourcentage de réduction, sauf s'il s'agit d'une comparaison de prix.

Ce n'est pas le cas ici puisque le prix barré est indiqué comme étant un prix conseillé, avec une petite astérisque qui renvoie vers la mention (en tout petit en bas de l'affiche) : « prix conseillé par Coopérative U aux magasins U participant à l'opération ».

Les 50% de non réduction qui en ont donc tout l'air ne sont pas basés sur le prix de vente habituel précédent la promotion, mais sur le prix de vente que la coopérative conseille à ses magasins d'appliquer, mais comment la coopérative défini ce prix ? Ce n'est pas précisé, c'est en tous cas une grossière manipulation qui est utilisée par de nombreuses autres enseignes.

Une bonne affaire, ou une fausse promotion qui promet de faire 50% d'économies ? © Tests et Bons Plans

Une bonne affaire, ou une fausse promotion qui promet de faire 50% d'économies ? © Tests et Bons Plans

Prix de lancement : 30 jours sans foi ni lois pour faire n'importe quoi

Comme toujours nos dirigeants ont entendu les lobbys du commerce et pris la peine d'intégrer de nombreuses exceptions quand ils ont rédigé la loi pour mettre fin aux fausses promotions, afin de s'assurer quand même que l'on puisse continuer à arnaquer les consommateurs (faut pas déconner non plus).

Des mesures qu'ils se sont bien gardés d'évoquer quand ils faisaient la tournée des médias pour marteler que la protection des consommateurs était l'alpha et l'oméga de leur politique, que les fausses promotions étaient de l'histoire ancienne.

Sauf qu'il y a une autre exception qui permet de faire ce que l'on veut, littéralement, pendant les 30 jours suivant le lancement d'un nouveau produit. Comme la promotion ne peut pas s'appuyer sur le prix de vente des 30 jours précédents, c'est open bar pour faire du -50% ou du -80% sans aucune restriction.

Résultat, Coopérative U et leurs concurrents repartent voir leurs fournisseurs de vêtements pour faire fabriquer des merdouilles à moins de 10€ en Asie, dans des conditions de travail sans doute contestables. Il ne leur reste plus ensuite qu'à inventer le prix de lancement qui les arrange.

Aucune réglementation, faites comme vous voulez. On se retrouve donc en magasins avec des piles de vêtements bas de gamme à prix défiant toute concurrence, avec une belle étiquette « -50% de remise immédiate sur le prix de lancement » dont personne ne sait qui l'a calculé, ni comment il a été construit.

C'est donc légal, mais encore une fois une grossière manipulation qui ne devrait plus tromper personne. Les vêtements ne seront jamais vendus au prix de référence affiché, qui a sans doute été calculé non pas en fonction du coût de revient, mais selon le pourcentage de réduction que l'on souhaite appliquer.

Ils achètent le vêtement peut-être 2 ou 3€ pièce, décident de le vendre 8,95€ en magasin, donc ils fixent arbitrairement un prix de lancement imaginaire à 19,90€ pour pouvoir afficher en gros un -50% qui n'existe pas en réalité.

Sur une référence, ça pourrait faire illusion. Mais quand vous en avez des dizaines du boxer à la doudoune qui sont tous comme par hasard à -50%, on ne peut pas évoquer l'erreur ou la coïncidence, c'est délibéré et institutionnalisé à grande échelle.

Des tonnes de vêtements à moitié prix, mais comment ce prix est il défini ? © Tests et Bons Plans
Des tonnes de vêtements à moitié prix, mais comment ce prix est il défini ? © Tests et Bons PlansDes tonnes de vêtements à moitié prix, mais comment ce prix est il défini ? © Tests et Bons Plans

Des tonnes de vêtements à moitié prix, mais comment ce prix est il défini ? © Tests et Bons Plans

C'est peut-être légal, mais aussi dévastateur pour la confiance

Alors messieurs les distributeurs, faites bien attention quand même, car le ministère de l'économie termine son article sur les fausses promotions par une mise en garde : la DGGCRF s'assurera du respect de ces nouvelles règles lors des contrôles... ».

Apparemment ça va, ils ne tremblent pas trop dans leurs chaussettes à moins de 1€, puisque l'on croise des promotions de ce type, légales ou parfois très border-line avec des prix conseillés imaginaires, dans quasiment toutes les enseignes de grande distribution et sur la plupart des sites de vente en ligne aussi.

C'est bien de taper sur Shein ou Temu qui utilisent ces mêmes pratiques, à plus grande échelle encore. Mais est-ce pour protéger les consommateurs, ou juste pour laisser le champ libre à nos distributeurs qui font exactement pareil et n'ont aucun respect pour leurs clients ?

Nous venons d'écrire un article sur le nouveau logo ESS pour mettre en avant les entreprises qui bénéficient du statut Économie Sociale et Solidaire. Il se trouve que justement Super U bénéficie de ce statut : des enseignes qui utilisent de telles pratiques peuvent se revendiquer de l'économie sociale et solidaire, ça ne choque personne ?

Monsieur Benoît Hamon qui dirigez ESS France, ancien ministre délégué à l'économie sociale et solidaire, personnalité de gauche qui a été candidat du Parti Socialiste à l'élection présidentielle (puisque nous sommes en pleine campagne présidentielle), est-ce que vous cautionnez ces pratiques de la part d'entreprises que vous représentez ?

Après, on s'étonne que les consommateurs ne croient plus en rien ni en personne, mais comment pourrait il en être autrement ? Vive l'économie sociale et solidaire ! Mais celle qui est vraiment sociale et solidaire, pas l'économie cynique et cupide soutenue par nos dirigeants qui s'en revendique mais ne se refuse rien pour autant, du moment que ça rapporte de l'argent !

Les mots devraient avoir un sens tout de même et si de nombreux clients doivent acheter ces vêtements bas de gamme, pas pour la fausse promotion mais car ils ne peuvent pas s'offrir mieux, ça encourage par la même ces pratiques pour le moins douteuses et participe au délabrement de notre société.

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