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Si nous pourrions nous attendre à ce que les premières fausses promotions pour le Black Friday 2026 émanent de certains sites spécialisés peu scrupuleux, ce sont bien les grands titres de la presse française qui chaque année désormais sont les plus prompts à évoquer l'événement pour nous vendre des produits en promotion.
Le Point, Ouest-France et Le Parisien ont déjà, avant même le mois de novembre, tous les trois mis en ligne des articles pour mettre en avant des offres promotionnelles utilisant le nom de la célèbre opération commerciale. Ce n'est pas ainsi qu'ils vont gagner notre confiance, car il s'agit là bien de publicités cachées et non pas d'informations. Décryptons cette pratique peu reluisante.
📌 Sommaire de l'article :
Nous avons reçu le 20 octobre le premier mail d'une marque pour nous annoncer leurs futures promotions du Black Friday, qui rappelons le tout de même, sera le vendredi 27 novembre et le week-end suivant. Il ne s'agit là que d'une annonce à destination des médias et partenaires, pas du public.
Alors que nous n'avions pas encore du tout la tête à ça, ça nous a donné l'idée de regarder si la sphère médiatique commençait déjà son petit business habituel, pensant qu'il était tout de même encore un peu tôt peut-être. Et bien non, car certains grands médias relaient déjà les premières arnaques sous couvert de Black Friday.
C'est le site de Ouest-France qui a ouvert le bal dès le 19 octobre, soit 39 jours avant la date officielle du Black Friday 2027 (bien joué) avec : « Une promo digne du Black Friday » ou comment citer l'opération commerciale sans attendre, ce serait la moindre des choses, le mois de novembre.
Le lendemain, le 20 octobre soit 38 jours avant l'événement, c'est au tour du prestigieux titre Le Parisien d'emboîter le pas à leurs confrères avec un titre accrocheur : « Cdiscount n'attend pas le Black Friday et lance un grand déstockage », soulignant que « les grandes marques sont à des prix rarement vus ».
Si ça ne vous donne pas envie d'en profiter, je ne sais pas ce qu'il vous faut. Bien que "les grandes marques" ne veut pas dire grand chose en réalité tout comme "à des prix rarement vus", expression sans doute utilisée toutes les deux ou trois semaines. Ce n'est pourtant pas le journal francilien qui décroche la palme du cynisme et du titre le plus racoleur.
Le même jour, quelques heures plus tard, le journal Le Point met en ligne sur son site un article au nom encore plus évocateur : « Black Friday Emma 2026 : pourquoi attendre ? Les matelas sont déjà en promotion jusqu'à -50% ». Les matelas Emma sont en promotion plus ou moins toute l'année, c'est une de ces nombreuses marques qui abuse des prix de référence gonflés pour vendre.
Même chose pour Cdiscount qui fait des déstockages régulièrement, c'était sans doute le cas déjà il y a quelques semaines, lors de la campagne de communication French Days. Comment combler en attendant la prochaine opération commerciale ? En expliquant qu'il n'est pas nécessaire d'attendre.
Les fausses promotions pour le Black Friday 2026 sont déjà en ligne dans les médias (captures d'écran)
Nous n'avons malheureusement pas pu consulter ces articles qui sont réservés aux abonnés, ou à ceux qui acceptent que le site et ses centaines de partenaires utilisent nos données personnelles pour nous fliquer et nous matraquer de publicités, mais n'en avons même pas besoin tant nous connaissons ces pratiques.
Déjà, saluons leurs paywall qui n'y vont pas de main morte car en ouvrant le site de Le Point, le mur qui vous propose de vous abonner, ou de les laisser faire absolument tout ce qu'ils veulent avec vos données personnelles, on peut lire en titre : « Soutenez notre journalisme libre et exigeant ! ».
Alors niveau exigence déjà, apparemment ça ne les dérange pas de relayer des fausses promotions Black Friday plus d'un mois avant la date officielle, ça en dit long. Néanmoins en étant rapide car la fin du message est cachée sous le panneau d'abonnement, on peut lire : « Contenu conçu et proposé par Le Point Services ».
Même chose sur le site de Le Parisien qui vous propose de « s'abonner et refuser les cookies », ou d'accepter qu'ils soient utilisés pour vous suivre à la trace partout sur internet dans le but de vous proposer des publicités personnalisées.
Là encore une manipulation pour se différencier des « 400 journalistes qui proposent chaque jour une information fiable » selon le paywall, l'article n'est pas mis en ligne directement par la rédaction du journal, mais par « Le Parisien Guide d'achat ». Un peu plus bas dans l'article on peut d'ailleurs lire que « la rédaction n'a pas participé à la rédaction de cet article ».
Sur Ouest-France nous avions déjà dû refuser les cookies puisque le paywall nous rappelle qu'il faut cracher au bassinet si on veut voir leur super offre digne du Black Friday, ou bien accepter le ciblage publicitaire et le suivi de nos moindres mouvements sur la toile. Payer pour regarder des publicités, où vont les grands médias ?
Le site va plus loin que les autres puisqu'il n'y a même pas moyen de voir un petit bout de l'article, le fond est flouté pour s'assurer que vous n'ayez accès à aucune information sans passer à la caisse, d'une manière ou d'une autre.
Ces inventions de « guide d'achat » ou de « services » sont des manières de cacher qu'il s'agit là en fait d'articles sponsorisés, qui n'ont pas été rédigés par des journalistes mais par des services spécialisés. Ce qui en soit n'est pas répréhensible et une pratique courante pour financer un site internet, ça devient problématique quand on abuse de différents leviers (abonnement, vente des données personnelles, publicités, contenus sponsorisés, etc...) pour faire un maximum de fric.
Mais on peut tout de même se demander par contre si des grands médias nationaux qui ont pignon sur rue et font souvent partie de grands groupes de presse, n'ont pas une certaine obligation de trier un peu les articles sponsorisés qu'ils mettent en ligne et touchent potentiellement des dizaines ou des centaines de milliers de personnes.
Nous ne savons pas comment fonctionnent ces services sur les grands médias et qui valide les publications rémunérées, mais il existe plusieurs sortes d'articles sponsorisés : ceux qui sont rédigés en interne par les équipes du site et ceux qui sont rédigés en externe, soit par un expert en SEO, soit directement par l'annonceur.
Car ne vous y trompez pas, c'est une manière de faire de la publicité, plus subtile et cachée qu'un spot télévisé ou un encart, mais la finalité est la même. Ces articles sont achetés par des services de marketing en ligne spécialisés, eux même souvent payés par les distributeurs (Cdiscount dans un cas) ou des marques (Emma dans l'autre). Et ce n'est que le début, des milliers d'articles similaires vont être publiés jusqu'au vrai Black Friday, en attendant un retour sur investissement !
Selon nos recherches, un article sponsorisé sur un de ces grands médias coûte moins cher qu'une publicité classique : entre 1.000€ et 1.500€ pour publier un article sur Le Point, c'est plus cher sur Le Parisien car il vous en coûtera entre 2.500€ et 3.000€, quand à Ouest-France comptez entre 1.200€ et 1.800€.
C'est là que c'est problématique car bien entendu vendre du Black Friday au mois d'octobre, ça n'a rien de sérieux mais tout des manipulations classiques des semaines précédent l'événement. Nous n'avons pas pu consulter leurs articles pour le vérifier, mais ça ne fait absolument aucun doute que ce sont au mieux des promotions lambda comme il y en a tout le reste de l'année.
Le tout pour récupérer quelques milliers d'euros, quitte à ce que plusieurs milliers de lecteurs se fassent avoir par des fausses promotions. Bravo à la sphère médiatique, c'est certain qu'avec ces pratiques vous allez faire taire les critiques et la méfiance que de plus en plus de français portent à votre égard.
D'autant que si ce n'est pas le cas de Ouest-France qui est la propriété d'une association à but non lucratif (mais ne l'empêche pas de faire comme les autres), rappelons que Le Point fait partie de la holding Artémis, propriété du milliardaire François Pinault (groupe de luxe Kering : Gucci, Yves Saint-Laurent et compagnie) et que Le Parisien appartient à Bernard Arnault, l'homme le plus riche de France qu'il n'est plus besoin de présenter (groupe LVMH).