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Bouge Ton CoQ : recréer une épicerie dans son village

Dans de nombreux villages, faire ses courses nécessite désormais de prendre sa voiture. Pour lutter contre la disparition de ces commerces de proximité, l’association Bouge Ton CoQ développe un modèle original d'accompagnement à la création d'épiceries participatives, des commerces gérés directement par les habitants.

L’idée est simple : plutôt que de chercher un commerçant pour reprendre une épicerie, les habitants se regroupent pour faire vivre eux-mêmes un commerce associatif. Chacun participe à son fonctionnement, tandis que les produits sont vendus sans marge. Le modèle permet ainsi de rapprocher les consommateurs des producteurs locaux, tout en recréant un lieu de rencontre et de vie dans les communes rurales.

 

Bouge Ton CoQ : des épiceries de village tenues par les habitants

Le principe de Bouge Ton CoQ repose sur la participation citoyenne, l’épicerie est portée par une association locale et fonctionne grâce à ses adhérents. Ces derniers donnent environ deux heures de leur temps chaque mois pour assurer les différentes tâches : tenir la boutique, réceptionner les marchandises, gérer les commandes, récupérer les produits chez les producteurs, etc...

Il n'est toutefois pas nécessaire d'être nombreux pour se lancer, mais pour que l'épicerie fonctionne correctement dans la durée, l'association estime cependant qu'une cinquantaine d'adhérents constitue une bonne base. Dans les épiceries déjà été ouvertes, le collectif atteint en moyenne 70 adhérents bénévoles.

L'engagement demandé reste donc raisonnable : il ne s'agit pas de devenir épicier à plein temps, mais de partager entre habitants les quelques heures hebdomadaires nécessaires au fonctionnement du commerce. Rassurez vous, les adhérents n'ont pas que des contraintes, ils y trouvent aussi des avantages.

Quel local et quel financement pour ouvrir une épicerie ?

Une épicerie participative peut théoriquement démarrer sans investissement initial important, Bouge Ton CoQ recommande de disposer d'un local d'environ 30 m². Celui-ci est généralement mis gratuitement à disposition par la mairie, supprimant l'une des principales charges d'un commerce traditionnel.

Le mobilier et le matériel nécessaires vont ensuite être réunis ou achetés collectivement : un ordinateur, une balance, quelques étagères, un réfrigérateur, des tables et des chaises. Dans le cadre de son appel à candidatures, l'association Bouge Ton CoQ peut accorder une subvention de départ de 1.300€ pour les communes retenues.

Cette aide est destinée aux premiers équipements et aménagements de l'épicerie, pas à l'achat des marchandises ni au paiement des dépenses courantes qui sont couvertes par les adhésions annuelles une fois l'épicerie ouverte. Selon le projet et le nombre d'adhérents elle coûte entre 10€ et 30€ par an et par foyer, ce qui permet de couvrir les coûts de fonctionnement.

Le site de Bouge Ton CoQ estime ces charges à environ 800€ par an dans son modèle de référence, ce qui comprend notamment l'assurance, internet, l'eau et l'électricité. Néanmoins ce sont des choses que l'on va calculer plus précisément lors de la phase de préparation du projet, mais démontre qu'il n'est pas nécessaire de prévoir un budget important.

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Un commerce, mais aussi un lieu de vie

Le projet se développe ensuite en fonction du nombre d'adhérents, de leur implication ainsi que du montant choisi pour l'adhésion annuelle. Dans la plupart des cas, il ne consiste pas uniquement à remettre des produits alimentaires dans les rayons d'une épicerie de village.

L'ambition est également de recréer un espace où les habitants se croisent et participent à la vie locale. Certaines épiceries peuvent accueillir un café citoyen ou un bar, des ateliers, des animations ou encore des dispositifs de paniers suspendus. Selon Bouge Ton CoQ, environ 30% des épiceries de leur réseau disposent ainsi d'un café ou d'un bar.

Les résultats de l'association montrent en tout cas que le modèle a dépassé le stade de l'expérimentation : après 5 ans d'existence, Bouge Ton CoQ indique que plus de 250 épiceries sont déjà ouvertes, avec une quarantaine d'autres ouvertures prévues d'ici la fin de l'année 2026.

Le réseau rassemble environ 9.000 familles adhérentes bénévoles, soit près de 17.600 citoyens, et travaille avec quelques 7.000 producteurs locaux. Les épiceries génèrent également 5 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel dans les territoires ruraux, même si le but n'est pas de générer des bénéfices, ça fait fonctionner l'économie locale.

Autre indicateur mis en avant par l'association : 95% des épiceries seraient toujours ouvertes 36 mois après leur lancement, avec un fonctionnement à l'équilibre dès leur ouverture. Un résultat qui illustre l'intérêt d'un modèle reposant plus sur l'implication des habitants que sur la recherche d'une rentabilité commerciale classique.

Le fonctionnement d'une épicerie participative © Bouge Ton CoQ

Comment lancer une épicerie Bouge Ton CoQ dans son village ?

Le dispositif s'adresse actuellement aux communes rurales de moins de 3.500 habitants qui ne disposent pas déjà d'un commerce généraliste installé. Les élus, associations locales ou habitants intéressés peuvent se rapprocher de Bouge Ton CoQ et participer à une réunion d'information.

L'association accompagne gratuitement le projet : mobilisation des habitants, enquête citoyenne, réunion publique, création du collectif, structuration de la gouvernance, référencement des produits et préparation de l'ouverture.

L'accompagnement se poursuit après le lancement, afin d'aider les bénévoles à prendre en main le fonctionnement de l'épicerie et à faire vivre le projet dans la durée. Car outre une petite aide financière de départ, c'est surtout tout cet accompagnement qui constitue la force du dispositif.

Avec ce modèle, Bouge Ton CoQ propose finalement une réponse assez concrète à la désertification commerciale dans les villages : remettre un commerce au cœur de la commune, sans recréer les contraintes économiques d'une épicerie traditionnelle.

Le principe repose sur un échange simple entre les producteurs locaux qui bénéficient d'un débouché pour leurs produits et les consommateurs, qui retrouvent un commerce de proximité avec des produits choisis collectivement, vendus à prix coûtant ! 

  • Comment remplir les rayons ?

Les épiceries aidées par Bouge Ton CoQ ne sont pas obligées de choisir une liste de produits imposée. Chaque épicerie sélectionne les références dont les habitants ont besoin, avec la possibilité de privilégier les producteurs locaux, les produits bio ou encore les produits issus de filières solidaires.

Pour faciliter le démarrage, une liste de plusieurs milliers de produits et de producteurs est déjà disponible dans la plateforme de gestion utilisée par les épiceries participatives. Le collectif peut ensuite compléter cette offre en ajoutant des producteurs issus de leur territoire.

Ce qui permet notamment de faire entrer dans les rayons des produits frais : du fromage, des légumes, de la viande, des œufs, des conserves, des boissons et d'autres spécialités fabriquées à proximité.

Le fonctionnement avec les producteurs est également assez classique : une commande est transmise, les produits sont livrés ou récupérés par des bénévoles, puis le producteur adresse sa facture à l'épicerie. Celle-ci règle ensuite directement le fournisseur et les adhérents paient leurs courses comme d'habitude.

Pour les petits producteurs, les adhérents peuvent ainsi organiser eux-mêmes des tournées de collecte lorsque la livraison n'est pas possible. Il y a tout de même une limite à ce système, car il y a des règles strictes à respecter pour le transport et la distribution de produits frais, réfrigérés ou surgelés.

Pour les produits frais la plupart des petites épiceries participatives fonctionnent plus sur le principe du panier à retirer le jour de la réception des produits (avec précommande en ligne), que sur celui d'une épicerie classique dotée de linéaires réfrigérés dans lesquels on pioche à sa convenance.

Une association vous aide pour rouvrir des épiceries et magasins de proximité dans les villages © Pexels

Une association vous aide pour rouvrir des épiceries et magasins de proximité dans les villages © Pexels

Pour les consommateurs, des produits jusqu'à 30% moins chers

C'est probablement l'un des arguments les plus séduisants du système, une épicerie participative ne cherche pas à dégager une marge commerciale : elle n'a pas de salariés, ni de loyer à payer lorsque le local est fourni gratuitement par la commune. Les charges sont payées par les adhésions, les produits peuvent donc être revendus à prix coûtant !

Selon Bouge Ton CoQ, les produits proposés sont en moyenne 20% à 30% moins chers que des produits de qualité comparable dans la grande distribution. L'association donne un exemple parlant : si un poulet bio est acheté 10€ au producteur, il sera vendu 10€ à l'adhérent, sans marge ajoutée.

Cette logique ne signifie pas pour autant que tous les articles seront systématiquement moins chers que ceux d'un supermarché. Le principe est de supprimer la marge commerciale et les intermédiaires, afin de permettre aux producteurs d'être rémunérés au juste prix tout en proposant aux habitants des tarifs accessibles.

Dans le réseau Bouge Ton CoQ, environ 70% des produits sont issus des circuits courts. Avec une adhésion accessible à moins de 30€ par an pour une famille et deux petites heures de temps par mois consacré à faire tourner la boutique, les adhérents bénévoles peuvent donc aussi s'y retrouver financièrement.

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  • Comment faire ses courses ?

Le fonctionnement d'une épicerie participative mélange donc le commerce traditionnel et la commande en ligne. Pour les produits frais, l'adhérent doit souvent passer commande depuis la boutique en ligne de son épicerie, valider son panier puis venir récupérer ses achats au moment prévu.

Pour les produits secs par contre, il est également possible de se rendre directement dans le local et d'acheter les articles comme dans un commerce classique. Tout dépend du nombre d'adhérents, de l'implication des bénévoles et des choix faits collectivement pour animer et gérer son épicerie de village.

L'adhésion est nécessaire pour profiter de l'épicerie, puisque le principe repose justement sur la participation des consommateurs à la vie du commerce. Les personnes de passage peuvent néanmoins, selon les modalités de chaque épicerie, acheter des produits ponctuellement grâce à une adhésion temporaire.

Bref, c'est assez complexe à expliquer tant il existe de possibilités, ça démarre généralement avec des services basiques puis va se développer au fil des mois et des années. N'hésitez pas vous rendre sur leur site pour découvrir tout ça plus en détails. Rapprochez vous de votre mairie et lancez vous dans l'aventure si vous le souhaitez.

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