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Peut-être avez vous eu l'occasion de croiser le CyberScore, une sorte de Nutri-Score pour les sites internet. Cette certification de cybersécurité française est censée mieux informer les internautes sur la protection et la transparence des données en ligne.
Mais c'est peu probable, car si le CyberScore a bien été voté par les parlementaires en 2022 et est officiellement entré en vigueur en fin d'année 2023, il n'a ensuite jamais été finalisé et semble même avoir été abandonné. Faisons le point sur cette certification qui serait très utile aux internautes, et essayons de comprendre pourquoi sa mise en place n'est jamais arrivée à son terme.
Nous vous avions présenté le futur CyberScore au mois d'avril 2022, un nouvel outil voté par les parlementaires pour permettre aux internautes de vérifier la fiabilité des sites internet qu'ils visitent. Sur le principe de l'affichage classique des divers scores, le CyberScore devait être une certification officielle de cybersécurité affichée sur la page d'accueil des sites (avec une note de A à E).
Autrement dit cet affichage était présenté comme le Nutri-Score pour sites internet, une bonne idée et la raison pour laquelle en tant que consommateurs nous avions pris la peine de lui consacrer un article pour vous le présenter. Nous sommes au mois d'avril 2025, 3 ans plus tard, alors faisons un point d'étape pour voir comment il se développe.
Le CyberScore est entré en vigueur en octobre 2023, pourtant nous ne l'avons encore jamais croisé en haut ou en bas du moindre site internet, comment cela se fait il ? Nous avons cherché sur les sites d'informations gouvernementaux, mais aucun article ne l'évoque plus depuis l'annonce initiale de son vote.
Nous avons bien trouvé un site dédié au CyberScore, sauf que ce n'est pas un site gouvernemental ou d'un organisme de confiance. C'est une société de sécurité en ligne privée qui a utilisé ce nom pour créer un site de façade, afin de renvoyer vers son site principal qui propose des services de sécurisation aux éditeurs de sites internet.
Ce n'est pourtant pas une société privée qui est chargée de le délivrer, mais l'ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information) qui devait choisir un prestataire agréé. Donc à priori un organisme de certification, pas une société qui vend sa propre solution de protection (et n'affiche pas elle même son CyberScore).
Mais sur le site de l'ANSSI, aucune nouvelle du CyberScore non plus. C'est un article de la FEVAD, le lobby des acteurs de la vente en ligne et à distance (article payant) qui nous donne l'explication.
Si la loi a été votée et que le décret d'application a bien acté l'entrée en vigueur du CyberScore fin 2023, les textes suivants devant fixer les critères de notation et quels étaient les sites concernés (mise en place d'un minimum de revenus pour ne pas pénaliser les PME), n'ont eux jamais été publiés.
Le code de la consommation a bien été modifié pour intégrer la loi votée par les parlementaires français (article L111-7-3), les sites concernés ont donc l'obligation d'afficher le CyberScore depuis février 2024. Mais ce n'est toujours pas le cas, car comme évoqué les textes additionnels pour le calcul et la certification ne sont eux pas parus.
Précisons les sites concernés par cet affichage : les moteurs de recherche (Google Chrome, Microsoft Edge, etc...), les places de marché en ligne (Amazon, Cdiscount, etc...), les comparateurs de prix à but lucratif, les services de cloud et ceux de traitement des données personnelles, ou encore les plateformes de mise en relation entre particuliers et professionnels.
Les fameux sites qui vous aident à trouver un professionnel, parfois à obtenir des devis en ligne mais ne sont pas toujours très transparents sur leur fonctionnement. Car dans un article sur les plateformes de travaux en ligne écrit en 2023, nous évoquions qu'un site sur deux contrôlé par la DGCCRF ne respectait pas ses obligations d'informations aux consommateurs.
Le CyberScore aurait donc été un outil utile aux internautes et consommateurs français, pour au moins éviter les sites mal notés puisque pour une fois, son affichage avait été rendu obligatoire. Sauf que, faute d'avoir un barème pour définir un score, sans aucun organisme agréé pour faire passer un audit aux sites concernés et leur attribuer un CyberScore, il n'a pas été mis en place.
Nous avons donc un score officiel voté par les parlementaires et qui a été ajouté au code de la consommation, entré en vigueur l'an dernier mais dont les textes d'application n'ont jamais été publiés par le gouvernement français (peut-être suite aux pressions des lobbys) donc qui n'a jamais été finalisé.
La FEVAD précise d'ailleurs qu'elle avait participé à une consultation publique lancée par le ministère de l'économie courant 2023, pour justement définir les critères des textes manquants afin que le CyberScore puisse enfin entrer en application et par la même, obliger les sites qui font de la désinformation à se mettre en conformité.
Autrement dit, le CyberScore est une coquille vide qui fixe juste les grandes lignes d'une certification sans préciser quels sites ont l'obligation de l'afficher, qui délivre la certification, ni comment est établie la notation.
Le CyberScore a t'il été purement et simplement abandonné, a t'il été mis en pause et pourrait il être mis en place plus tard ? C'est un mystère, en tous cas personne ne se bouscule pour nous en informer !
Un nouvel exemple de gesticulations politiques qui ne débouchent sur rien, comme pour l'affichage Origin'Info d'ailleurs que nous évoquions il y a quelques semaines dans l'alimentation. Lui aussi se fait attendre, et un autre affichage officiel pour lequel nous avons trouvé un faux site internet exploité par une société commerciale dans le but de vendre ses services.
Alors le gouvernement français lance t'il volontairement en grandes pompes dans les médias pleins de nouveaux outils utiles pour les consommateurs, sachant qu'il va les abandonner ensuite ? N'a t'il pas les moyens de déposer les noms de ces affichages officiels, ou au moins d'acheter les url correspondantes afin d'éviter qu'elles ne soient utilisés par des entreprises cupides ? Allez savoir.
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