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Actualités : plus de 1000 entreprises à mission, mais quelle mission ?

Dans cet article nous nous intéressons aux entreprises à mission, une dénomination qui fleure bon l'utilité publique. C'est d'ailleurs un statut qui émane de la loi PACTE et une initiative soutenue par l'état français, mais est-ce encore un gage de qualité ? Nous vous expliquons ce qu'est une entreprise à mission, puis vous donnons notre avis du point de vue des consommateurs que nous sommes.

 

Une entreprise à mission c'est quoi, et à quoi ça sert ?

Nous sommes une « entreprise à mission », avouez que ça sonne bien mais ça veut dire quoi ? Selon la loi PACTE votée en 2019 et le ministère de l'économie, une entreprise à mission est censée affirmer publiquement sa raison d'être (ce qui ne veut rien dire).

L'entreprise doit inscrire dans ses statuts un ou plusieurs objectifs sociaux et environnementaux, objectifs qu'elle se donne pour mission de poursuivre dans le cadre de son activité. Bon plusieurs ça nous semble mieux qu'un seul, mais il ne semble pas y avoir de différence ni en terme du nombre d'engagements ni en terme d'impact (peut mieux faire).

La loi prévoit qu'un OTI (organisme tiers indépendant) vérifie tous les 2 ans l'exécution des objectifs sociaux ou environnementaux des entreprises à mission. Cet organisme devra consulter les documents fournis par l'entreprise et interroger le ou les chargés de mission, avant de rendre un avis sur chaque engagement.

Néanmoins on peut également lire sur le site de la BPI qui est chargé de préciser les termes de ces vérifications, que l'organisme de contrôle peut si nécessaire se déplacer sur place. Ce qui semble indiquer que les vérifications seront dans la très grande majorité des cas faites uniquement à distance, sur les documents communiqués par les chargés de communication de chaque entreprise, donc pas toujours très fiables.

Vous avez donc une grosse machinerie avec le site officiel des entreprises à mission, un observatoire des entreprises à mission, une communauté des entreprises à mission, une fiche Wikipédia des entreprises à mission, le soutien de la BPI (la Banque Publique d'Investissements), le soutien de l'état, etc... Au moins ils n'ont pas lésiné sur les moyens, c'est qu'il doit y a voir du potentiel.

La barre des 1000 entreprises à mission vient d'ailleurs d'être dépassé, elles sont exactement 1010 entreprises au moment où nous écrions cet article mais ce chiffre devrait rapidement augmenter. En fait on découvre avec ce nouveau statut des similarités, du moins sur ce point, avec le label HVE (Haute Valeur Environnementale) et ce n'est pas pour nous rassurer.

Car le label HVE qui a également connu une remarquable expansion, se révèle finalement être décrié de toutes parts et une belle arnaque pour les consommateurs. Franceinfo vient d'écrire un article très complet sur le label HVE et très intéressant, que nous vous conseillons de lire pour mieux comprendre ce pseudo label environnemental.

Alors essayons de voir un peu plus loin que le joli discours de présentation, quelles sont ces fameuses entreprises à mission qui vont révolutionner les engagements sociaux et environnementaux de nos sociétés ?

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le travail d'équipe (crédit image : pixabay - GraphicMama-team)

 

Quelles sont ces fameuses entreprises à mission ?

Dans la grande majorité ce sont des entreprises inconnues du grand public, même si nous qui sommes avertis avons reconnu quelques marques françaises engagées. Nous pourrions citer par exemple Aigle (vêtements) ou bien Cristel (ustensiles de cuisine), mais il y a surtout pleins d'autres noms qui ne nous semblent pas avoir grand chose à faire là.

Car ce n'est pas si simple, en regardant de plus près on se rend compte qu'il y a un peu de tout : des fonds d'investissement (Citizen Capital, Novaxia), une ribambelle de cabinets de conseil (Colombus Consulting, Consors Intelligence, Elezia Conseils, LGP Conseils, OZ Conseils, etc...), des agences de communication (Benefiz, SAMM Trading, Sorgem Advance, etc...).

Il y a aussi des grandes sociétés de cosmétiques (Léa Nature, Yves Rocher), une multinationale de l'agroalimentaire (Danone), des banques et des assurances (Crédit Mutuel, Harmonie Mutuelle, La Banque Postale, etc...) et même un groupe de cliniques privées (Vivalto Santé). Autant d'entreprises dont la seule mission est, mais ce n'est que notre avis, de s'enrichir sur le dos de leurs clients.

Il y a même Back Market, la place de marché du reconditionné qui enchaîne les levées de fonds et campagnes de communications, attaquée en justice par l'association de consommateurs Que Choisir pour pratiques commerciales trompeuses. Si vous cherchez des revendeurs fiables de high-tech reconditionnée, vous trouverez les plus sérieux dans notre article dédié.

Autrement dit, il y a tout ce dont vous avez besoin pour faire croire que votre entreprise est respectueuse des ses clients et/ou de l'environnement, qu'elle le soit ou non. Ainsi que tout le nécessaire pour augmenter vos revenus et votre rentabilité, soit plus ou moins exactement la même chose que pour des entreprises qui n'ont qu'une mission : s'en mettre plein les poches.

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communication d'entreprise (crédit image : pixabay - geralt)

 

Notre avis sur les entreprises à mission et conclusion :

Entre une entreprise à mission et le greenwashing il semble malheureusement n'y avoir qu'un pas et peu de garde fous, car tout ça ressemble à nos yeux plus à du marketing que de vrais engagements. Mais ce n'est pas vraiment étonnant vu que le projet est porté par un gouvernement ultra libéral, le gouvernement français auquel on doit le label HVE et quelques autres fausses bonnes idées.

Comme souvent on part d'une bonne intention, puis les lobbys interviennent pour que des entreprises qui n'ont rien à faire là puissent s'en servir pour faire du marketing. Qui va croire que Danone ou Yves Rochers sont des entreprises à mission qui mettent le social et l'environnement avant les bénéfices ?

Danone, qui en 2021 limogeait son PDG justement car il n'avait pas réalisé assez de profits, seulement 2 milliards (c'est vrai que ça craint) et licenciait la même année quelques 1600 salariés. Danone qui est assigné en justice par plusieurs ONG pour sa pollution plastique, qui s'accapare l'eau de Volvic au détriment des populations locales, etc... C'est donc ça une entreprise à mission ?

Yves Rocher produit des cosmétiques en tous genres, fabriquées en France mais pas toujours bien naturelles d'ailleurs, même si certaines références sont bien notées par Que Choisir (d'autres le sont moins). Yves rocher condamné en 2022 pour ses pratiques promotionnelles jugées trompeuses, elle aussi attaquée en justice par des ONG pour atteinte à la liberté syndicale, etc...

Mais précisons tout de même que l'intérêt (pour nous) du statut des entreprises à mission est justement qu'elles sont responsables de leurs agissements. C'est ce statut qui permet aux ONG de lancer des poursuites judiciaires à leur encontre, en faisant valoir leur « devoir de vigilance ».

Ces deux entreprises françaises (mais ce ne sont pas les seules) ont refusé d'arrêter de faire du business avec la Russie après leur entrée en guerre contre l'Ukraine. Peut on même encore parler d'entreprises à mission, ou cette nouvelle dénomination est elle déjà dévoyée à peine deux ans après son lancement ?

Il semble bien qu'une entreprise à mission peut faire à peu près tout ce qu'elle veut du moment qu'elle s'engage (sur papier) et a suffisamment de puissance marketing pour faire croire qu'elle œuvre pour un monde meilleur. C'est ensuite aux associations et ONG de les attaquer en justice constatant qu'elles ne tiennent pas leurs engagements, au final on ne voit pas bien la différence et l'avantage d'une entreprise à mission.

C'est dommage car il y a sans doutes dans le tas quelques petites entreprises qui ont vraiment pour ambition de rendre l'entreprise meilleure, et ne se contentent pas d'un joli discours basé sur le marketing. Mais comme les garanties semblent bien insuffisantes et dans le doute, les consommateurs ne peuvent pour l'instant en aucun cas se fier au statut d'entreprise à mission.

D'autres statuts nous semblent bien plus pertinents, par exemple la certification B-Corp ou les agréments ESS (Economie Sociale et Solidaire) et ESUS (Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale). Vous trouverez dans notre article dédié plus d'informations sur ces certifications de l'économie solidaire, mais chacun(e) reste bien entendu libre de ses choix et nous ne faisons que donner un avis.

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